Les gauchos juifs et le Procureur Nisman

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Les gauchos juifs et le Procureur Nisman

 

Moises Ville Argentina
Moises Ville Argentina

La mort suspecte du Procureur Alberto Nisman qui enquêtait sur l’attentat antisémite de Buenos Aires en 1994 m’amène à re-publier partiellement mon papier sur Les gauchos juifs d’Alberto Gerchunoff retraçant le peuplement de la Pampa au 19ème siècle par des juifs russes et ukrainiens victimes de progromes dans leurs pays.

Je parlais également de l’ouvrage Le paysan Aguilar d’Enrique Amorine qui, lui, traite d’un retour à la terre, autre aspect de ce peuplement. Vous pouvez lire l’intégralité de mon papier en cliquant ici.

Les gauchos juifs d’Alberto Gerchunoff  publié en 1910  (Stock 2006 dans une traduction de Joseph Bengio et Nicole Czechowski) aborde sous forme de nouvelles qui  s’enchaînent,  coulant comme l’eau des rios sagement dans leur lit, filant  comme l’air pur dans les grandes herbes de la pampa  d’alors, de l’implantation dans la pampa argentine, à partir de 1889,  des juifs russes et ukrainiens victimes de progromes dans  leur pays.

 Bien écrit, ample, souple, fort, d’une belle subtilité, d’un style un peu intemporel, l’ouvrage relate -de façon idyllique, l’histoire aujourd’hui permet de l’affirmer- , la vie de ces pionniers dans les régions de Entre Rios et Santa Fé (autour de Moises Ville) arrivés là grâce à la Jewish Colonization Association du Baron Maurice de Hirsch. Ils ont travaillé la terre, cultivateurs essentiellement, ils ont mis en valeur une région reculée où le sol n’a pas donné toutes ses espérances. Aussi, s’ils étaient 20 000 sur 500 000 hectares en 1930, il n’étaient plus que 8000 dans les colonies de la JCA en 1966. Aujourd’hui, la communauté juive d’Argentine est la plus importante communauté juive d’Amérique latine, c’est pourquoi il m’a semblé intéressant de reparler de ce texte de 1910.  

Les gauchos juifs, c’est le vécu et la croyance de l’auteur, une vision pastorale d’un paradis retrouvé grâce à la nature ; Alberto Gerchunoff laisse pourtant déjà percer une « criollisation » et un attrait des villes pourtant peu accessibles lorsqu’il a écrit.  Il se dégage de l’ouvrage un apurement spirituel, empreint de gaité et d’humour mais aussi le sentiment que la pampa précisément n’est pas ce paradis que les immigrés espéraient reconquérir. Cette impression ne devait pas frapper les lecteurs lorsque l’ouvrage est sorti, mais nous, nous y voyons des nuages et des petites brèches qui ne demandaient qu’à s’élargir. L’ouvrage d’Alberto Gerchunoff se lit « comme un roman », comme un témoignage, aussi, dont on sait comme tous les témoignages qu’il est partial, et comme une prémonition.

Pour un suivi de l’affaire Nisman : Le Monde et le Figaro, par exemple.

  •  Les gauchos juifs » d’Alberto Gerchunoff,  publié en 1910 , réédité en 2006 chez Stock, traduction de Joseph Bengio et Nicole Czechowski
  • Impossible d’identifier  clairement  l’auteur de la photo (Solyanidja?), extraite de google images.