Interview de Juliana Gomez graveur

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Juliana Gomez parle de son travail

Alors que ses œuvres sur le thème Il deserto verde sont exposées à la Galerie Spazio eLaSTiCo  de Bologna  jai posé quelques questions à Juliana Gomez sur son travail de gravure et d’artiste engagée.

Emberàs linogravure de Juliana Gomez 50 x 60Aujourd’hui vous faites rentrer vos spectateurs dans votre combat pour la survie des populations comme les Embràs… *

Dans ce nouveau projet mon travail tourne autour des problémes liés à la monoculture de palmier à huile. Je traite les problèmes écologiques ainsi que les problèmes culturels et les droits de l’homme. Je sens la nécessité de parler du sujet, d’essayer de comprendre et de faire comprendre ; la nécessité d’exprimer, d’informer et désinformer, de faire un constat. De profiter de la liberté d’expression en toute tranquillité, tant que ça dure.

 A première vue vos animaux expriment une nature vierge, belle, paisible, harmonieuse … On en oublierait la réalité. De plus près, l’on voit vos gravures autrement et l’on se sent mal à l’aise. Pourquoi ?

Toutes ces images cherchent à attirer, puis à dégoûter.Mon travail c’est un ensemble d’images attirantes (spectaculaires) presque décoratives qui font allusion aux différentes problématiques politiques dela Colombie. Ces images dégoûtent avec des intrusions de journaux, de magazines, de publicités, avec des impressions sur des objets qui font référence au conflit, avec des images répugnantes qui vues de loin pourraient être qualifiées de très belles ; j’utilise différentes techniques d’impression, divers formats qui peuvent aller de grandes gravures sur bois ou linoléum jusqu’à de petites gravures en taille-douce. Le tout donne une multiplicité d’images, de formes et de factures hétérogènes qui communiquent entre elles.

Comment réalisez- vous vos œuvres ?

Tout mon travail est réalisé avec des techniques d’impression, la plupart des pièces sont faites en xylogravure et linogravure, mais j’utilise aussi les techniques de taille-douce et la sérigraphie. Chaque œuvre, intrusion, objet, se lie entre eux à l’image d’un organigramme, dont chaque bulle serait une des pièces. La présentation du travail forme un état des lieux, un constat, un ensemble et des sous-ensembles qui montrent la complexité du système. Les associations d’images, les unes à côtés des autres, tentent de démontrer une incohérence. La beauté de quelques images un peu virulentes met le spectateur dans une situation d’ambiguïté et de questionnement. Ce travail comme un organigramme s’adapte à l’espace dans lequel il va être montré. L’organigramme change de forme à chaque fois qu’une nouvelle pièce est rajoutée, il rappelle ma façon de travailler, de penser les images, d’ordonner mes idées, d’essayer de comprendre. Le multiple me permet de remplir l’espace, de créer un motif décoratif, ainsi que faire des liens importants entre les travaux pour renforcer l’idée d’organigramme. Les gravures fonctionnent en tant que pièces individuelles et aussi dans un ensemble, mais le fait qu’elles se contaminent entre elles, donne plus d’importance aux associations d’images, aux liens crées qu’à l’œuvre en soi.

Le flux de l’huile de palme entre la Colombie et l’Europe

* Note : les Embràs, des amérindiens vivant à cheval entre la Colombie et le Panama, sont en lutte depuis des années d’abord contre la création de grands barrages qui les privent de leurs terres, anéantissent leurs lieux sacrés et ont introduit l’alcoolisme et le paludisme. Ils sont aujourd’hui confrontés à la colonisation de cette région par le palmier à huile en grandes plantations.

 

 

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