La relique d’Eiça Queiroz : confite en dévotionS

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Vanité de la Mort Ph. Mireille Durand
La relique mérite bien une Vanité

   Curieux comme l’on peut lire un même ouvrage de manière très différente selon les âges auxquels on le lit ! C’est mon cas pour «La relique » d’Eiça de Queiroz (paru en 1887 mais publié en France seulement en 1941, aux Editions Fernand Sorlot avec la traduction de Georges Raeders) lu il y a 50 ans, quand j’avais 14 ans, et que je viens de terminer. Ce que j’en avais retenu n’avait strictement rien à voir avec ce que je vais en dire aujourd’hui. Eté oblige, je reprends ce papier déjà publié car l’ouvrage m’avait amusée, je me le rappelais pittoresque, d’un style agréable mais très classique, un rien désuet… J’y voyais une peinture très « couleur locale » d’un état d’esprit qui me paraissait très particulier au Portugal.

Aujourd’hui je trouve « La relique » picaresque, dense, d’une écriture qui pour être facile à lire n’en est pas moins riche et pétillante, à l’ambiance doucereuse comme le mélange effluves d’encens- fumées-de-cierges-en-véritable-cire- d’abeille- sueur-pipi qui enveloppait les confessionnaux, sert un récit qui ne me paraît plus anecdotique mais bien universel autour de l’hypocrisie, l’une des vertus les mieux partagées au monde.

Car c’est une description satirique de la divine perversité de la société, et le fait que « La relique »se situe au Portugal du 19ème siècle n’en diminue pas l’acuité ni l’actualité ; c’est un texte intemporel et de  portée universelle. Eiça de Queiroz peint un changement d’époque qui, comme tous les changements d’époque partout dans le monde, s’accompagne de troubles divers, mais il le peint sans manichéisme. Impossible de prendre parti pour ou contre la vieille bigote Dona Patrocinio da Neves, relique d’un monde presqu’éteint mais ayant encore le pouvoir de l’argent, ni pour ou contre l’anti-héros principal, Théodoric Raposo, son neveu orphelin désargenté qui ne sait pas s’y prendre pour gagner ses bonnes grâces et son héritage -un véritable » picaro » – ni pour Topsius sensé représenter les lumières désintéressées de la Science. Cependant l’on suit l’anti-héros dans ses génuflexions, prières, visions, fausses piétés, avec autant de plaisir que dans son voyage mystico-érotique en Palestine et ses rencontres privilégiées avec Jésus et quelques « Marie Madeleine » …

Et, si « La relique » se termine presque comme on l’imaginait, le lecteur peut construire d’autres fins plus « tordues » plus « perverses » ou plus «heureuses» au gré de son imagination. Peu importe la fin, ce qui compte dans le roman d’ Eiça de Queiroz c’est le cheminement de l’anti-héros vers son destin d’anti-héros. Et ce qui singularise cet ouvrage c’est qu’en dépit du plaisir de lecture l’on ne se sent pas vraiment concerné par ce qui lui arrive, mais plutôt par le schéma mental et la construction sociale d’un passage d’un état à un autre. que l’auteur met en scène magistralement.

Pauvre Théodoric Raposo !

Nul doute que le livre a fait scandale à sa publication en 1887. Aujourd’hui j’en referme la dernière page convaincue qu’il reste comme une trame pour démasquer d’autres hypocrisies et enfermements mentaux.

  • La relique d’ Eiça de Queiroz 1887,Editions Fernand Sorlot 194, collection les Maîtres étrangers, traduit par Georges Raeders, préface de Valèry-Larbaud.

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