La vie et demie de Sony Labou Tansi

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Ogres sous l’équateur

Encore un ouvrage qui m’est tombé dans les bras : je viens de relire   La vie et demie de Sony Labou Tansi, son premier roman publié en 1979 à 32 ans et j’en sors époustouflée par ce qu’il vomit, et fait vomir au lecteur. J’emploie le terme vomir au sens de rendre dans la douleur ce qui est indigeste, dangereux, toxique, pour ne garder que la substance nutritive.

Lorsque, peu après sa parution j’avais lu l’ouvrage de cet écrivain congolais relativement méconnu en France, j’avais été écœurée par le récit : de la viande crue, sanguinolente, poisseuse, trop proche à mes yeux d’une réalité politique pas spécifiquement africaine : nous sortions du Chili, de l’Argentine, des guerres israélo-arabes, l’Irlande était à feu et à sang, Saïgon prise par le Nord, le choc pétrolier, nous rentrions dans la guerre irako-iranienne et le SIDA. L’Afrique m’était plus lointaine que les autres continents tiers-mondistes sauf quelques pays tels le Nigéria gaspillant déjà ses richesses inépuisables et l’Afrique du Sud bougeant sur ses certitudes.

La vie et demie de Sony Labou Tansi,  c’était trop pour moi, une violence « gratuite » qui m’avait mise fort mal à l’aise.

A la relecture et après avoir connu l’Afrique,  ce n’est pas moins violent, cependant j’ai beaucoup aimé ce livre : Sony Labou Tansi dresse une fresque puissante des pays de l’Afrique des forêts dont, de façon très initiatique, il nous ouvre les champs d’interprétation par vagues successives, comme la forêt équatoriale se dévoilant dans le brouillard au moindre mouvement de l’air. De spasme en spasme, il nous conduit dans les tréfonds humains et historiques de cet univers que les surréalistes ne renieraient pas ; nous le vomissons au sens figuré du terme pour finalement repaître notre esprit de sa sagesse et de son apaisement.

Paradoxal,  ce récit d’ogres, cette satire féroce d’un mode cruel à l’extrême, nous enrage d’un bout à l’autre, nous laisse exténué à la fin, certes, mais aussi apaisé sous l’effet  curateurs des lianes des Pygmées, une fois les pages refermées.
Je ne mentionne pas l’écriture riche, dense, ni le style dont il sera question dans un autre papier sur quelques écrivains étrangers francophones.

Sony Labou Tansi est mort du SIDA à 49 ans en 1995.

  •  La vie et demie de Sony Labou Tansi , éditions du seuil 1979 ISBN2.02.005265.2
  • Wikipedia https://fr.wikipedia.org/wiki/Sony_Labou_Tansi

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