Marguerite Yourcenar dans ses Lettres …

Lu de-ma bibliothèque
Lettres de Marguerite Yourcenar (Gallimard(
Lettres à ses amis… Marguerite Yourcenar

Ce n’est que tardivement que j’ai eu envie d’ouvrir les « Lettres à ses amis et à quelques autres « de Marguerite Yourcenar (Gallimard 1995), sans doute pour ne pas rompre le charme de ses œuvres romanesques, encore présent en mon coeur.

Déjà, encore adolescente, j’avais dévoré les « Nouvelles orientales » et « Alexis », fondu sur « Les mémoires d’Hadrien » et « L’œuvre au noir » à leurs parutions, et plus tard dévoré « Le temps ce grand sculpteur ». Tout Yourcenar ou presque, pensai-je. Quelle ignorance !

J’avais acheté les Lettres un peu comme un livre saint, après en avoir lu trois ou quatre passages au hasard, en feuilletant l’ouvrage chez un libraire. Il est resté longtemps dans ma bibliothèque en attente du moment où il me sauterait dans les bras, comme le font beaucoup de livres que j’achète intuitivement.

Il m’a sauté dans les bras et dans ce bond a perdu l’auréole dont j’avais paré mon idole. En effet, la personnalité de Marguerite Yourcenar apparaît, étonnement, un peu décalée de ce que j’imaginais à travers les écrits d’elle que j’avais lus.

Dans ses « Lettres à ses amis et quelques autres « , Marguerite Yourcenar se montre très tôt consciente de sa supériorité, soucieuse de son image et relativement égoïste. La marque de grands esprits sans doute ! Cet ouvrage, publié après sa mort, l’avait-elle programmé comme le rend crédible le fait qu’elle gardait les doubles au carbone de ses correspondances et réclamait même après coup des copies à certains destinataires…? Ses correspondances étaient-elles  » franches  » ou consciemment biaisées ? Si je la construis d’après ses romans, Marguerite Yourcenar m’est autre ; mais un auteur est-il la personne de ses romans ?

Cette anthologie dessine également ses relations avec sa compagne qui fut son archiviste et a consacré une grande énergie à sa carrière et son aura. Dans ces lettres, Grace Frick apparaît comme un être cher à Marguerite Yourcenar, mais placé à un niveau légèrement inférieur au sien propre. Etrange ! Marguerite Yourcenar m’a parue froide. Quant à Jerry Wilson il comble le vide laissé par la mort de Grace Frick, sans plus. Avec les « quelques autres », on peut s’étonner de la lenteur (un an parfois) à répondre à certaines missives, de l’ambigüité des relations avec sa parentèle et de la sévérité avec ceux qui travaillent pour elle, (sauf les traducteurs ).
Oui !  dans ses Lettres Marguerite Yourcenar m’apparaît comme un être sans affection exprimée, et même parfois sans affection tout court.

En revanche, l’ouvrage découvre ce qui a fait d’elle un très grand écrivain, sa culture, sa richesses intellectuelle, son professionnalisme dans la conduite de sa carrière et la défense de ses œuvres.

Ce n’est pas MA Marguerite Yourcenar dans cet ouvrage, c’est Marguerite Yourcenar tout court. Et malgré ce léger regret de ma part, l’ouvrage est passionnant car elle est passionnante.

  • « Lettres à ses amis et à quelques autres » de Marguerite Yourcenar, édition établie, présentée et annotée par Michèle Sarde et Joseph Brami ; Gallimard 1995.

Les lettres de grand auteurs ou artistes sont toujours passionnantes comme celles d’Henri Focillon. ou d‘Alain-Fournier

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *