Le Français au Congo, Queffelec et Niangouna, savoureux

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Le Français du Congo de Queffelec et  Niangouna

Le français DU Congo

Africaine par Kilva, peintre congolais 1981
Africaine par Kilva 1981
Ph Mireille Durand

      Le Français au Congo d’ Ambroise Queffelec et Augustin Niangouna devrait s’intituler « Le Français DU Congo ». Ce dictionnaire congolais-français apporte à la langue mère que nous laissons dépérir en France toute la richesse et la générosité filiales d’une Afrique en pleine vie.

Edité en 1990 par l’Université de Provence, le titre me choque car il s’agit bien d’une langue propre aux locuteurs du grand bassin congolais et non d’une sorte de charabia de français parlé dans cette zone, sous entendu par des ignorants ! Les autres français du monde sont la force et l’avenir du nôtre, franglaicisé depuis longtemps, abâtardi par l’ignorance des règles grammaticales, l’orthographe de plus en plus phonétique…

Autre détail qui m’agace dans le titre et l’introduction du Français au Congo, ouvrage que l’on doit à l’Association d’études linguistiques interculturelles africaines : le nom de l’auteur « principal » Ambroise Queffelec est en gras, celui de l’auteur local* Augustin Niangounanon, non ! De plus, il n’y a pas grand chose sur ce dernier dans l’introduction. Sans doute, me dira-t-on, cela correspond à des règles de publication universitaires, n’empêche!

J’insiste : c’est le français du Congo, comme il y a le français du Canada, le français de Belgique, et même les divers créoles des terres d’Outre-mer. Dans Le Français au Congo d’ Ambroise Queffelec et d’Augustin Niangouna, on vit et l’Afrique francophone d’aujourd’hui et les racines de notre français.

Le Français au  du Congo, langue savoureuse

Le français du Congo, une langue savoureuse, chantante, miroir de la mentalité optimiste, gaie, drôle malgré les horreur que ses locuteurs ont pu vivre durant leur histoire…
Par exemple j’extrais du dictionnaire malice et sourires pour vous inventer au fil des pages  l‘histoire d’un boudeur, un crack-là. Ko ! Quel boudeur avec ses anti-soleil-là ! On admirait toujours son accoutrement, Il faut dire qu’il faisait coudre sans cesse, le lavadaire avec lui n’avait pas l’argent. Dans la sape il était reconnu, même les parisiens le respectaient.

Et quel chercheur ! Toujours après les plus belles filles. Ses promotionnaires avaient des trottoires, lui jamais.

Un jour au Bar chez MaSophie, il rencontra une brune (Barbara Kanam ? Celle de Congo Rumba ?)   

Statue scarifications rituelles. Congo
Statue de tête avec scarifications rituelles.

Cette brune-là elle avait fait vedette mais ce n’était pas une évadée. Avec ses jolies cicatrices Teke, son double-pont-là…il tomba K.O. Après un doigt de banane et un bonbon glacé, ils dansèrent et dansèrent. Quel ambianceur, ko !… (Laissez-vous aller avec les bantous de la capitale je suis un quelqu’un)
Mais la femme-la donna un faux rendez-vous dans sa case en dur, en fait elle eut peur de devenir un simple deuxième bureau.

Je suis venu chez toi mais je t’ai absenté, lui reprocha-t-il quand il la retrouva. Il lui cadonnna un wax. Il le fallait ! Il était allé voir le clairvoyant, cette brune-là était pour lui : tu vas la marier avait fait le féticheur …

Traduction trahison : c’est un sacré un beau mec, hyper élégant, classe, un séducteur certes, mais qui n’allait qu’avec des femmes bien, pas comme ses copains de classe qui fréquentaient les prostituées…


     
Chez la trottoire par P. Moké Brazzaville 1981 PH Mireille Durand z

Chez la trottoire par P. Moké Brazzaville 1981

Un jour il rencontre une beauté, mais une de ces beautés ! Teint clair, visage magnifiquement scarifié. Il en tombe raide amoureux. Il l’invite au dancing en plein air. Il danse bien, il aime les fêtes, toutes les fêtes ; ils passent du bon temps se régalant de bananes et de glaces.
Puis ils se donnent rendez -vous chez elle, un jour proche. Elle habite une belle maison. Mais voilà qu’elle lui a posé un lapin, bon sang ! Sans doute entre temps a-t-elle eu peur de n’être prise que comme maîtresse en titre. Quand enfin il la retrouve, pour lui prouver son amour il lui donne une pièce de batik. Car il la veut, le féticheur le lui a prédit : elle est pour lui, il doit l’épouser…

* local = mot congolais  signifiant fariqué, produit dans le pays, du pays quoi

  • Le Français au Congo d’ Ambroise Queffelec et Augustin Niangouna. 1990.Editions de l’Université de Provence, Association d’études linguistiques interculturelles africaines.

Un site sur l’univers de la musique congolaise https://www.universrumbacongolaise.com/

   Et pour finir Julienne Na Ponton avec l’orchestre Sinza

  • Le Français au Congo d’ Ambroise Queffelec et Augustin Niangouna. Editions  Université de Provence 1990, Association d’études linguistiques interculturelles africaine.
  • Et toujours, parfaites illustrations de la richesse de la francophonie africaine : Le pleurer-rire d’Henri Lopes et La vie et demie de Sony Labou Tansi
  • Dictionnaire du français du Congo
    Le Français au Congo d’Ambroise Queffelec et Augustin Niangouna