Edwidge Danticat : plaisir renouvelé des larmes douces

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Edwidge Danticat La récolte douce des larmes  Edwidge Danticat, une Haïtienne de New York, francophone de naissance  écrivant en anglais,  manie une plume intimiste et une    langue claire si j’en juge par son roman : « La récolte douce des larmes » (Grasset 1999).

L’histoire se passe dans la république dominicaine de Trujillo qui massacre les haïtiens de son territoire, et Haïti occupé par les  américains.

La première fois que j’ai lu « La récolte douce des larmes » d’Edwidge Dandicat, j’avais trouvé cet ouvrage très dur, au style  acéré. Les violences de l’Amérique latine étaient encore proches à mon cœur et il est probable que l’écriture, tout en dialogues avec très peu de temps pour souffler et réfléchir, correspondait au halètement, à l’empressement, à la panique que vivent les victimes de violences.  En ce sens, le roman avait parfaitement fonctionné comme témoignage d’une dictature sanguinaire.

Je viens de le relire : il laisse une impression différente de celle que j’avais en mémoire. D’abord le cadre historique  pourrait être déplacé de quelques décennies, voire siècles en raison d’un certain « universalisme ». Le roman ne m’apparaît plus comme un matraquage féroce et précis mais comme une instillation subtile contre les dictatures. Très différente, cette description de la dictature Trujillo de celle du Guatemala dans « El seňor Presidente » de Miguel Ángel Asturias. De même, la situation des ouvriers haïtiens de la canne en République dominicaine qui, au moins jusqu’à la fin des années 80, était proche de l’esclavage, n’a rien à voir dans cet ouvrage avec celle des ouvriers de plantations bananes du Honduras décrite par Ramon Amaya Amador dans « Prision verde ». Pourtant l’ouvrage laisse son empreinte. La preuve :  je le relie immédiatement à des livres plus forts.

L’écriture d’Edwidge Danticat, je l’ai déjà dit, tout en dialogues, est toujours intimiste, légère, pudique, limpide. C’est sans doute ce qui rend cet ouvrage attachant : un livre peu racoleur qui parle de façon faussement facile et pourtant vraie d’un sujet violent.

Entre mes deux lectures plus de 10 ans ont passé ; dans dix ans, qui sait ? j’y trouverai encore un nouveau plaisir.

Haïtienne vivant à New York, la jeune auteur de ce roman était, à 33 ans, citée comme l’un des « vingt meilleurs jeunes écrivains américains ». Depuis, elle a notamment  publié « Brother, I am dying » ;  je ne l’ai pas lu. Et vous ?

  •  La récolte douce des larmes,  d’Edwidge Danticat  editions Grasset 1999 ISBN 2-246-58231-8

 

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