Les Fecos, carnaval de Limoux

L'air du temps

Les Fecos (ou Masques) de Limoux, le plus long carnaval du monde dit-on, sont de sortie toutes les samedis et dimanche pendant trois mois, cette année 3 janvier au 13 mars.

Ce sont les meuniers qui ouvrent les Fecos.  On en sort tout enfariné, les narines et les yeux parfois obstrués mais toujours réjoui. Puis, j’aime Las Femnas (les femmes), Les Maïnatches (les chéris dans la traduction de ma grand’mère),  les Réménils (ceux qui remuent) avec leurs danses vives, Les Estabousits qui nous laissent stupéfaits et toutes les autres bandes jusqu’au jugement et à la crémation par les Aïssables (ceux qui gemissent ?) de pauvre Carnaval. Pauvre, en langues d’oc, est synonyme de feu ou défunt…

Durant carnaval, chaque bande a ses jours de sorties, durant lesquelles elle fait trois fois dans la journée trois tours de la place centrale entrecoupés de pauses aux principaux cafés du cru (détails plus bas) . C’est une particularité des Fecos tout comme la musique, propre à chaque bande, bien que jouée par un nombre limité de groupes qui s’adaptent à leur Fecos. Le plus souvent le rythme est lent et la mélodie nostalgique (sauf quelques airs d’Offenbach).  Rien à voir avec Rio ! Ici on est dans le fond sacré du carnaval pré-chrétien, la gestuelle a presque un caractère religieux.

Très codifiées, les Fecos regroupent chacun des gens unis par la provenance, la corporation, ou un même centre d’intérêt. Pour intégrer une bande il faut que sa candidature soit acceptée à l’unanimité du groupe. Et une fois admis cela demande un gros travail toute l’année dans les arrières-cafés qui servent de « siège social  » à chaque bande.

En queue de bande, derrière la musique  il y place pour les simples citoyens  déguisés à leur guise, masqués mais d’aucun feco de bande ;  ce sont les joyeux, les jouisseurs Goudils. Enfant, avec mon grand-père nous y prenions part et dire lequel de nous deux avait le plus de plaisir serait difficile.

Limoux,  petite ville de la vallée de l’Aude (Languedoc), est certes célèbre pour carnaval mais aussi pour son vin,  la blanquette en langue vernaculaire aujourd’hui gratifiée d’un nom légal que je ne connais plus en ces temps carnavalesques, mais qui est un vin dit  « de méthode champenoise ». Pourtant  -c’est bien connu localement- Dom Pérignon était un moine limouxin qui avait inventé une vinification allègre ; lorsqu’il dut s’exiler en pays froid pour une raison oubliée, il emporta sa « recette magique » qui fit de la terre champenoise ce qu’elle est ! J’adore cette légende !

Merci à l’office de tourisme pour cette précision sur les trois sorties organisées chaque samedis et dimanches:

  • la sortie de 11 heures est consacrée à un thème pris dans l’actualité locale, nationale, voire internationale et tourné en dérision ;
  • la sortie de 17 heures se fait sur des airs moins rapides et dans un costume choisi par l’ensemble de la bande, ou le pierrot limouxin ;
  • La sortie de 22 heures est la plus solennelle car elle se déroule à la lueur des entorches et les airs joués, plus lents, participent à cette atmosphère si étrange et pourtant familière.
  • La musique, sorte de valses  lentes, faute de bon enregistrement, est empruntée aux chansons à boire de la vallée du Rhin, les deux régions ayant en commun le vin et le carnaval et étant chères à mon coeur d’enfant. Il y a « Wer hat so viel Pinke Pinke »  et   « Du kannst nicht treu sein » (cf. in vino veritas)

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