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Iran/Etats-Unis 1979 : Falstaff chez Khomeini de John Graves, otage

Iran/Etats-Unis 1979 : Falstaff chez Khomeini de John Graves, otage

Récit d'un otage américain en Iran en 1979
Affiche 1979 mort à l’Amérique

Iran/Etats-Unis 1979. Des étudiants islamistes retiennent en otage des personnels de l’Ambassade des Etats-Unis à Téhéran. La nouvelle fait le tour du monde en quelques secondes C’est pourquoi « Falstaff chez Khomeini », l’autobiographie de feu John Graves, otage américain d’étudiants islamistes iraniens du 4 novembre 1979 au 20 janvier 1981, est passionnante à relire en ces temps de guerre larvée entre l’Iran et les Etats-Unis. 

John Graves, victime des relations Iran/Etats-Unis en 1979    

« Falstaff chez Khomeini », cet épisode historique des relations Iran/Etats-Unis en 1979, a été publié en français en 1994 aux Editions Tirésias après que l’Administration américaine, avant de le mettre à la retraite anticipée, a conseillé à son diplomate (1) « de ne rien publier ». Il a bien compris : rien en anglais ni dans son pays…« De toutes façons, ses notes ont toujours écrites en français car John Graves était d’une grande culture française ; il aimait tant la France qu’il choisit d’y passer sa retraite.  (Jai bien connu la famille Graves, dont une partie est ma fratrie de coeur) .

« Falstaff chez Khomeini » se veut une « oeuvre de fiction ». John Graves nous affirme avoir « toujours eu une mémoire faible », que ses notes de captivité ont été volées à sa libération, qu’il n’a donc pu utiliser que les quelques mots et dates « griffonnés sur du papier dissimulé dans les plis de ((ses)) testicules » pour écrire son récit « Falstaff chez Khomeini ».

Il confesse être un « fantaisiste né, un grand jouisseur de la vie, un fabulateur rabelaisien », mais il se dit aussi « traître, menteur, moqueur, blasphémateur, farceur », cependant toujours « puni de ((ses)) infamies« . Il aurait pu ajouter : « curieux comme un chat » puisqu’il observera autant que possible tout ce qui l’entoure malgré ses yeux bandés, ses mouvements entravés, son interdiction de parler, son isolement même.  de 

 Iran/Etats-Unis 1979 : confusions bilatérales   

De cette prise d’otages à l’Ambassade des Etats-Unis en Iran en 1979, l’on n’a que des versions officielles allégées et édulcorées ou des rumeurs de sources « généralement bien informées »…Avec John Graves, le lecteur entre totalement dans le récit de ces 444 jours d’une détention particulièrement dure. Et la curiosité d’esprit, la finesse d’analyse, l’understatment et le courage de l’auteur en font un ouvrage enrichissant, avec des vérités, parfois inconsciemment dévoilées ou volontairement mal cachées, et les fruits savoureux de sa fine analyse politique. (2)

marg bar amrika death to shah (mort à l’Amérique, mort au Chah)

Falstaff/Graves livre, dès son premier chapitre, des informations « fictives »‘ plus vraies que nature. Il constate la relative bonhommie, aux premiers jours de leurs gardiennage, des étudiants islamiques, partant suivre leurs cours dans la journée et confiant  » la boutiques aux femmes », … qu’il aide à faire leurs devoirs d’anglais ! Puis la situation s’assombrit sous les pluies de « marg bar amrika » (« mort à l’Amérique ») ; l’on sépare les otages par catégories et le voilà à l’isolement : John Graves est considéré comme un espion important. Il met aussitôt en place sa stratégie de survie : se fixer des buts quotidiens tels manger, se tenir propre, ne bloquer ni ses intestins ni ses voies urinaires, faire de l’exercice…

L’on devine également au récit de John Graves que cette « ambassade du grand Satan » est physiquement constituée de plusieurs sites distincts -de nombreux otages seront déménagés en divers points à l’intérieur de l’Ambassade au cours de leur captivité , que ses effectifs sont pléthoriques, aussi bien américains qu’iraniens (souvent Chrétiens Arméniens qui, pense-t-il, seront ceux qui souffriront le plus)… ce qui peut expliquer le faible niveau d’inquiétude des otages aux premiers moments de cette attaque et l’absence de résistance d’éventuels services de sécurité américains.

Voici un lien (document INA) du journal de 20 heures le 4 novembre 1979 présenté sur Antenne 2 par Léon Zitrone. 

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Iran/Etats-Unis 1979 : du canular à un acte de guerre

Des flottements dans la gestion de leur gardiennage lui révèlent les incertitudes, et du gouvernement, et des preneurs d’otages, même si tout le monde est rassemblé derrière une revendication essentielle : que « les Etats-Unis livrent le Chah » réfugié chez eux pour des raisons médicales, raisons auxquelles même notre otage ne semble pas croire.

Rapidement, cependant, le mouvement s’emballe avec l’envahissement de la Chancellerie, le ligotage des mains et bandages des yeux des diplomates avérés, l’utilisation de la tribune télévisuelle … Qu’est-ce qui a fait basculer ce qui semble un canular aux yeux de notre auteur en drame international ces 5 et 6 novembre 1979 ? Tout à coup, l’électricité palpable incite Falstaff/Graves à « éviter » des échanges ratiocineurs entre otages et étudiants pour ne pas aggraver encore la situation.

 Iran/Etats-Unis 1979: une révolution islamique en construction

Voici un document daté de 1979 de RFI et d’une Radio nationale française retraçant la révolution islamique https://youtu.be/6Tmf9plHHFM

reraçant e Il se demande qui est l’instigateur de cette action, si le Premier Ministre Mehdi Bazarghan et le conseiller de Komeini, Sadegh Ghotbzadeh, (3) étaient au courant… Aux premiers instants de l’affaire, tandis que le Chargé d’Affaires se rend chez le Premier Ministre avec qui il entretenait de bons rapports, pour essayer de comprendre, John Graves préfère ne pas aller chez son dentiste pour voir « ce qui se passe » !

Dans ce récit d’otage américain en Iran en 1979 l’on plonge dans l’instabilité politique que l’instauration de la République islamique du 1er avril n’a pas calmée, et l’auteur nous rappelle, en décrivant les preneurs d’otages et leurs échanges verbaux, les luttes entre deux factions religieuses, l’une proche d’une monarchie constitutionnelle dite moderniste, l’autre « communisante ».

Bon nombre de responsables du régime, de parents de révolutionnaires, quémandaient des visas pour « le Grand Satan ». C’est d’ailleurs en fermant le service des visas au premier jour de l’envahissement de leur Ambassade, que les américains pensent faire plier les étudiants islamistes révolutionnaires. Ces étudiants, qui crient « Mort au Chah, mort à l’Amérique, Yankee go home », combien ont été formés aux Etats-Unis ? Combien cherchent-là une plate-forme publicitaire pour se faire un nom, comme « Phildelphia Mary » ou d’autres (4), note notre otage. Et Khomeini, quelle est sa position face à ce mouvement « spontané » d’une frange de ses étudiants ? Nous savons que Khomeini n’approuvera officiellement que plus tard cette prise d’otages qu’il a inspirée.

Iran/Etats-Unis 1979 : les conditions empirent pour les otages 

Déménagement dans une autre partie de l’Ambassade où il retrouve du personnel subalterne mais des conditions déjà un peu plus dures : mains menottées, yeux bandés, sol en guise de lit, interdiction de parler. Entre otages ils ne s’en priveront cependant pas quand ils le pourront.. Pour la première fois un étudiant pointe un pistolet mitrailleur Uzi (5). John Graves raconte sa peur : d’être livré à une foule en délire, de ne plus pouvoir uriner, d’être décapité…Mais il est décidé à sauver sa peau et va même jusqu’à signer une pétition demandant l’extradition du Chah dont il sait « qu’elle ne vaut rien de toutes façons ». Parler sous la torture ,? « S’il le faut ! Comme la plupart des militaires et des diplomates je ne savais rien qui, divulgué, compromettrait vraiment la sécurité américaine. Un tas de trucs embarrassants, oui. Mais rien de grave. » Et d’évoquer la pratique de la torture sur leurs prisonniers par les forces américaines où il a servi lors de la guerre du Viet-Nam, tortures tout autant inéluctables qu’inutiles, se dit-il.

Iran/Etats-Unis 1979 : John Graves change 30 fois de geôle 

Pourtant oui, John Graves marqué comme espion subira un traitement différent de ceux des autres otages : isolement, interrogatoires, privation de mouvement, de vue, de parole, une torture qui aurait même pu aboutir à la mort s’il n’avait pas eu de la chance. Une trentaine fois durant ses 444 jours de détention il sera déménagé dans plusieurs demeures d’anciens bourgeois de Téhéran qui ont quitté le pays, dans des prisons dont celle de la SAVAK, dans diverses villes et dans le désert où il sera victime d’un accident qui ressemble à une tentative d’assassinat. Aujourd’hui, où cela se pratique couramment dans les zones de conflit, l’on penserait qu’il est passé des mains d’une faction à celles d’une autre…

Falstaff/Graves comprend au commencement de sa captivité que les otages sont la monnaie d’échange, une monnaie à maintenir en bon état. C’est ainsi qu’il interprète la visite que leur a fait, au début de l’affaire, le fils de l’ayatollah Khomeini. Il est venu s’assurer qu’ils étaient bien, il veut que leur santé soit protégée, qu’ils soient soignés si besoin. Et qu’ils le disent dans leurs apparitions télévisuelles et courrier. Cela renforce l’idée de Falstaff/Graves que des négociations son en cours et qu’ils vont bientôt être relâchés. Aussi, lors d’un premier déplacement hors de l’Ambassade se voit-il emmené à l’aéroport. Mais non ! C’est une nouvelle prison ! Il ira de maison d’opposants fuyards ou assassinés, en prisons de l’ancien régime, d’édifices délabrés en palais impérial…

Dans l’intimité de John Graves, otage 444 jours 

John Graves raconte humblement sa peur, ses peurs avec beaucoup d’humour et d’autodérision, ses « pensées positives » qui lui permettent de rêver et de reprendre des forces. Mais surtout il analyse la situation sur laquelle il n’a pourtant aucune information de l’extérieur. C’est ainsi que sous les bombes, à Téhéran, il comprend immédiatement que les armements sont de bonne qualité mais mal utilisés ce qui, conclut-il, signifie que les Irakiens bombardent l’Iran. Il apprendra plus tard que c’était en effet le premier jour de la guerre Iran/Irak ! « Et cela donne au lecteur un repère temporel puisque la guerre a commencé le 22 septembre 1980..

Falstaff/Graves ne reçoit que peu de courrier de sa femme et sait bien que celui qu’il lui envoie ne doit pas toujours partir car il défie le diktat des preneurs d’otages et n’écrit pas qu’il est particulièrement bien soigné ni qu’on prend grand soin de lui. Les geôliers font chou blanc avec notre « conseiller pour l’information et la culture » aguerri. John Graves réussit quand même à envoyer des messages codés à « Cathy » pour lui demander de joindre ses amis algériens afin qu’ils interviennent auprès des iraniens. (John Graves a été en poste en Algérie et, comme dans tous ses postes, a noué de bonnes relations, et professionnelles et amicales, avec les citoyens). Aussi, verra-t-il de bonne augure la visite d’un diplomate algérien avec qui il parlera en français au nez et à la barbe de ses geôliers. Et qui leur apprendra qu’il y a bien des négociations en cours.

Iran/Etats-Unis 1979 : je ne quitterai jamais l’Iran

Lorsqu’il est regroupé avec d’autres, autorisé à téléphoner à son épouse, il commence à croire aux nombreux « quand vous rentrerez chez vous » de ses gardiens. Il ne lâche cependant pas la proie pour l’ombre et reste préparé à la mort : »je ne pense plus à demain, j’accepte, sans y penser vraiment, que tôt ou tard il y aura un accident mortel. Je ne quitterai jamais l’Iran…La vraie, la meilleure astuce du prisonnier pour s’en tirer, c’est vivre le présent, pas de demain, pas d’hier. Il n’y a qu’aujourd’hui », confie Falstaff/Graves à son journal. Un aujourd’hui ponctué d’exercices physiques et de plaisirs simples comme de d’utiliser des toilettes propres (il se mettra plusieurs fois de corvée de nettoyage de son plein gré), apprécier les repas de dattes, pain et yaourt iraniens plutôt que les nourritures industrielles pillées à l’Ambassade qui leur sont servies par les geôliers. Autre plaisir nécessaire: la constitution d’un petit trésor : du fil (pour ses dents) un clou, de la corde à linge, une pierre rugueuse comme taille crayon, un crayon papier, un bol, une cuillère, des bouts de savon … Trésors sans cesse confisqués lorsqu’on le déménage, à reconstituer dans un nouvel environnement. Sauf son journal qu’il porte bien attaché sur lui et qui ne lui sera enlevé que juste avant de prendre l’avion. Ses billets cachés dans son slip, eux, échapperont aux fouilles iraniennes.

Iran/Etats-Unis 1979  les otages n’ont aucune information sur l’extérieur

Les rares fois où il se projette dans l’avenir il se dit que « vieux fauteur de troubles », à son retour l’Administration le jettera à la porte. Mais son « Ne t’en fais pas », refrain répété comme une scie, le sauve à chaque fois. Otage à Téhéran en 1979 John Graves dessine les rouages de l’Administration et de la politique des Etats-Unis envers l’Iran, politique encore actuelle de nos jours !

Un jour que la situation lui semble compliquée rien qu’à la nervosité des geôliers entre eux, on lui annonce son n-ième déménagement. Il songe à leur libération mais, rapidement déçu, il note : « les otages servent bien à galvaniser les foules contre le vieux régime », Comme John Graves sait établir des relations confiantes avec les autres, (c’est son essence, et sans arrière pensée) il échange avec ses gardiens les plus ouverts. Cependant, cette fois-ci personne ne peut lui explique la haine violente et brutale qu’il ressent parmi les gardiens de la révolution à l’encontre de Jimmy Carter. (6)

Iran/Etats-Unis 1979, les conditions de vie des otages s’améliorent   

Il fait sans cesse travailler son cerveau sur ce qu’il ressent, voit, entend. Ainsi il se retrouve une fois à NIAVARAN, l’ancien palais du Chah. Pas du tout dégradé, s’étonne-t-il. Les foules en délire ne l’ont pas pillé (même quand il a les yeux bandés, il sait déplacer une infime partie du foulard pour apercevoir un peu son environnement sans que ses gardiens ne s’en aperçoivent). Il est intrigué par un grand portrait d’Ali Shariati (7). Qui a logé là ?. Mojahedin e Khalq, lorganisation des moudjahiddines du peuple iranien ?

Le 4 mai -seule date qu’il donne- John Graves est brutalement embarqué. Il ne le sait pas mais il va faire huit mois de désert, dans des conditions très dures, à l’isolement complet, subissant régulièrement des interrogatoires… jusqu’à un accident lors d’un transferrement qu’il analyse comme une tentative d’élimination discrète. Il joue de ses nombreuses blessures osseuses pour être envoyé dans n’importe quel hôpital, mais en vain. Il est cependant touché assez gravement à la colonne vertébrale. Ce qui pèsera dans la suite de sa détention. Les yeux toujours bandés, son ouïe et son odorat lui font deviner les villes où on l’héberge : Yezd, Ispahan, Qom, les bâtiments de la SAVAK…

Iran/Etats-Unis 1979 : on leur souffle le chaud et le froid  

Retour à Téhéran au bout de longs mois, il a la surprise d’être mis avec d’autres otages dont des collègues considérés comme lui comme de grands espions par les iraniens. Ils échangent librement sur la politique américaine ; Falstaff/Graves apparaît comme un « gauchiste » ! Ils sont mieux traités, ont accès à des livres que les étudiants, leurs gardiens, leur apportent. Mais de tristes Noël et premier de l’An leur font songer à la fin : »les comités Khomeini, ou le tribunal révolutionnaire, ou le peloton d’exécution vont venir nous chercher… » Au point qu’il glisse une lettre destinée à son épouse dans son linge personnel espérant qu’à leur mort ils enverront les effets personnels des otages à leur familles.

Iran/Etats-Unis 1979 :  libérés avec l’aide de l’Algérie  

Puis vient l’épisode des prises de sang… Pourquoi ? Un des gardiens avec qui il est assez libre lui dit que c’est la procédure avant leur libération. Ce que lui confirmera un médecin maghrébin en français : « je crois savoir que vous allez quitter l’Iran cette nuit ». Les otages sont alors propulsés sur un plateau de télévision animé par « Philadelphia Mary, devenue la Anne Sinclair de la télé iranienne », note-t-il. Thé, petits gâteaux et retour dans leurs habitations. D’un accord tacite la vie reprend comme la veille, on ne sait jamais ! La différence c’est qu’il échangent très librement avec leurs gardiens étudiants sur les différences de civilisation entre l’Iran et les Etats-Unis.

Brutalement, on les prie de se préparer et de ne prendre que le strict minimum ; ils réclament leurs biens confisqués au début de la prise d’otages (montres, etc.) mais seules des chaussures leur sont rendues. Falstaff /Graves met son manuscrit dans sa valise avec l’espoir qu’elle sera expédié aux Etats-Unis après leur départ. Il s’assure que ses notes sur papier pelure sont au frais au plus intime de lui-même. On leur bande les yeux et ….ils se retrouvent en vol. Ce n’est que lorsque l’avion quitte l’espace aérien iranien, qu’il se sent enfin soulagé. Une escale à Athènes pour refaire le plein ? John Graves comprend alors que la guerre Iran/Irak bat son plein. Alger, accueil chaleureux qui permet aux algériens « d’avoir leur moment de gloire bien méritée », souligne-t-il à ses petits camarades. Puis avion-hôpital jusqu’à Wiesbaden. Difficultés à dormir sur un lit et de porter des chaussures fermées.

C’est sûr que les services psychiatriques de l’armée y voient un grand trauma ! Je passe sur l’entretien privé avec Cyrus Vance, la réunion de famille à West Point, l’invitation à la Maison Blanche par Ronald Reagan et le couperet de l’Administration qui va se séparer de ses anciens serviteurs…

– Ne t’en fais pas, dit « le Vieux » à « la Moze » en débouchant un excellent Bourgogne, on va être heureux à la case !

John Graves 16 mai 1927 – 27 avril 2001.

To  Earl, Luz et Meg principalement.

Je remercie les Drs Bernard Durand (MRS), David Brassat  et Romain Dupont (TLSE), ainsi que Laurie Bousquet et Karine Larbi grâce à qui j’ai pu réécrire. 

https://youtu.be/sqemXVtZg4w  Un peu de rap contemporain iranien qui en appelle à Dieu  car dans  » la jungle de l’asphalte » on est juste un déchet.

NOTES:

(1) Conseiller d’Ambassade pour l’Information et la Culture, dit sa carte de visite officielle d’alors.

(2 On relie le fil de l’histoire bilatérale bien antérieure à l’avènement de Kohmeini et la haine vouée aux américains à la situation en 2019. 

(3) Sadegh Ghotbzadeh deviendra Ministre des Affaires Etrangères quelques jours après la prise d’otages.

(4) Selon Le Monde.fr |du  30.06.2005 : « Plusieurs anciens otages américains détenus 444 jours dans l’ambassade des Etats-Unis à Téhéran lors de la révolution de 1979 ont affirmé, jeudi, que le nouveau président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, faisait partie des meneurs étudiants qui les ont interrogés. A Téhéran, deux des organisateurs de la prise d’otages ont démenti que ce dernier ait été impliqué dans l’opération ». Les autorités américaines ont décidé de mener leur enquête sur les graves accusations portées contre le nouveau président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, a indiqué, jeudi 30 juin, le porte-parole de la Maison Blanche, Scott McClellan. « Le nouveau président iranien est un terroriste », a déclaré au Washington Times le colonel à la retraite Charles Scott, ex-otage à l’ambassade des Etats-Unis à Téhéran en 1979. « C’était lui, l’un des deux ou trois chefs », se remémore-t-il. Ce témoignage est conforté par celui de deux marines chargés de la surveillance de l’ambassade. Ancien de la Navy, Donald Sharer se souvient de Mahmoud Ahmadinejad comme d’un « individu cruel et partisan de la manière forte ». « Je savais qu’il était un interrogateur », poursuit-il, assurant avoir été soumis une fois à un interrogatoire mené par le nouveau président. Kevin Hermening était âgé de 20 ans au moment des faits. Affecté à la sécurité de l’enceinte diplomatique, il dit avoir été en contact avec M. Ahmadinejad aussitôt après l’invasion du bâtiment. « Il a participé à mon interrogatoire le jour même où nous avons été pris en otage », dit-il, ajoutant que les Iraniens voulaient connaitre les codes et les combinaisons des coffres-forts.Les spéculations ont été renforcées par le rédacteur en chef étranger de la BBC, John Simpson : « Quand j’ai lu un portrait de lui dans le journal  Tehran Times, j’ai compris d’où je le connaissais : de l’ancienne ambassade américaine à Téhéran. » Pourtant, plusieurs acteurs de la célèbre prise d’otages américains de 1979 ont démenti, jeudi 30 juin, que le président élu Mahmoud Ahmadinejad se fût trouvé parmi eux. »M. Ahmadinejad n’a jamais été l’un des étudiants ‘partisans de la voie de l’imam’ qui ont pris d’assaut le nid d’espions. Il n’a jamais été là », a déclaré une éminente personnalité réformatrice, Mohsen Mirdamadi, ancien parlementaire. Evoquant une photo diffusée sur Internet, montrant un personnage barbu conduisant un otage aux yeux bandés, il estime qu’elle »a peu de ressemblance avec Mahmoud Ahmadinejad ».C’est cette photo qui a semé la confusion. Il n’a jamais été là. Il n’a jamais été parmi nous », a-t-il déclaré. Deux autres preneurs d’otages confirment : « Non, Monsieur, il n’y était pas », abonde Abbas Abdi. »Autant que je sache, il n’était pas impliqué dans la prise de l’ambassade », dit Hachem Aghajari. Les deux hommes sont peu susceptibles de sympathie pour M. Ahmadinejad. Ce dernier est un ancien membre des unités spéciales de l’armée idéologique qui prêche le respect des valeurs islamiques et exalte la « pureté » de la révolution. M. Abdi a été libéré en mai après deux ans et demi de prison pour sa responsabilité dans un sondage disant qu’une très grande majorité d’Iraniens était favorable à une reprise du dialogue avec les Américains. Quant à M. Aghajari, il a été condamné à mort pour « insultes aux prophètes » avant que sa peine soit commuée en prison. Il est actuellement libre. La biographie de M. Ahmadinejad sur Internet le présente comme l’un des fondateurs du Bureau pour la consolidation de l’unité, syndicat étudiant, mais pas comme un « partisan de la voie de l’imam ». Elle ne dit rien sur une éventuelle participation à la prise d’otages. Interrogés, des collaborateurs du président élu ont renvoyé au principe énoncé depuis son élection selon lequel rien d’autre n’est avéré concernant M. Ahmadinejad que ce qui sort de sa propre bouche ou ce qui est publié par communiqué officiel.

(5 ) l’Uzi est un pistolet mitrailleur de fabrication israélienne.

6) Il ignore que des négociations sont en cours à Paris avec la participation du ministre des affaires étrangères Ghotzadeh, (qui était avec Khomeiny en France), que le gouvernement Carter a lancé une tentative militaire pour les libérer — il ne peut donc deviner que les hommes de Reagan vont profiter de cette haine des iraniens à l’encontre de Carter notamment pour reporter la date de leur libération et négocier la libération des otages au Liban. Il ignore également la démission de Cyrius Vance, les échanges entre Beheshti et des mollahs (Beheshti était en exil à Hambourg lorsque Khomeiny était à Neauphle le Chateau. De retour en Iran il est devenu le numéro 2 de la révolution iranienne qu’il a bâtie.)

(7) Ali Shariati 1933 -1977 était un révolutionnaire et sociologue des religions, fondateur avec Ghotzadeh en 1963 du mouvement de libération de l’Iran.

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Royal wedding Charles et Diana

Royal wedding Charles et Diana

Juillet 1981 : Royal wedding Charles et Diana

La foule londonienne deux jours avant le royal wedding de Charles et Diana le 29 juillet 1981. Ces photos, à un format très léger, sont de Mireille Durand

I

Royal wedding juillet 1981
Royal wedding Charles et Diana Dans les rues de Londres deux jours avant le mariage de Charles et Diana

Les rues de Londres deux jours avant le mariage de Charles et

Ph Mireille Durand Les rues de Londres deux jours avant le mariage de Charles et Diana

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La Rigole du canal du Midi


Calme et claire La Rigole coule vers le canal du Midi depuis la prise d’Alzeau… Visions d’automne sur La Rigole.
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Hello Johnny !

Hello Johnny !

D’où viens-tu Johnny !

D’une poignée de terre ? 

 Hello Johnny ! !l aura fallu attendre le lendemain de ses funérailles pour qu’une radio officielle ne soulève, certes légèrement et à reculons, un coin du voile blanc qui habille depuis sa mort notre Johnny Smet national. 

Un journaliste téméraire l’a tenté en posant une question piège à un ancien ministre de la Culture de gauche interviewé sur un tout autre sujet. On aurait voulu qu’il parle des tentatives d’évasion fiscale de notre héros populaire. Hello Johnny ! Mais, pas fou, le Jack Lang ! D’autant qu’à n’en point douter la Rock’N’Roll attitude n’est pas sa meilleure tasse de thé.

Cette impertinence journalistique allait-elle ouvrir la voix à des commentaires un peu moins lénifiants et idolâtres que ceux qui ruissellent depuis quatre jours et emporter un pan de sainteté du « héros » national, idole des jeunes que nous fûmes ? NDCL : beaucoup de cheveux blancs dans la foule réellement émue et affligée qui suivait ses funérailles à Paris, très peu d’ados visibles. Hello Johnny !

Ouf ! Pas de sacrilège ! L’émission a aussitôt offert un rattrapage avec une révélation du pouvoir sur les esprits et les coeurs de cette « part de notre pays » qu’est notre Johnny Halliday : les dons à l’Association Française des Myopathies sont en baisse cette année et particulièrement le dernier jour du téléthon parce que « dimanche la France était en deuil . »

Lundi (Hello Johnny ! Les dons sont encore possibles toute la semaine) le cercueil de Johnny devait embarquer dans un boeing 757 spécial (NDLC Airbus n’a pas ce type d’appareil ?) vers Saint Barthélémy. notre Communauté d’Outre-Mer où il possédait une résidence.(NDLC : Saint Bart dispose donc de pistes plus longues que St Martin, l’île parent pauvre des petites mains de la délinquance ensoleillée ?! )

Saint Bart (Hello Johnny), c’est un petit paradis fiscal officiel pour ceux qui y résident au moins cinq ans, y possèdent des biens et y encaissent des revenus. Chic, belle, mais bien moins qu’Eleuthera, les îles Vierges britanniques ou, pour ceux que l’idée d’emprunter le canal tente, les îles des Perles panaméennes. Un monde où tout-le-monde-il-est-beau, tout-le-monde-il-est-gentil, où aucune marionnette de Canal, aucun méchant fonctionnaire tracassier ne parviendrait…Mais…sacrément loin, pour les fans ! Encore que… On annonce une augmentation des réservations de voyages pour St Bart depuis quelques jours.

Il reste les suggestions d’une statue —- à cheval? Ce serait pas mal, par exemple à cheval sur sa moto ou sur sa guitare, non ? Souscrivons !

Déjà Charvieu Chavagneux 8000 habitants, dans le Nord de l’Isère, donné le nom du chanteur à une de ses rues, et Nice annonce son intention d’en faire autant …

Je n’aimais que le Johnny qui a bercé mes quinze ans. Après ? Il beuglait, me semblait-il en l’écoutant à la radio. Sur scène, qu’est-ce que cela donnait ? A mon seul concert Johnny Halliday, pourtant bien placée, j’ai cru qu’il chantait en play back : aucune goutte de sueur de rejaillissait dans la lumière comme on le voit sur tous ceux qui sont filmés. 

Un grand et fin connaisseur de Johnny Halliday (Hello, Johnny!) m’a dit que c’était possible à un certain moment très bref de sa carrière, vraiment très très bref, et si rarissime que c’était peut-être la seule fois où cela aurait pu se produire, juste le jour où j’étais au concert !

Aujourd’hui, pour ce billet d’humeur, à force de naviguer sur Youtube et autres sites je découvre que Johnny Halliday était vraiment LA ¨bête de scène que l’on décrit. NDLC : attention ! Premier pas vers le groupie-isme ?

Ses chansons ? Pour une fan de rock et de blues made in the USA, ses reprises ou transcriptions ne me convenaient pas. J’en étais restée à « retiens la nuit » . Mais depuis quatre jours j’entends sur des radio « sérieuses » dédiées à la Culture et la Musique avec de grands C et M des chansons aux textes et mélodies remarquables, inconnues de mes oreilles, un autre Johnny Halliday qui survivra à sa propre mort.

Je viens de regarder les vieilles canailles ; le seul qui ait encore sa voix et passe largement la rampe c’est Johnny ; même lorsqu’il interprète les chansons des deux autres. Voui ! Je risque de virer groupie de première.

NDLC : Hello Johnny ! Pas de risque! Elle fait juste son mea culpa : elle a péché par manque de curiosité ce qui n’est pourtant pas dans sa nature...

Que restera-t-il ? 

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Pierre Bettencourt, Manifestement singulier à Montolieu Aude

La Cène de Pierre Bettencourt vue partielle

Vite ! à Montolieu (Aude) ! « Manifestement singulier », Pierre Bettencourt ! Et « L’Internationale des Visionnaires », ou les sens cachés de la représentation humaine dans les collections Cérès Franco et Daniel Cordier.
Deux expositions que je recommande vivement à mes amis : Pierre Bettencourt au Musée des Arts et des Métiers du Livre et la mise en parallèle sur des thémes choisis des oeuvres des collections Cérès Franco et Daniel Cordier, à La Coopérative.

Commençons par Pierre Bettencourt.« Ceux qui aiment le pain parfaitement blanc, qu’ils n’entrent pas ici : PEINTURE IMPURE… » (…) Peinture pour que succubes et fantômes se substantialisent et restent ». Signé Henri Michaux * (1)

Ah! Le choc de la découverte des hauts reliefs de Pierre Bettencourt.  Ce fut comme une brusque expulsion, pleinement consciente, d’un utérus artistique incomplet -ou périmé, je ne sais pas encore. Le traitement singulier (texture, épaisseur, matériaux, thèmes) des hauts reliefs de Pierre Bettencourt participe de leur densité mystique -si j’en juge par ceux exposés, peu nombreux par rapport à sa « production ».

Car les hauts reliefs de Pierre Bettencourt nous propulsent du tourbillon de l’érotisme à celui de la mort pour aboutir au mystère du sacré. D’autres peintres l’ont fait, certes. Cependant, je n’ai ressenti une telle force s’emparer de moi qu’une fois : lorsque Jacques Herold m’avait montré ses oeuvres qu’il gardait pour lui. Et je ne saurai expliquer, analyser, ni décrire cette récente expérience dont je sens pourtant un retentissement de longue portée.

 

Pierre Bettencourt La Mort de Socrate Haut relief collection Daniel Cordier CN Pompidou
Pierre Bettencourt La Mort de Socrate

Pierre Bettencourt, peinture chargée, obsédée, possédée…

Si l’on observe de près la matière de sa peinture, Pierre Bettencourt utilise des matérieux non conventionnels tels des pierres, coquille d’oeufs, bois, écorces, chanvre, tissus, osselets, graines diverses. Je n’ai jamais vu un artiste donner une vie si intense, si construite et si symbolique à ces matières qui, bien que le fruit d’un long travail, semblent chez lui naturellement tombées du ciel pour former un message fascinant.

La puissance des hauts reliefs de Pierre Bettencourt est telle que ses pastels m’ont paru fades, du coup. Mais l’exposition du Musée des Arts et des Métiers du Livre n’oublie pas les autres facettes de l’artiste : Pierre Bettencourt fut également -et un peu plus connu du grand public pour cela- : typographe, imprimeur, éditeur.

L’oeil envoie des chatouilles à la main qui bute sur les vitrines.Quelle envie de frôler, caresser, les ouvrages avant de les feuilleter. Ses oeuvres d’écrivain et poète, mais aussi ses éditions d’ Henri Michaux, Jean Paulhan, Dubuffet, Francis Ponge, ou encore Antonin Artaud et d’autres qu’il a aussi illustrées.

Cérès Franco/Daniel Cordier : l’internationale des visionnaires

A La Coopérative qui abrite depuis peu la collection Cérès Franco, « L’Internationale des visionnaires » met en lien, sur des thèmes spécifiques, des oeuvres de la collection du lieu avec certaines de la collection Daniel Cordier (donnée à Pompidou et aux Abattoirs de Toulouse).
Parmi les oeuvres exposées, je commencerai par un haut relief de Bettencourt, provenant de la collection Cordier Pompidou : « la Mort de Socrate ». Sublime ! Elle dégage une sérénité 
étonnante, envoie un message apaisant, et diffère énormément de ce que l’on voit au Musées des Arts et des Métiers du Livre. Cependant, non loin de là, une huile et acrylique de Marisa Lara : « Froid jusque les ossements » et un Vaclav Benda sans titre la remettent dans la perspective « chargée, obsédée, possédée » d’un Pierre Bettencourt, « manifestement singulier » dans son dialogue avec la vie.

Marisa lara Froid jusque les ossements huile et acrylique sur toile Coll Cérès Franco
Marisa lara Froid jusque les ossements
Vaclav Benda sans titre huile sur toile. Coll particulière
Vaclav Benda sans titre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Avec ces deux expositions, Montolieu opère une mue que l’on espère fructueuse. Montolieu qui fut le troisième Village du Livre crée en Europe par William Booth après Hay-on-Wye au Royaume-Uni en 1963 et Redu en Belgique en 1984, fête ses 30 ans. Des années jusque-là endormies. Grâce à la collection Cérès Franco et des initiatives comme celle du Musée de Arts et des Métiers du Livre, le village ouvre ses artistes locaux au monde extérieur et devrait attirer des visiteurs qui ne feront pas que du lèche-vitrines.

Arturo Guerrero sans titre
Arturo Guerrero sans titre
Atila Et un coeur d'homme lui fut donné huile sur toile Coll Cérès Franco
Atila Et un coeur d’homme lui fut donné huile sur toile

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Charité Wata
La Charité Wata

José de Guimaraes sans titre

 

 

 

 

 

 

 

 

Enfin, peut-être Montolieu atteindra-t-il l’objectif de ses fondateurs : « l’implantation, dans une agglomération située dans une région pittoresque ou touristique, de professionnels dont l’activité dominante est basée sur le commerce de livres anciens et d’occasion, de gravures anciennes, et de tous les métiers liés à ces objets, tels que relieurs, doreurs, encadreurs, fabricants de papiers, imprimeries artisanales… ». Aujourd’hui, ajoutons : « et le partage de créations artistiques ».

Pierre Bettencourt : Manifestement singulier !

Je trouve que le madrigal n°12 de Salvatore Sciarrino par Nonsense Ensamble sied bien aux hauts reliefs de Pierre Bettencourt. C’pas ?  

 

  • Pierre Bettencourt : Manifestement singulier ! Exposition au Musée des Arts et des Métiers du Livre de Montolieu (Aude) jusqu’au 31 décembre 2017. Ouvert tous les jours de 10 à 12 h et de 14 à 18 h , fériés et dimanches de 15 à 18 h

39 rue de la Mairie 11 170 Montolieu Coordonnées GPS 43°18’36.0″N 2°12’50.0″E Tel 04 68 24 80 04

Entrée 3 euros

  • L’Internationale des visionnaires Exposition jusqu’au 5 novembre 2017.  Ouvert de 14 à 19 heures sauf les lundis 7. Ouverture exceptionnelle les lundis fériés.

La Coopérative Collection Cérès Franco 5 route d’Alzonne 11170 Montolieu. Coordonnées GPS 43°18’36.0″N 2°12’50.0″E . Tel 04 68 76 12 54

Entrée adultes 5 Euros

  • * (1) Sur la 4ème de couverture du catalogue Pierre Bettencourt « L’oeuf sauvage », cette note d’Henri Michaux :

« Ceux qui aiment le pain parfaitement blanc, qu’ils n’entrent pas ici :

PEINTURE IMPURE.

Chargée, obsédée, possédée. Venue non d’instants agités qui se dispersent dans des tableaux. qui eux-mêmes se dispersent, distraits pour augmenter la distraction de tous, pas davantage des gammes excitées des artistes du savoir-faire, mais de longues évocations de plus en plus présentes, pesantes, pressantes, dépôt ferme d’un monde dont quelqu’un était lourd, ne sachant comment vivre avec lui, ni comment vivre sans lui. Peinture pour que succubes et fantômes se substantialisent et restent ».

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Musiques, voix et chants grecs dans nos coeurs

Musiques, voix et chants grecs

 

 

 

Musiques, voix et chants grecs : Georges Moustaki, Irène Papas, Vangelis, Melina Mercouri..  Ils ont fait entrer la Grèce dans nos coeurs (et sortir ses airs de nos choeurs « enrésinés » )… Petite plage musicale  en dernier voyage avant l’automne.

 

 

 

On embarque dans les bras d’un métèque aux « yeux tout délavés » qui lui « donnent l’air de rêver »(…) :  ce « prince de sang rêveur ou bien adolescent… »  qu’est Georges Moustaki !  

 

Musiques, voix et chants grecs : on puise un peu d’élixir au fleuve de la voix magique d’Irène Papas (in « Odes » de Vangelis)

 

Porté par Vangélis, on se lance à la Conquête du Paradis… 

 

On se sent enfant du Pirée avec Melina Mercouri (Ta pedia tou Pirea)

 

Enfin, musiques, voix et chants grecs : on DANSE avec Zorba.   Yes ! he can laugh,  the one who can dance  !

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                     Musiques, voix et chants grecs, le petit voyage est terminé. Bonne rentrée ! 

Musiques, voix et chants grecs

 

 

 

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Législatives 2017 nouveau sport politique audois

Législatives 2017

Se filmer, sport politique audois

à l'occasion des législatives 2017anités de la vie, Ph. Mireille Durand   Une nouvelle mode, ou devrais-je dire un nouveau sport ?, pourrait se répandre grâce aux hommes politiques audois : se filmer le plus possible dans la vraie vie, dans son activité principale – pas dans son intimité profonde- et diffuser, ou faire diffuser, son selfie-film à l’occasion des législatives 2017. Au passage, on imagine les royalties avec une exploitation ad hoc… De quoi remonter l’économie locale ! 

Ce nouveau sport politique audois commence modestement : un leader candidat a son propre cameraman, qui le suit partout dit-on. Depuis quand ? A quel prix ? Qui paie ? Bah ! Au moins il crée un emploi !

De plus, ce nouveau sport politique audois développe un esprit de dépassement de soi : notre leader, par exemple, peut choisir ce qu’il veut triturer, quel signifiant loger dans un coin, quel message subliminal fabriquer, quelle illusion d’optique ou de perspective introduire. Alors, à la diffusion, même si le contenu du selfie film manque de véracité, le risque d’être mis à nu par l’adversaire ou par l’électeur de base est très minime.

Se filmer, sport politique ouvert à tous

Vanités de l'amour. Ph. Mireille Durand    Il y aurait une version plus « nature » pour qui manie avec souplesse et dextérité la caméra :  la possibilité de se livrer soi-même à l’exercice de prise de vue sans coupure ni montage. C’est plus frais, plus spontané, mais présente un danger : manquer de recul et croire que toutes les prises sont bonnes à utiliser. Au risque, alors, de lasser le spectateur ou l’internaute et de ne pas pouvoir rentabiliser l’opération selfie film. Cette technique est réservée aux spécialistes. Car « la politique cela ne s’improvise pas ».

Mais ce nouveau sport audois, si ! Le selfie-film fait la part belle à l’imagination et la créativité tout en faisant travailler les muscles. C’est tellement mieux que l’hologramme.

J’espère que notre leader du nouveau sport politique audois a breveté son produit selfie film. Je propose un concours pour lui trouver un nom de baptême original et typé.                                                                 Vanités de la mort. Ph. Mireille Durand

 

 

 

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Juifs du Midi au temps des cathares

 

Puivert château cathare siège d'un e cour d'amour et des arts      Les juifs du Midi (Aude et alentours) au temps des cathares La chambre de musique du château cathare de Puivert

Le Midi -Aude et alentours-, les juifs, les cathares, quelle histoire ? L’Aude est aujourd’hui un « pays cathare » grâce au marketing. Pourtant les cathares et le catharisme représentent un siècle et demi seulement de l’histoire du Midi alors que les juifs y étaient déjà autochtones des siècles avant. A l’époque « cathare », ils participaient de la richesse et du rayonnement intellectuel du Languedoc, malgré l’instauration d’une ségrégation et des réglementations liberticides qui allaient les anéantir. Les juifs du Midi font partie de l’histoire, l’histoire que l’on oublie, que l’on préfère oublier…

Raymond Beltran, un ami aujourd’hui à la retraite, a, dans un cadre associatif, livré des réflexions documentées sur ce sujet qui nous passionne tous deux. Je les reproduis avec son aimable autorisation. Raymond Beltran, sa vie durant, a veillé à relier le passé au présent et, dans son engagement social et citoyen, a travaillé à la construction d’une société où prévalent les idéaux de la République auxquels il est viscéralement attaché : liberté, égalité, fraternité. Le sujet me paraît tout à fait dans « l’air du temps » en ces temps de choix pour le pays.

Les juifs du Midi (Aude et alentours) au temps des cathares :

des oubliés de l’histoire

par Raymond Beltran

Ni historien professionnel ni historien amateur, je suis simplement un homme libre amateur d’histoire. Je dis bien d’histoire, au singulier non au pluriel. Je m’intéresse particulièrement à l’histoire que l’on oublie, que l’on préfère oublier…

Dans les années 80, un certain Claude Marti (1) chantait « Pourquoi on ne m’a pas appris le nom de mon pays, la langue de mon pays », et j’ai retenu de cette chanson quoi qu’il ne l’ait pas dit : pourquoi on ne m’a pas appris l’histoire de mon pays ?

Bien sûr que l’Aude est un « pays cathare », ce qui a été considéré comme une belle réussite de marketing ; et l’on dispute à Albi d’avoir été victimes de la croisade des albigeois. Peu de nos contemporains ignorent qu’il y a eu des bonshommes, appelés cathares plus tard, ou que la religion hérétique a été dénommée ensuite le catharisme. Peu ignorent la croisade qu’un pape Innocent décréta contre ces hérétiques, ce qui permit au roi Louis IX de récupérer des territoires vassaux mais qui étaient aussi vassaux du roi d’Aragon, et d’avoir ainsi, plus tard, accès directement à la Méditerranée pour son royaume.

Peu de traces des communautés juives de l’Aude

Mais les cathares et le catharisme représentent à peu près un siècle et demi de l’histoire locale. Avant cela ?… Les wisigoths, en dehors du Mont Alaric et de certains noms de famille qui restent, n’ont pas laissé de traces dans la culture audoise, même si certains spécialistes tentent de rappeler leur existence. Ces sarrasins, malgré la Marche de Barcelone instaurée par Charlemagne pour les contenir, sont-ils arrivés à Poitiers ?… Si leur défaite à Poitiers est contestée par certains, notamment par les historiens arabes, il est certain qu’ils passèrent par ici et… c’est étonnant qu’il y ait si peu de traces en dehors de certains noms et de certains lieux. Et, pourtant ils sont bien passés chez nous !

On sait, mais peu, qu’un roi de France a expulsé les juifs de son royaume. Donc on peut penser qu’il y a eu des juifs en France. Mais que cela est flou !… Cela est rendu encore plus flou par le fait que l’antisémitisme chrétien a contribué à effacer et à ignorer les faits historiques. Récemment, l’anti-judaïsme que le conflit israélo-palestinien a réveillé (…), a encore ajouté à cet effacement de mémoire.

Pour revenir dans notre région, je relève entre Villemoustaussou et Villegailhenc (à quelques kilomètres au Nord de Carcassonne), un lieu-dit « la Bade du Goy » (2) . Goy, est le terme employé pour désigner un non juif dans certaines communautés juives. Cela voudrait dire que dans les environs il y avait des juifs qui désignaient ainsi le propriétaire d’un endroit qui n’appartenait pas à des juifs (2bis).

Echanges entre cultures arabe et juive

  Le commencement du film « Le Destin » (3) de l’égyptien Youssef Chahine avait été tourné dans la Cité de Carcassonne, sous les remparts. Il mettait en scène des cathares que l’on brûlait dans des bûchers publics et qui, victimes de l’intolérance, étaient contraints à l’exil, abandonnant toutes leurs affaires et arrivant enfin à Cordoue où ils découvraient enfin la tolérance. C’était l’époque où Cordoue rayonnait dans la culture arabe.

Cétait l’époque où Averroes et ses disciples faisaient découvrir les philosophes classiques, et les traduisaient du grec et du latin en arabe. Ils les étudiaient, les commentaient et en faisaient des copies qui enrichiront plus tard les bibliothèques des futures universités et qui aboutiront à une Renaissance que ce Moyen Âge souterrain mais brillant avait ainsi préparé.

Moïse Maïmonide

Youssef Chahine faisait remarquer que ce bel âge de tolérance, de créativité et de connaissance se termina rapidement, qu’Averroes dût partir clandestinement de Cordoue pour éviter de périr lui-même sur un bûcher, les intolérants ayant gagné la partie. Il mourût au Maroc, à Marrakech, en 1198, quelques années avant la croisade des albigeois, ses œuvres furent brûlées publiquement et il n’en resta que les copies, heureusement assez nombreuses, que firent les disciples ; c’est grâce à eux que nous avons eu connaissance de ses œuvres par la suite.

Je dis de mémoire. J’espère ne pas avoir trahi la trame de ce beau film qui était un chant à la tolérance. Mais je dois dire que j’ai alors compris que Youssef Chahine, égyptien, ne pouvait pas dire qu’il s’était inspiré de l’expulsion des juifs, en dehors de toute question de chronologie historique. Cordoue n’a pas accueilli de cathares, mais elle a été en son temps un creuset de juifs, de chrétiens et de musulmans. Un égyptien de notre époque ne pouvant pas faire allusion à des juifs, les cathares servirent de leurre à leur place. Par ailleurs, si Averroes, musulman, était mis en évidence dans ce film, rien ne rappelait Maïmonide le juif (4) qui vécut là un épisode important de la médecine au Moyen Âge et a été pour quelque chose dans la création de la Faculté de Médecine de Montpellier.

Après cette diversion cinématographique, j’aimerais faire un détour par la littérature. Je ne résiste pas au plaisir de citer Robert Merle qui a écrit entre 1977 et 1993 une saga en neuf volumes sur une famille protestante du Périgord. C’est écrit dans une langue délicieuse farcie de mots du XVIe siècle. Les pérégrinations du sieur Sieurac racontent la vie en province, dans le Midi et à la Cour de France dans la deuxième partie du XVIe siècle.

1181 Les juifs ouvrent une Ecole de Médecine à Montpellier

Dans le deuxième tome : « En nos vertes années », publié en 1979, Robert Merle raconte le voyage du Périgord vers Montpellier où le jeune M. de Sieurac va faire ses études de médecine. C’est l’occasion de raconter les difficultés d’un tel voyage à l’époque et le picaresque de certaines situations dans les auberges fréquentées par les voyageurs ainsi que les épines des rapports entre catholiques et protestants de cette époque.

L’Ecole de Médecine de Montpellier

C’est aussi une évocation de l’importance des médecins juifs dans la création de cette École de Médecine. Une conversation entre un apothicaire marrane est un protestant évoque l’interdiction des dissections qui empêchaient les médecins chrétiens de bien connaître l’anatomie. Robert Merle dans un dialogue avec l’apothicaire Me Sanche   fait dire à son héros : « ces marranes introduisirent céans la médecine arabe sans laquelle notre Collège Royal ne serait pas aujourd’hui ce qui fut .»

Si le Pape Boniface VIII permit en 1300 l’usage de la dissection seulement à certains médecins de Rome et de Bologne, elle demeura interdite ailleurs, et les médecins de l’époque en savaient peu, alors que les médecins juifs, qui avaient ouvert en 1181 à Montpellier une Ecole de Médecine, puis les protestants, pratiquaient la dissection clandestinement. L’Amphithéâtre anatomique de Montpellier ne fut créé qu’en 1556 par des protestants. Les juifs avaient alors déjà été expulsés du Midi ou convertis de force.

Je rappelle que l’Édit de Nantes de Henri IV a duré de 1598 jusqu’à 1685, quand Louis XIV l’abrogea, ce qui permit les dragonnades contre les protestants, qui durent alors se réfugier dans le « Désert » – la forêt des Cévennes- et dont une partie émigra ailleurs pour échapper à ces persécutions. Cela fait aussi partie de notre histoire locale. Martin Luther exposa ses 95 thèses en 1517, qui furent à l’origine du protestantisme.

Malgré les libertés dans la création prises par Youssef Chahine et par Robert Merle cela nous permet d’évoquer cette présence juive que l’histoire locale oublie maintenant. Je ne veux pas faire ici œuvre d’historien…. (…) Il y a quelques années (…) là l’occasion des 700 ans de l’expulsion des juifs j’avais suivi en auditeur libre un Colloque sur ce thème dans l’ancienne synagogue de Montpellier, dans laquelle existe encore le bassin pour les purifications rituelles…

Contacts entre juifs du Royaume d’Aragon et du Languedoc

Roland Goestchel dans son livre sur la kabbale publié aux Presses Universitaires de France, note que la rencontre de la philosophie arabe, ramenant les textes grecs et latins à la surface, confronta la mystique juive à ces textes. C’est probablement, me semble-t-il, une raison de l’apparition brusque en Provence de ce courant ésotérique qui s’est développé entre 1150 et 1492 parmi les kabbalistes du Languedoc, et en Espagne à Gérone. Cela prouve que des contacts existaient entre les juifs du Royaume d’Aragon et ceux du Languedoc, entre la culture arabe et la culture juive. Je mentionnerai parmi ces kabbalistes Abraham ben Isaac président du tribunal de Narbonne, mort en 1180. Et c’est l’occasion de souligner la forte implantation culturelle à Narbonne et à Lunel des communautés juives de cette époque avant leur expulsion du royaume par Philippe le Bel il y a plus de 700 ans.

Call, quartier juif de Girona

Si nous sortons de l’Aude, les éditions Mare Nostrum de Perpignan ont publié en 1992 une réédition du livre de Pierre Vidal concernant « Les juifs des anciens comtés de Roussillon et de Cerdagne », dont la première édition datait de 1887. Il précise que les juifs étaient établis à Narbonne dès la fin du cinquième siècle d’où ils se répandirent dans les autres villes de la province Narbonnaise.

Sauf entre 1462 et 1492 où la Cerdagne et le Roussillon avaient été données en gage à la France de Louis XI par Joan II en échange d’une aide militaire, ces comtés relevaient du royaume d’Aragon. Les comtes de Toulouse étaient vassaux du roi d’Aragon au début du XIIIe siècle. Jacques Ier était fils de Pierre II d’Aragon, tué dans la bataille de Muret le 12 septembre 1213. L’armée aragonaise venue à la rescousse du comte de Toulouse fut battue par les croisés de Simon de Montfort. Jacques Ier était aussi fils de Marie de Montpellier.

Jacques 1er d’Aragon : interdits et relégation pour les juifs de Perpignan

Ce Jacques Ier le Conquérant fixa les juifs de Perpignan dans un quartier extérieur à la ville, la « call » (5) , et il fixa aussi les règles de vie des juifs, leur imposant un fonctionnement dans « l’aljama » (5) qui groupait leur communauté. « La charte de Jacques Ier datée du 11 de calendes de janvier 1228 défend aux juifs l’exercice de toute fonction publique et leur interdit d’avoir des chrétiens à leur service dans la maison. »

Les juifs relevaient du roi, et si l’Inquisition a existé depuis au moins 1233, quand le pape Grégoire IX la confia aux dominicains, elle n’avait pas de pouvoir sur les juifs. Sauf s’ils étaient convertis, car l’Inquisition ne s’appliquait qu’aux hérésies des chrétiens et les marranes étaient considérés comme chrétiens, que leurs conversions aient été volontaires ou forcées.

L’expulsion des juifs de Perpignan et du royaume de d’Aragon ne fut décidée qu’en mars de 1492 par le roi Ferdinand, époux d’Isabelle, les Rois Catholiques, qui voulurent faire de leur royaume unifié un exemple de royaume purifié, dans lequel il Inquisition devint l’outil de la « limpieza de sangre. » (6) Je note que l’expulsion des juifs du Midi avait eu lieu en 1306, presque deux siècles auparavant.

En 1913 fut publiée à Berlin une étude (dont la traduction a été récemment publiée par la région autonome d’Aragon) intitulée « Historia de los judios en la Corona de Aragon (s.XIII y XIV) ». Histoire des juifs sous la Couronne d’Aragon aux XIII et XIVèmes siècles – En fait, la documentation ne manque pas si l’on sort de l’Aude.

Je vais cependant m’appuyer sur les trois ouvrages qui ont fortement inspiré ce texte : « Les juifs du Midi » par Danièle et Carol Iancou (1995 ed. A Barthélemy. Avignon) ainsi que « Juifs et néophytes en Provence–1469–1525 » par Danièle Iancou-Agou (2001 Peeters Paris-Louvain) et « Être juif en Provence au temps du roi René » par Danièle Iancou (ed. Albin-Michel.1998).

Les juifs du Languedoc, d’où viennent-ils ? Que faisaient-ils en Languedoc ? Comment vivaient-ils ? Comment étaient-ils traités par les « chrétiens » ? Quelles expulsions ont-ils subies ? Quelle tolérance ont-ils rencontrée à leur égard ? Comment ont-ils survécu jusqu’à la Révolution ?

Dès le 5ème siècle, à Narbonne des communautés juives actives

Inscription de Narbonne 689

Des migrations importantes ont eu lieu en Méditerranée dès l’Antiquité. On prétend que des juifs ont suivi les phéniciens avec Didon lors de la fondation de Carthage, huit siècles avant notre ère. Une très ancienne colonie s’est installée à Djerba. Des berbères se seraient convertis au judaïsme selon des traditions orales des juifs d’Afrique du Nord corroborées par des traces écrites de disputes, de prosélytisme, avec les chrétiens au I et II siècles. Une très vieille souche a existé en Afrique du Nord à laquelle se sont mêlées, même si cela a été avec difficulté, celles provenant d’apports ultérieurs d’Espagne et d’ailleurs.

L’Empire romain a facilité les migrations et Rome, comme les autres possessions romaines les ont attirés, bien avant la destruction du Temple de Jérusalem en 70. Rappelons que Paul était citoyen romain et que Pierre est venu à Rome, selon la tradition chrétienne.

Comme nous l’avons déjà dit, à Narbonne, dès le VIème siècle il semble qu’une colonie juive ait été active. Des traces archéologiques et épigraphiques existent, et des témoignages littéraires, autant chrétiens que juifs, comme quoi des juifs étaient installés dans le Midi provençal dès le premier siècle avant notre ère. Au VIème siècle seraient venus des juifs de Tolède et au XIIème siècle le Languedoc accueillit les juifs espagnols fuyant les invasions almohades. Une partie d’entre eux partirent d’Espagne en Égypte (Maïmonide et sa famille), d’autres en Afrique du Nord. Narbonne et Lunel furent aussi des villes d’accueil pour eux. Ils apportèrent un savoir ibérique d’expression arabe. Au XIVème siècle persistait encore chez les juifs lettrés du Comté de Provence et du Comté Venaissin cette connaissance de l’arabe.

Au XIIIè siècle, les juifs anglais expulsés d’Angleterre le 18 juillet 1290 par Edouard I vinrent dans le Midi. Une lettre de Philippe le Bel enjoignit au Sénéchal de Carcassonne de ne pas les recevoir, ils ont alors été refoulés vers la Provence, où ils furent relativement nombreux autour de Manosque. La Provence n’a été dans la couronne de France qu’à partir de 1481 et l’Aquitaine a été anglaise de 1154 à 1453.

Philippe le Bel

Le Midi terre de transit avant l’expulsion des juifs du Languedoc (en 1306)

Après l’expulsion des juifs du royaume de France en 1322, ceux de langue d’oïl eurent du mal à s’installer dans le Midi, car leurs coreligionnaires les accueillirent comme des intrus, eux-mêmes se trouvant alors en situation instable. D’autres vagues ont suivi, avec les catalans expulsés en 1391 et finalement les espagnols après 1492. Ces derniers allèrent aussi vers Bordeaux, passage vers la Hollande, qui servit encore de passage vers l’Italie (Livourne) et l’Empire Ottoman.

Le Midi a été une terre de transit avant l’expulsion. Du Languedoc ils passèrent en Provence, puis dans les États du Pape. Ces États qui résultent de la remise du Comté Venaissin au Pape par Philippe le Hardi en 1274 et de l’achat d’Avignon par le Pape en 1348.

Car les juifs bannis du Languedoc en 1306 par Philippe le Bel, avec confiscation de leurs biens allèrent alors en Aragon, en Catalogne, à Perpignan, à Majorque. Ils furent autorisés à revenir plusieurs fois, retours filtrés à prix d’argent, avec rachat de lieux de culte ou cimetières, comme c’est le cas à Montpellier en 1319, mais ce fut pour être à nouveau expulsés en 1322. Leur expulsion définitive date de 1394. Les premières expulsions de juifs par des rois chrétiens datent, en France, de Philippe Auguste en 1182 et en Angleterre par Edouard I de 1290. Ces deux mesures ne s’appliquaient pas en Languedoc, hors des domaines royaux Anglais et Français alors.

Comme toutes les communautés minoritaires, les juifs ont eu tendance à se regrouper dans les villes où ils résidaient. D’autant qu’ils étaient différents des autres par leur religion, leurs pratiques, leur culture et leur tendance à l’endogamie. Mais jusqu’au XIIIème siècle il n’y a pas eu de relégation dans un quartier clos. C’est à partir de 1276 que commença une véritable ségrégation : un édit de cette année-là interdit aux juifs d’habiter dans les petites localités. Le premier ghetto ainsi désigné le fut à Venise et ce nom italien est devenu générique ensuite.

1215 : le concile de Latran officialise la ségrégation des communautés juives 

Le IVème Concile de Latran en 1215 avait décidé l’isolement des juifs dans la ville et des signes vestimentaires permettant de les distinguer, avec l’interdiction des unions entre chrétiens et juifs, de paraître publiquement pendant certains fêtes chrétiennes, particulièrement à Pâques. Ils devaient avoir des débits de viandes séparés, des puits distincts et interdiction était faite aux chrétiens de recourir à des médecins juifs.

La première imposition d’une marque distinctive de costume remonte au VIIIème siècle : le calife Omar II (717-720) et Hassan Rachid (807), astreignirent les infidèles au port d’une pièce sur le vêtement, jaune pour les juifs et bleue pour les chrétiens.

La roue ou rouelle jaunes était imposée aux filles juives à partir de 12 ans et aux garçons à partir de 14 ans. Le chapeau jaune fut décidé par le Concile de Vienne en 1267.

Il n’y eut de ghetto au sens moderne qu’à partir de 1555, date à laquelle le Pape Paul IV enferma les juifs de Rome dans un quartier spécial. Dans le Midi ce furent des rues spéciales ,des « carrieros », des « calls », ouvertes au début, mais de plus en plus réglementées et, enfin, fermées la nuit, isolant les juifs des autres habitants.

L’organisation de la vie des carrieros fut laissée à des syndics (baylons) (7) de la communauté, qui distribuaient les impôts et taxes à récolter entre les familles et qui étaient responsables de leur versement collectif. Le bénéfice de la taille de ces contribuables était très disputé entre le pouvoir public et les évêques. Ils se partageaient parfois ces contribuables par quartiers, comme ce fut le cas à Narbonne.

Béziers et les juifs : la bourse ou des vexations et exactions

Les vexations et exactions étaient monnaie courante. A Béziers, la lapidation des juifs pendant la Semaine Sainte ne fut abrogée que par le vicomte Raymond de Trencavel en 1160. Mais l’évêque ne fit remise de cet usage que moyennant le versement d’un rachat de 200 sous melgoriens (8) et d’un cens annuel de 4 livres.

Sol de Mauguio

A Avignon, les juifs qui étaient attrapés par les étudiants pendant le carnaval devaient payer un droit de barbe pour ne pas se la voir coupée. Ailleurs c’étaient les gifles, jusqu’au lynchage pour certaines fêtes. Tout était sujet à rachat et paiement de taxes pour y échapper.

Le nombre de juifs a été estimé selon les époques à plusieurs dizaines de milliers, mais il n’y a pas de recensement fiable. Au XIIème siècle, Benjamin de Tudèle recensait 300 familles à Narbonne. En 1305, il y avait 184 chefs de famille dans cette ville, soit 825 personnes dans la Grande Juiverie et 250 dans le faubourg de Belvèze. A ce moment-là ils étaient entre 500 et 1 000 à Montpellier. A cette date, ils étaient seulement 102 à Carcassonne sur un total de 12 000 habitants.

1305 à Carcassonne :12 000 habitants dont 102 de religion juive

Les juifs du Midi où vivent-ils ? Selon les époques, les interdictions ont été plus ou moins rigoureuses. Leurs déplacements étaient souvent soumis à autorisation. L’essentiel de leur activité a été le négoce des grains, du vin et de la viande, avec celui des textiles. Ils ne pouvaient exercer que les professions qui leur étaient autorisées, la pratique de l’argent étant considérée vile pour les chrétiens comme pour les musulmans, d’ailleurs.

Il y a eu une période où le prêt d’argent a été important : ils ont été des banquiers qui prêtaient, selon un recensement fait dans certaines archives notariales, pour 50 % à des cultivateurs, pour 25 % à des artisans, pour 7,5 % à des commerçants, pour 5 % au clergé et pour 2,5 % à la noblesse. Au XIIIème siècle, toutes les classes de la société avaient recours au prêt juif. À ce moment 80 % des juifs de Perpignan étaient prêteurs. Les bénéfices qu’ils recueillaient de ce crédit étaient réinvestis par eux dans le commerce de détail.

Les juifs tolérés dans les quatre villes du Pape

En Provence, venus du Languedoc au XIVème siècle, les juifs y vécurent jusqu’au début du XVIème siècle, après le rattachement à la France du Languedoc en 1481. Ils se réfugièrent ensuite dans les quatre villes du Pape : Les « Arba Khehilot », soit Carpentras, Cavaillon, L’Isle sur la Sorgue et Avignon. Ils y furent tolérés dans des carriéros closes jusqu’à la Révolution et l’Empire qui leur donnèrent la citoyenneté pour la première fois depuis l’époque des romains.

La politique du Pape était faite autant de tolérance que de ségrégation. Les juifs devaient perdurer en tant que témoins d’un peuple déicide et d’une époque, de façon à servir de témoin de la révélation chrétienne. Mais la tradition anti judaïque chrétienne est ancienne. Déjà au IVè siècle, St. Augustin avait écrit dans son « Tractatus adversus judaeos » que « les juifs étaient nés pour servir d’esclaves aux chrétiens ».

Malgré le concile de Béziers en 1246, qui interdit aux chrétiens de se faire soigner par des juifs, sous peine d’excommunication, « car il vaut mieux mourir que devoir sa vie à un juif », les juifs pratiquèrent la médecine et furent des médecins réputés. Pourtant, les conciles d’Albi en 1254 et de Vienne en 1257 confirmèrent cette interdiction. Les statuts de Carcassonne en 1272 et de Nîmes en 1284 interdirent aux chrétiens d’accepter toute médication juive. Il y eût cependant des accommodements à ces interdictions et des abbés avec l’ensemble des moines de leur couvent furent soignés par des médecins juifs.

Les juifs du Midi propagent la science antique et arabe

Le Seigneur de Montpellier Guilhem VIII, leur donna l’autorisation d’ouvrir une École de Médecine à Montpellier en 1181. Ce fut l’ancêtre de la future Faculté de Médecine, la première en France, rendue célèbre ensuite par la présence de Rabelais parmi ses étudiants au début du XVIème siècle. Toute la science antique et arabe s’y trouva propagée, en grande partie par des médecins juifs traducteurs. Parmi eux, deux descendants de la lignée des juifs andalous réfugiés à Lunel :

– Moïse Ibn Tibbon (seconde moitié du XIIIè siècle), qui traduisit de l’arabe en hébreu une demi-douzaine d’ouvrages de médecine, dont Maïmonide, Al Razi, Avicenne.

– Jacob Ibn Makhir (Profacius), qui traduisait de l’hébreu en latin des études médicales.

Cet enseignement dura jusqu’à la fin du XIVème siècle. Pourtant, « L’histoire des Universités », de la collection « Que sais-je ? » ne mentionne pas l’existence de cette École parmi les premières Universités européennes, dont Paris, Bologne, Orléans, etc.

Attestent de la tradition de l’enseignement et de l’intérêt pour les études médicales les listes de livres manuscrits, arabes, hébreux et latins que l’on trouve dans les actes notariaux décrivant la dot des mariées ou les successions dans les testaments. Il faut noter l’alphabétisation très forte dans les familles juives qui fréquentaient les écoles talmudiques.

Juifs du Midi : vers l’effacement forcé de la mémoire collective et l’histoire du Languedoc

Le début du XVIe siècle est caractérisé par la conversion forcée des juifs, suite à des menaces mais aussi à des enlèvements et à l’emploi de la force pour l’obtenir. Danièle Iancu décrit quelques exemples de ces conversions et elle montre les transformations de nom que cela a entraîné : les noms hébraïques étant abandonnés pour les noms chrétiens nouveaux, ce fut souvent le nom d’un saint qui fut choisi. Son livre contient une multitude d’exemples avec une « généalogie » précise qu’elle a compilée. Elle remarque également qu’à partir de ces conversions le nombre de médecins juifs s’éteint assez rapidement. Je suppose que c’était une manière de rompre avec ce qui pouvait les faire devenir suspects de garder une pratique religieuse antérieure.

Beaucoup de noms qui nous sont familiers aujourd’hui nous viennent de cette culture juive et peut-être d’une ascendance ignorée. Parmi les juifs d’Aragon on trouve ainsi, avant conversion, des Bonnafos et des Vidal. À Perpignan au XIIe siècle on trouve un médecin nommé Baro… des convertis en Provence s’abritaient sous la protection du roi René « d’Anjou ». C’est ainsi que les d’Anjou, ou Anjou, sont fréquents. L’ouvrage de Danielle Iancu donne des exemples intéressants et très documentés.

Aucune trace de rapports entre juifs et cathares

Montségur dernier bastion des cathares avant leur massacre    Montségur lieude résistance des cathares, exterminés en 1244      Légende :  Aude pays cathare, deux vues de Monségur haut lieu cathare durant la croisade des albigeois qui fut assailli et pris en 1244 ses derniers occupants plusieurs centaines de Bons Hommes et Bonnes Dames furent brûlés vifs.

Je n’ai pas trouvé des traces de rapports entre juifs et cathares. Rien ne permet d’affirmer que l’attitude des cathares à leur égard ait été différente de celle des autres chrétiens du Languedoc. Il y eu un « apartheid » de fait et, après, de droit. Il est certain que des pratiques vexatoires à leur égard existaient à Béziers au milieu du XIIe siècle, avant le début de la croisade contre les Albigeois.

Le mépris des juifs fait partie de la tradition chrétienne dès l’installation de l’Église officielle. C’était, en dehors des accusations de peuple déicide, un moyen de rompre avec les enseignements talmudiques et l’avant christianisme ; en effet les premiers chrétiens furent des juifs.

D’autre part, il ne faut pas tomber dans l’anachronisme. Les droits de l’Homme et du Citoyen ne datent que de la Révolution de 1789. Au XIIe siècle nous sommes encore dans la féodalité. Il y avait des sujets du Seigneur, taillables et corvéables selon le bon vouloir de celui-ci sans autre limite que leurs capacités de révolte. Il y avait une société très hiérarchisée, avec des rapports de vassal à suzerain qui se répercutaient à tous les échelons sociaux. Tout privilège s’achetait et l’on appartenait à une corporation, à une classe sociale dont on ne sortait pas facilement.

Les communautés juives, pratiquant des commerces riches étaient très jalousées. Elles étaient une source de revenus très appréciée et très disputée par les autorités tant religieuses que civiles. C’étaient des communautés vassales, tolérées, mais qui devaient faire acte de soumission régulièrement et dont on ne tolérait pas le moindre écart aux règles qui leur étaient imposées. Cette situation perdure dans les pays musulmans où elles existent encore de nos jours, avec le « dhimmi » ou impôt dû par les infidèles.

Je me suis insurgé contre le fait qu’une communauté aussi importante, ayant eu un rôle culturel si déterminant notamment dans la pratique et l’enseignement de la médecine, ait été ignorée si complètement. Quand on s’intéresse à l’histoire locale et qu’on revendique qu’elle soit enseignée, il n’est pas possible de la limiter à l’épisode cathare, qui se déroule sur un peu plus d’un siècle, si important soit-il, et qui a oblitéré tout le reste, la grandeur de la Septimanie romaine exceptée.

Raymond Beltran 

  •  Légende des deux photos en tête d’article :  vues de Puivert qui fut une cour des Arts et d’Amour au temps des cathares : la « proue » du château et une vue depuis la salle de musique. Seul château « cathare » a possèder des clefs de voûtes sculptés d’instruments et de musiciens.
  • NOTES rajoutées par l’éditrice du blog à l’attention des lecteurs qui n’ont pas la chance d’être méridionaux.

(1) Claude Marti, né en 1940 à Carcassonne, instituteur mais surtout chanteur, poète, écrivain, de langue occitane. Avec des racines catalanes et aragonaises il a été l’un des premiers chanteurs engagés en langue occitane. « Sa popularité, née avec les évènements de mai 68, le mouvement de retour à la terre comme Gardarem lou Larzac ou l’Institut d’Etudes Occitanes, reste très vivace car il est, pour beaucoup de militants occitanistes actuels, celui qui éveilla leur conscience régionaliste. » (source Wikipedia) Claude Marti vit à Couffoulens dans les Corbières .

(2) Bada = Gaita = Gach = guet, ouverture. La Bada de u Goy = le guet du goy

(2bis) Questions : était-ci si rare qu’un non-juif habite là pour que le fait suffise à qualifier et identifier le lieu ? Ou alors, la population de la zone était-elle à majorité juive ? Pas de trace de lieu de culte dans ce secteur que je crois bien connaître.

(3) Al Massir, ou Le Destin en français, sorti en 1997, a reçu le prix du 50ème anniversaire du Festival de Cannes. Ce 33ème long métrage de Youssef Chahine traite de la tolérance et des affrontements entre extrémistes musulmans et savants soucieux de la diffusion des connaissances dans l’Andalousie du XIIème siècle, au temps du Kalife Al Mansur. dont le premier conseiller était le philosophe Averroes. reconnu pour sa sagesse, sa tolérance et son équité. « Le Kalife, désirant amadouer les intégristes, ordonne l’autodafé de toutes les œuvres du philosophe, dont les concepts influenceront non seulement l’âge des Lumières en Occident, mais toute la pensée humaine. Les disciples d’Averroes et ses proches décident alors d’en faire des copies et de les passer au-delà des frontières. Le Destin nous informe également sur les contacts entre les trois grandes civilisations de l’espace méditerranéen au xiie siècle. Youssef Chahine livre un portrait du savant Averroes, homme de savoirs variés, qui contribua largement à leur enrichissement . » (source Wikipedia) .

(4) Moshe ben Maïmon, en français Moïse Maïmonide  est un rabbin séfarade né à Cordoue en 1138. L’une des plus éminentes autorités rabbiniques du Moyen Age , auteur d’un des plus importants codes de  loi juive, philosophe, médecin de cour, astronome métaphysicien et théologien, il entreprend comme son contemporain Averroes une synthèse entre la révélation et la vérité scientifique. Dirigeant de la communauté juive d’Égypte, il répond aux questions et requêtes de centres aussi éloignés que l’Irak et le Yémen. Il est cependant accueilli avec plus de circonspection voire d’hostilité en France et en Espagne, où ses écrits et son rationalisme sont sujets à controverse des siècles durant. Il sera pour les uns un « second Moïse », ainsi que l’indique son épitaphe, et pour les autres un « hérétique excommunié ». Il est également l’une des rares autorités juives à avoir influencé les mondes arabo-musulman et chrétien, notamment Thomas d’Aquin qui le surnomme « l’Aigle de la Synagogue » (source Wikipedia)

(5) aljama terme catalan de l’arabe al-ǧamâʿa d’abord groupe musulman ou juif en terre chrétienne, puis petit lieu de prière (mosquée ou synagogue) dans un des quartiers regroupant ces populations. (source Gran Enciclopèdia catalana). Call catalan, du latin : voie,  endurer ; devenu passage encadré de parois canalisant le cheminement,  puis rapidement zone habitée par les juifs dans les villes catalanes (source Gran Enciclopèdia catalana).

(6) Limpieza de sangre, pureté du sang : statut particulièrement développé en Espagne au XVème siècle. C’est le statut du « vieux »  chrétien dénué de toute ascendance juive ou maure, par opposition au nouveau chrétien : juif ou musulman converti le plus souvent par la force et dont on doutait de la réalité de la foi. Seuls ceux pouvant se prévaloir d’un limpieza de sangre pouvaient accéder aux institution civiles ou ecclésiastiques qui dominaient la vie sociale et économique.

(7) Baylon ; il est curieux de noter que le sens primitif du terme est « chef des travailleurs » et « père nourricier» (source Lou Tresor dou Felibrige)

(8) Sou melgorien = sol de Mauguio, monnaie qui eut cours dans toute l’Occitanie et l’Europe occidentale dès le 7ème siècle.

  • BIBLIOGRAPHIE utilisée par Raymond Beltran :

* Les Juifs du Midi par Danièle et Carol IANCU, professeurs à l’Université de Montpellier. Ed. Barthélemy. Avignon

* Juifs et Néophytes en Provence (1469-1525) par Danièle Iancu-Agou. Ed. Peeters Paris-Louvain

* Être juif en Provence au temps du Roi René par Danièle Iancu. Ed. Albin Michel

* Les juifs des anciens comtés de Roussillon et de Cerdagne par P. Vidal.  Ed. Mare Nostrum à Perpignan

* Historia de los judios en la Corona de Aragon (S XIII y XIV) par Fritz  (Yitzhak) Baer.Traduit de l’allemand.Ed. Diputación General de Aragon

* La Kabbale par Roland Goestchel. PUF.

* En nos vertes années par Robert Merle (1979) Ed. Plon,

Volume II d’une saga se situant au XVIè siècle, qui raconte la traversée du Languedoc, d’un jeune étudiant huguenot venant du Périgord et allant faire des études de Médecine à Montpellier. Ambiance de ces études à Montpellier.

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La dictature de l’algorithme

La dictature de l’algorithme, vade retro Facebook !

  

Algorithme ou livre numérique
Algorithme ? Est-ce que j’ai une gueule d’algorithme ?

Cet automne, ma parano saisonnière est revenue ! Mais je vais en guérir, je sais d’où elle vient ! C’est la faute, non pas à Voltaire ni à Rousseau, mais aux algorithmes de Facebook et de Google.  Incrédules ? Lisez La dictature de l’algorithme, un article de Frédéric Joignot, dans Le Monde daté du 17 septembre.

La dictature de l’algorithme ?!  De fait, depuis la fin de l’été, sur ma page de ce réseau social c’est le silence radio, ou presque ; je ne reçois plus aucun message de certains amis, ou certaines pages que j’aimais ou groupes auxquels j’étais inscrite. Précisons que, sélective, je n’ai de connections qu’avec des personnes ou entités que je connais ou avec lesquelles j’ai un intérêt autre qu’électronique. « Il (ou elle) n’aime pas ce que je publie et m’a enlevé de ses amis », me disais-je. Mes publications sont assez hétéroclites, dans plusieurs langues, destinées à des récepteurs tout autour du monde…
Il y a quelques jours, je rencontre physiquement un ami qui me reproche de n’avoir pas réagi à ses dernières publications. « Je ne les jamais reçues ! D’ailleurs tout mon Internet a un problème, lui dis-je, car lorsque je fais des recherches sur un moteur dans une autre langue que le français, je suis renvoyée sur le moteur en français plusieurs fois de suite, même si je retape l’adresse où je veux aller ; de même, je n’ai jamais de réponses à ma requête exacte mais sur des sujets dérivés… »

Et voilà que je lis La dictature de l’algorithme de Frédéric Joignot, publié dans Le Monde daté du 17 septembre -pages 1 et 7 du supplément Idées !

Clair comme de l’eau de roche ! Je suis en cours d’enfermement malgré moi, dans mon « cocon intellectuel », par les algorithmes de Facebook et de Google qui tissent une « bulle filtrante » autour de chacun de leurs utilisateurs en fonction de 57 critères personnalisés tels, notamment, « l’âge, le sexe, les dernières recherches effectuées, la géolocalisation, le navigateur utilisé, la résolution de l’écran, les services visités,  des clics et les raccourcis utilisés etc », indique Frédéric Joignot.

Depuis quelques années, je déplore un « formatage du cerveau » en vue de la fabrication de vivants manipulables. Vision pessimiste, nourrie d’un vécu dans des pays « forts », et de lectures pas totalement rigolotes comme Georges Orwell, Hannah Arendt, Julien Benda, Michel Foucault et autres. Cette vision est aujourd’hui du domaine du plausible.

Cependant, dans ce mouvement général, je n’avais pas mesuré la force d’emprise négative des algorithmes et la faiblesse avec laquelle nous y succombions. Finalement, que ferrions-nous sans les réseaux sociaux et les moteurs de recherche (un en particulier) ?

J’avais été choquée dans un récent documentaire sur Le Monde de voir des journalistes utiliser les réseaux sociaux comme sources d’information fiables. Je me disais -vieille peau sceptique, méfiante- que de mon temps … ! Je crains que même si l’on a une source humaine identifiée derrière un compte de réseau social, on ne soit jamais certain qu’elle soit l’émettrice du message reçu: son moyen de transmission peut être utilisé par un autre, elle peut appuyer par erreur sur « envoyer » un message qui n’en est pas un, etc.

Il y a plus de 30 ans, une journaliste de l’AFP envoyée spéciale dans l’Ogaden avait été conduite, yeux bandés, vers un chef rebelle qu’elle avait intervieuvé. Elle écrivait dans sa dépêche : « celui qui dit être Machin Truc estime … » A un confrère d’un autre média s’étonnant de la formule, elle avait expliqué : « j’avais les yeux bandés et ne l’ai jamais vu avant ».

Comme c’est loin tout ça, me souffle Captain Cap. Imaginons la scène aujourd’hui ; d’abord difficile de mener une personne dans le désert, ensuite inutile de lui bander les yeux, enfin son papier est écrit avant même qu’elle ne soit rendue sur place. D’ailleurs, pourquoi les deux interlocuteurs ont-ils besoin de s’approcher ? Un seul outil, un drone, une liaison Internet à très haut débit, que sais-je ?  et le tour est joué. Si elle (la journaliste, vous aviez compris) y va, sa géolocalisation automatique donnera sa position en temps réel, et si elle ne s’y rend pas, les « données documentaires » de base s’afficheront quelque part, peut-être même directement sur sa peau ou dans son cerveau, les images virtuelles du beau ténébreux apparaîtront presque à la vitesse de la lumière et en « technicolor »…

Et puis pourquoi ne pas robotiser tout ceci, de nombreux cerveaux sont déjà lobotomisés et bourrés de schémas et codes préétablis.

C’est pourquoi les algorithmes ont bon dos. Comme s’ils étaient une force active en eux-mêmes! Ce ne sont que des moyens de calcul, et qui décide quoi calculer et pour quel objectif ?

Donc, si l’on veut échapper à l’enfermement mental, bien expliqué dans l’article de Frédéric Joignot : La dictature de l’algorithme, prenons-nous en, tant qu’il nous reste un peu de matière blanche non figée, à Facebook et Google.

Avec ce constat récent de restrictions jusque-là toujours injustifiées, je décide de réduire mes publications dès ce billet « posté » et invite mes amis à de nouveaux échanges uniquement par mail – et pas par le mail de Facebook ! Méfiante, instinctivement réticente, j’avais été tardive à me « mettre » sur ce réseau social, ne cédant que sous la pression d’amis ne communicant plus par mail.

Vade retro Facebook ! Je vais vivre sans toi.

Autre constat sur l’algorithme, de Google cette fois : en ce mois de septembre 2016 lorsque je travaille sur mon ordinateur, connecté à internet mais sans aucun site ouvert ni aucune adresse tapée, j’obtiens, dès lors que je me branche sur un site, quel que soit son thème, des messages faisant références aux sujets sur lesquels je travaille « en interne » et en « privé » même s’ils N’ONT AUCUN RAPPORT AVEC LE SITE QUE JE CONSULTE A L’INSTANT T.

Il y aurait donc bien un espion amoureux, un mouchard jaloux ou, pire, un vampire algorithmique qui voudrait « prendre la main » sur mon cerveau et mes doigts? Je vais me déconnecter dès usage même si cela m’oblige à me reconnecter des dizaines de fois par jour ! Car -hélas –  les autres moteurs de recherches sont plutôt piteux à mes yeux.

Qu’en pensez-vous, amis ? Avez-vous fait des constats identiques ? Répondez par mail et faites circuler l’information par vos voies ad hoc (Chacun fait c’qu’il lui plaît).

 

  • La dictature de l’algorithme article de Frédéric Joignot dans Le Monde daté du 17 septembre -pages 1 et 7 du supplément Idées
  •  (autre dictature la mise en forme automatique)
  • Algorithme vient directement du nom Al Khwarizmi (c’est peut-être  pour cela qu’il n’y  a pas d' »Y »). Mohammed Al Khwarizmi était un mathématicien, astronome et géographe perse né vers 780 dans la province du Khwarezm actuel Ouzbekistan (d’où son nom que l’on traduirait par l »ouzbek »), mort vers 850 à Bagdad où il professa à la Maison de la Sagesse sous les Abassides. Vers l’an 825 il écrit en arabe un « Abrégé du calcul par la compilation et la comparaison » qui, traduit, transmis, reste de nos jours la base de nos connaissances actuelles et a donné nos algorithmes.
  •  (autre dictature la mise en forme automatique)
  • Et c’est ainsi qu’Allah est grand ! (Peut-être ! En effet, j’ai du enlever les guillemets devant le titre de l’article de F. Joignot dans tout mon papier pour améliorer le référencement ! Autre avatar de cette dictature de l’algorithme à laquelle je dois me plier. CQFD)
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Tam-Tam de Kotokro et Les Mahuzier en Afrique

TamTam de Kotokro Tam-Tam de Kotokro et Les Mahuzier en Afrique

L’Afrique encore un peu vierge des années 50

Tam-Tam de Kotokro et Les Mahuzier en Afrique, officiellement livres pour enfant de la Bibliothèque Rouge et Or publiés en 1956 et 1959, nous font revivre l’Afrique d’alors, encore un peu vierge, un morceau du paradis perdu…Tam-Tam de Kotokro  nous fait vivre l’intérieur du continent, Les Mahuzier en Afrique nous le donne à voir de l’extérieur.

Tam-Tam de Kotokro de René Guillot c’est l’Afrique encore un peu vierge. Une forte aventure psychologique, mélangeant le suspense d’espionnage des pays de l’Est à celui initiatique d’une Afrique encore originelle. Le tout baignant dans une sensualité palpable.

Tam-Tam de Kotokro de René Guillot publié en 1956 par la Bibliothèque Rouge et Or, relate la vie d’un jeune polonais arrivé de ses plaines gelées dans une Afrique équatoriale où son père est contraint de fuir. Janek découvrira l’Amitié avec un grand A avec Yago, jeune chasseur Lobi. Ils scelleront le Pacte de l’amitié dans la case des fétiches, pacte que même l’éloignement de leurs vies d’adultes ne rompra jamais. C’est très bien écrit, très joliment illustré par Raoul Auger (la plupart des dessins sont en couleur) et se laisse lire avec plaisir par les adultes que nous sommes devenu.                                                                                                Tam-Tamde Kotokro de René Guillot

Certes, depuis Tam tam de Kotokro,  l’homme a oublié que «la nature vierge est une ressource qui peut diminuer mais non s’accroître », comme l’écrivait Aldo Leopold, déjà en 1948, dans son ouvrage : L’Almanach du comté des sables.« Nous la considérons comme un produit qui nous appartient. Si nous la considérons, au contraire comme une communauté à laquelle nous appartenons, nous pouvons commencer à l’utiliser avec amour et respect – la terre en tant que communauté -, voilà l’idée de base de l’écologie ; mais l’idée qu’il faut aussi l’aimer et la respecter, c’est l’extension de l’éthique », poursuivait-il…

Etrange ! Tam-Tam de Kotokro me touche encore autant, plus de 60 ans après l’avoir dévoré, et aujourd’hui il me renvoie à L’Almanach du comté des sables…Ainsi qu’aux passionnantes études du chercheur Bernard Peyrot sur les forêts « vierges » du Gabon et les gravures rupestres de l’Ogooué qu’il a découvertes…

Les Mahuzier en Afrique le paradis perdu

Les Mahuzier en Afrique   Les Mahuzier en Afrique relate neuf mois de voyage de Tanger à Mombasa, en Afrique, en 1952, d’Albert Mahuzier, cinéaste et conférencier parisien, avec sa femme et ses neuf enfants.

C’est le second fils qui écrira le récit palpitant de ce périple où le lecteur les suit à travers l’Espagne, le Sahara jusqu’à «l’Afrique Noire» … : Fort Archambault, Bangui, Bangassou, Stanleyville, le lac Kivu, le lac Victoria, Nairobi, Monbasa.
Un parcours terrestre aujourd’hui impossible !

A bord de trois camionnettes, la tribu Mahuzier parcourra 30 000 km de « brousse » . Ils partageront la vie des Touaregs, des pygmées Bambouti, des Massaï…, approcheront – au point de dormir au milieu d’eux – les grands fauves du Parc Albert pour faire des images (dont je ne sais pas aujourd’hui ce qu’elles sont devenues), participeront à des chasses « mémorables »… Leur démarche africaine est plus « journalistique » (quel barbarisme avons-nous inventé-là !) que celle du romancier René Guillot dont, grâce à Thierry Magnier sur le site Babelio, je peux donner plus bas quelques informations biographiques.

Les mahuziers en Afrique  Les Mahuzier en Afrique, que je relis aujourd’hui, me plaît toujours autant qu’à sa découverte enfant. D’un style alerte, vivace, avec là encore de très belles illustrations de Raoul Auger -la plupart en couleur- Les Mahuzier en Afrique invitent aujourd’hui au rêve d’un paradis perdu alors que lorsque j’étais enfant c’était un « reportage »…

Tam-Tam de Kotokro et Les Mahuzier en Afrique : pas seulement pour les enfants !

 

 

 

  • Tam-Tam de Kotokro de René Guillot, illustrations de Raoul Auger, Bibliothèque Rouge et or 1956 (105ème titre de la BRO). 191 pages.
  • Les Mahuzier en Afrique par Philippe Mahuzier, illustrations de Raoul Auger, Bibliothèque Rouge et Or 1959 Collection Souveraine (146ème titre de la collection). 187 pages.

Sur l’Afrique ou de l’Afrique vous pouvez lire sur www.mireilledurand.com

Poto Poto  fanjeux érotique et cruel

La vie et demie  ogres sous l’équateur

Le pleurer-rire, orages de la saison des mangues

Un très beau conte sur la naissance de l’écriture Bamun

Plus sérieux, sur la virginité des forêts et l’histoire du  Gabon : les travaux de Bernard Peyrot

 

Notes de Thierry Magnier à propos de  René Guillot sur Babelio ; né en 1900, mort en 1969, René Guillot a eu un destin hors du commun. Il s’embarque en 1925 pour le Sénégal où il enseigne les mathématiques. Il parcourt l’Afrique, se passionnant pour son folklore, sa faune, sa flore. Quand la guerre survient, il s’engage dans les forces armées américaines, et reçoit la légion d’honneur. De retour en France, il décide de se consacrer entièrement à l’écriture et publiera plus de cent titres pour la jeunesse. L’essentiel de sa production (romans d’aventure, histoire d’animaux) s’inspire de son expérience africaine.. avec un intérêt réel pour la culture et un point de vue non occidental, qui fait qu’on l’a souvent comparé à Kipling. Il est le premier et jusqu’ici le seul auteur français à avoir été distingue par le prix Andersen, en 1964, la plus haute distinction internationale de littérature pour la jeunesse.