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16 août 2017 – 16 h 38 min |

Vite ! à Montolieu (Aude) ! « Manifestement singulier », Pierre Bettencourt ! Et « L’Internationale des Visionnaires », ou les sens cachés de la représentation humaine dans les collections Cérès Franco et Daniel Cordier.
Deux expositions que je recommande …

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Toujours superbe le Richard Parker de Yann Martel en scène par Ang Lee

Soumis par sur 18 décembre 2012 – 18 h 24 min

L’Histoire de Pi  de Yann Martel  au cinéma par Ang Lee et Au Tibet avec Tintin  de Michel Serres

 

L'odyssée de Pi de Yann Martel réalisé par Ang LeeA Jean Mi, mon ami de toujours.

Aujourd’hui qu’Ang Lee sort « L’odyssée de Pi », fidèle mise en image de « L’histoire de Pi » de Yann Martel, je ne résiste pas à l’envie de publier à nouveau mon papier écrit il y a plus d’un an sur cet ouvrage, en parallèle avec « Au Tibet avec Tintin », de Michel Serres. Passionnée par les personnalités de Richard Parker et le Yéti, je l’avais intitulé : Qui doit-on réputer sauvage?. Le voyage étonnant vers la rareté que l’on faisait en dévorant ces ouvrages, notamment le roman de Yann Martel, reste sacrément jubilatoire dans le film d’Ang Lee.

Richard Parker et le Yéti ! La charge émotive de ces deux êtres renvoie à la période heureuse de la vie où tout enfant peut partager sans problème la vie d’unmonstre ou d’un fauve.  Je ne résiste pas à vous raconter ce beau conte tout mélangé : Richard Parker et Piscine Molitor Patel sont en bateau. Le Pacifique depuis l’Inde, c’est vaste et, croit-on, presque  désert. Le puissant Richard Parker et l’intelligent Piscine Molitor, fils de feu Monsieur Patel directeur du zoo de Pondichéry, dérivent sans vivres ni moyens de navigation. Ils ne sont pas seuls à bord de leur canot de sauvetage, ce qui les contraint à retarder leur présentation réciproque jusqu’à ce que l’un des autres passagers de ce canot,  une hyène fidèle à l’image qu’ont les humains de cette espèce, ne s’adonne à son art et ne dévore vivant le zèbre blessé, ne décapite la gentille Jus d’orange -une délicieuse petite vieille orang outan- puis ne se tourne vers le placide Richard Parker…qui, poliment, proprement, ne fait qu’une bouchée d’elle.

Que faire quand, jeune homme bien élevé pétri de religions, l’on doit cohabiter avec un tigre du Bengale dans un espace relativement réduit ? Après les présentations d’usage, notre Piscine Molitor, Pi pour les intimes, conscient que sa survie est plus ténue que jamais, trouve un modus vivendi extraordinaire : prise de marques au sifflet, délimitation de territoires à l’urine, partage des ressources alimentaires, de l’eau, de l’ombre et des tâches, l’approvisionnement étant de son ressort exclusif après l’expérience de la hyène.
Au gré des vents et courants nos gentils pèlerins croisent une mer d’ordures, abordent une île flottante qui se révèle être une masse de plantes carnivores, affrontent un cyclone, manquent de mourir d’épuisement, de chaud et de faim, malgré une activité halieutique variée. Cette vie harmonieuse rythmée à la lumière du jour prend fin brutalement car leur canot est brutalement rejeté à terre, une véritable terre ferme cette fois-ci.  Alors, en bon chat qu’il est, bien qu’affaibli par un tel voyage, Richard Parker bondit au sol et disparaît dans la jungle proche, à la stupéfaction de son coturne somme toute assez émotif. Rien ! Pas une hésitation, pas un regard à son frère de malheur, le brave Pi généreux mais un rien agité et craintif…Dépité, peiné de ce départ sans tambour ni trompette, Pi retrouve sa vie humaine que Yan Martel nous laisse découvrir jusqu‘à la dernière page.

 

 Tigre, yéti, hommes… qui doit-on réputer sauvage?

L’ouvrage refermé, la tristesse m’habite et l’angoisse me saisit. Qu’est devenu mon héros, le pacifique, le bon, le discret et coopératif Richard Parker, une fois englouti par la jungle mexicaine ? Il n’y a naturellement pas de tigre en Amérique centrale. Comment va-t-il survivre ? Les populations locales vont-elles le traquer et le tuer ? Pourra-t-il trouver femme à son pied ? Un tigre peut-il procréer avec une femelle d’une autre espèce féline sauvage ? J’essaie d’imaginer : l’espace pour territoire, des plantes et animaux pas tout à fait différents de ceux de sa terre natale, en tous cas meilleurs que le poisson quotidien de leur longue traversée. Des ennemis ? Pas vraiment car tous sont impressionnés par la taille et la stature de Richard Parker. Il en impose d’office. Pas d’éléphants, pas de buffles sauvages, pas de hyènes. Petit à petit, notre ami se fait un royaume, fuyant cependant systématiquement tout ce qui sent l’homme car ici ils ne sentent pas comme Monsieur Pi. Peut-être mourra-t-il de sa belle mort, âgé, célibataire presqu’obligatoirement, entouré d’une cour d’amoureuses platoniques ; c’est reposant l’amour platonique pour un tigre.

C’est ma version préférée. Ou alors…un jour Monsieur Pi, désespéré, partira à sa recherche et reviendra au Mexique sur cette côte où ils ont échoué. Il s’enfoncera dans la jungle avec une colonne de guides, porteurs, sherpas… Il avance. Richard Parker l’a senti, le voit, et se cache : tant d’humains qui sentent l’hostilité autour de Monsieur Pi, son ami. Son ami ? Pas vraiment ! Ils avaient conclu un gentleman’s agreement, mais Richard Parker n’a jamais éprouvé d’affection pour son capitaine. Qui avait tout intérêt à rester dans le même bateau que lui car, il en est sûr Richard Parker : Monsieur Pi ne nage pas bien, il est moins  » aquatique » que lui. Richard Parker ne nie pas un côté humain de Monsieur Pi , il en a le souvenir en revoyant ses grimaces quand il s’est agi de goûter aux premiers poisons volants, et se remémorant l’odeur de peur de ses jets d’urine … Monsieur Pi n’a pas non plus dévoré les animaux en galère avec eux comme la faim et le désespoir l’en auraient excusé. Mais l’eau a coulé à la rivière et Richard Parker a tourné la page.

Ils progressent lentement, se taillant avec difficulté une sente dans les basses lianes. La nuit, ils se roulent dans des hamacs suspendus juste au dessus d’un petit feu fumant. Ils ne le savent pas mais Richard Parker s’approche, souffle son haleine tiède sur le visage de Monsieur Pi pour éloigner les moustiques et s’ils ne sont attaqués par aucun animal dont ils violent pourtant le territoire, c’est à la présence de Richard Parker qu’ils le doivent.  Bientôt les sherpas laisseront tomber leur charge, reprendront une pirogue et menaceront Monsieur Pi,  Tchang et Tintin de les laisser en plan. Alors tous rebrousseront chemin, abandonnant à leur sort notre royal tigre du Bengale et notre merveilleux Yeti.

 

D’Hergé à Yann Martel, le paradis des vivants conciliés

Pourtant, il en avait fallu du temps à Tchang pour persuader Tintin de repartir à la rencontre de celui qui fut son père et sa mère, le sauvant, avec un amour surhumain, d’une mort horrible (glaciation progressive, on a mal rien que d’y penser) ! Tintin serait probablement reparti immédiatement au Tibet s’il n’y avait eu Haddock et surtout les autres. Que de retards, que d’obstacles à vaincre !

A chaque avancée des préparatifs, une nouvelle difficulté. Les frères Loiseau qui se prennent maintenant pour le phœnix des hôtes de Moilinsart volent le globe terrestre prêté à Tintin par Saint Jean. Le chevalier de la Licorne, possesseur d’une carte magique, rencontre Allan au coin d’une rue et de beuverie en beuverie atterrit au Lotus Bleu où il sombre dans la déchéance ; ce qui n’aurait inquiété personne si dans l’aventure il n’avait pas perdu la carte dont Tchang a impérativement besoin ! Solution : remplacer la carte par le flair d’un animal supérieur. Cela tombe bien la Bête est bien décidée à quitter l’île Noire à la recherche d’un possible aïeul. Patatras ! La Bête attrape la scarlatine, seule maladie que ce crétin de Lampion n’a pas mise au contrat de nos voyageurs. Tournesol qui avait commencé à construire un tout-en-un, une de ses inventions éclatantes et indispensables à notre équipe, se laisse emberlusconier par le général Alcazar et devient « lancer-de-couteauoolic ». Tintin n’a d’autre choix que de l’envoyer en cure de désintoxication.

Enfin, peu à peu? Tchang et Tintin persistant, Haddock leur emboîte le pas gaillardement.  Et Milou dans tout cela, il n’a pas son mot à dire ? Milou s’est fait la malle en loucedé…En fait il n’était pas ravi-ravi de retourner vers le Yéti, ce monstre abominable qui sentait mauvais qui l’aurait englouti en respirant. En revanche? ce Richard Parker, roi du Bengale, dont tout le monde parle autour de lui … Milou se souvient du confort du palais de leur ami le Maharadjah du Rawajpoutalah…Le yéti non, ce Richard Parker, si ! Avant que Tintin ne s’en rende compte, Milou est déjà loin, parti sans laisser un petit mot sur la chaise, sans le plus faible aboiement. A lui le Roi du Bengale !

Au moment du départ c’est la mort dans l’âme que Tintin embarque sur le Tsimtsum, un cargo enregistré aux Bahamas (*) note Monsieur Pi dans le récit de sa vie.  Tchang le console : Haddock qui s’est cassé les deux jambes en faisant le baisemain à La Castafiore, retrouvera Milou, son complice et le temps passera vite tant ils auront à faire face au rossignol milanais. Tintin veut y croire  et la mission avec Tchang est si importante qu’il balaie aussitôt ses regrets et remords possibles.

Sur le Tsimtsum? nos héros se lient d’amitié avec une famille indienne qui semble connaître parfaitement les fauves et autres animaux sauvages ; mais non, Monsieur Patel n’a jamais vu de Yéti, même en tant que directeur de zoo. Il transfère vers un pays froid des zèbre, orang outan, tigre, serpent et autres espèces ménagères dont il décrit avec passion les comportements avec les humains qu’elles cotoient. Le Yéti ? Tchang, enhardi, raconte son aventure au directeur du zoo qui l’écoute avec intérêt et sympathie. Oui, il a raison d’essayer de renouer une si belle relation avec son sauveur. Monsieur Patel est hindouiste, respectueux de la vie animale et son zoo était en fait un refuge pour animaux blessés ou malades. Monsieur Patel leur donnera une lettre de recommandation pour un ami savant installé sur le toit du monde à qui rien n’est impossible : le senior Oliveira da Figueira.  Tchang à peine plus âgé que lui, a trouvé un compagnon dans le fils de Monsieur Patel, le jeune Piscine Molitor. « Appelez-moi Pi en toute amitié « . Les jeunes gens sont dans l’âge mystique, ils échangent tant et plus sur leurs religions, et le temps passe plus vite sur ce cargo (mixte , je suppose).
La traversée va bon train, le Tsimtsum vogue tranquillement quand, avec une rapidité fulgurante, il coule. Seuls deux canots peuvent être mis à l’eau ; dans l’un Tintin, Tchang, Monsieur Patel père et deux membres de l’équipage ; dans l’autre … personne du premier canot n’a vu qui a bien pu y prendre place. Les deux canots sont emportés chacun par un courant en sens contraire jusqu’à disparaître « dans l’immensité de l’océan » (c’est bien comme cela que l’on dit ?).

 

Pas de non-humains pour les enfants

Richard Parker s’est taillé un royaume au Mexique il y vit tranquille, loin des humains, des zoos et des bateaux et il laisse filer sous ses pattes la colonne de pisteurs qui bientôt repassera en sens contraire.

Le yeti a vu la colonne s’éloigner, il pleure les larmes de son corps l’enlèvement brutal de ce petit être fragile qui lui a donné tant d’affection. Parti sans tourner la tête, sans un geste ! Mais pourquoi, se demande l’abominable homme des neiges, m’a-ton banni du « paradis des vivants conciliés » ,  » où nous étions si heureux mes frères et moi ? Quand donc un humain m’acceptera-t-il à nouveau dans son voisinage vivant ?  Il y avait bien dans l’horrible expédition de rapt de Tchang ce petit homme qui dégageait une humanité plus douce. Tintin, l’appelaient-ils ! Il aurait pu rester avec Tchang, vivre ici dans cette grotte confortable, vous ne croyez-pas ? »

Le yéti s’endort ; un sommeil chargé de cauchemars dans lesquels lui parviennent les appels de Tchang. Il revoie son écharpe jaune, ses menus pieds glacés qu’il réchauffa dans ses mains. Les appels de son rêve n’ont aucun sens. D’ailleurs ce n’est pas lui qu’on appelle, il voit Tintin et Tchang crier « Yéti ! Yéti ! « . Au réveil, il se demande bien ce que ce mot peut signifier.

Il ne le saura jamais. Seul jusqu’à sa mort, obligé de se terrer à la moindre trace de vie, il restera un misérable, un de ceux que  » les autres jugent non humains »  qui à tout juste le droit de vivre. Pas longtemps encore.
 » Qui doit-on réputer sauvage ? »

Réponses dans

  • L’Histoire de Pi  de Yann Martel, traduit de l’anglais (Canada) par Nicole et Emile Martel, éditions Denoël et d’Ailleurs 2003 ISBN2.207.25531.X. 333 pages.
  • Au Tibet avec Tintin de Michel Serres et Benoît Peeters, Pierre-Antoine Donnet, Pascale Dolifus et Pierre Streckx; éditions Casterman 1994 ISBN2-203-00407X
  • Et, allez-voir L’Odyssée de Pi réalisé par Ang Lee.

(*) fausse identité que je mets volontairement : mon bog a été attaqué, des codes malveillants se trouvaient dans certaines phrases dont celle donnant la nationalité du cargo en question

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