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28 septembre 2016 – 14 h 37 min |

La dictature de l’algorithme, vade retro Facebook !
  
Cet automne, ma parano saisonnière est revenue ! Mais je vais en guérir, je sais d’où elle vient ! C’est la faute, non pas à Voltaire ni …

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Lu de-ma bibliothèque

Plaisirs et découvertes d'une volumineuse bibliothèque familiale en plusieurs langues. Partage de textes curieux ou intéressants dont certains seront à vendre.

L'air du temps

Billet d'humeur sur le quotidien d'une vie. Où il sera question des plaisirs, découvertes et détestations, du mot et de l'image dans tous leurs états, des arts plastiques de la musique et de la nature. Sous Licence Creative commons

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Livre et vieux papiers de la bibliothèque familiale à vendre. Intéressants par leur contenu en plusieurs langues, Demandez, je saurais si j'ai ce que vous cherchez ; mais il faudra me laisser le temps de trier et trouver. Pseudo sur le bon coin : greniercurieux.

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Heureux les orphelins stériles

Heureux les orphelins stériles ! Une saga familiale inédite, à suivre en ligne sous forme de feuilleton. Site sous creative commons.

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Berlin, construction de l’avenir de l’Europe ?

Soumis par sur 30 novembre 2014 – 9 h 30 min
Berlin automne 2014

Rêverie au soleil d’automne

  Berlin, construction de l’avenir de l’Europe.  Automne 2014, les premiers jours, errance au gré du vent dans le centre -bien élargi- de Berlin, ma boussole interne m’a conduite à tous les lieux « chargés » que j’ai mitraillés alors qu’il existe des cartes postales. Puis l’oreille et le cerveau s’étant ouverts, j’ai laissé l’anglais pour l’allemand. Envahie, submergée par les émotions qui constituent cette ville : les croix blanches plantées sans prévenir avec des noms et des dates fatidiques vous gifflent violement, tandis que le Mémorial de l’Holocauste force l’esprit à une méditation morbide sur l’état d’humain et les descriptions du communisme local et du système nazi éveillent une rébellion rageuse.

  J’ai réalisé les changements depuis les Ulhans, fonçant lances pointées sur ma grand mère nourrie du journal et des récits de son grand-père qui avait survécu à Gravelotte, jusqu’à la réunification de l’Allemagne en passant par la guerre de 14, celle de 39 et la création de l’Europe.

   Et quel chemin parcouru par celui qui avait fait apprendre l’allemand à ses enfants, nés dans les années 20, convaincu que « pour ne pas arriver à une 3ème guerre » il fallait que « l’on se parle et se comprenne ». Pourtant des Brigades Internationales au maquis il avait admis que se parler ne suffisait pas si l’on n’avait pas un discours commun. A Verdun dans les années 70 alors que l’Europe hoquetait face à la position de la Grande-Bretagne, il me lancera un lamentable : « le suicide de l’espèce humaine est presqu’abouti « . Le même homme qui avait écrit le 10 septembre 1916, sur une enveloppe militaire et deux cartes « Der Kaiser am Wehrmacht und Heimat « , avec le style que je lui ai toujours connu :

    « Carte boche prise dans un abri de Vermandovillers (Somme) le 8 septembre 1916 , Bien chers parents vous m’excuserez si je ne    vous ai pas donné de mes nouvelles hier car la journée a été si mouvementée qu’aucune correspondance n’a été remise . Je vous avais dit que j’étais monté aux tranchées le 8 au matin pour n’en redescendre que ce matin alors que ma section (Giselard et Faure compris)avait eu le veine d’être envoyée dans les boyaux pour assurer de (illisible)et d’éviter l’assaut. J’arrivai juste en première ligne pour donner un coup de main aux autres sections de la Compagnie et prendre part à un assaut qui fut très intéressant, les boches (demi cernés dans Vermandovillers) qui avaient résisté désespérément dans les fortifications du village durant 3 jours prirent la fuite dès que nous eûmes sauté le parapet et une guerre d’approche s’engagea dans les boyaux trous d’obus et abris boches. On allait revolver au poing grenade en main de boyau en boyau et d’abri en abri faisant une cueillette fructueuse de boches. Les kamerades ne manquaient pas et quand on avait tourné le dos on recevait de la part des boches des coups de fusils et de mitrailleuse par le derrière. Conclusion : on fut impitoyable et tout abri fut arrosé de grenades avant d’être visité : aussi la chair de boche n’est pas chère dans la région(souligné par moi) On progresse bien d’un kil et demi en profondeur dans le village avant de s’installer. Nos pertes furent minimes : il est vrai qu’elles avaient été trop abondantes les jours précédents. Quel étalage que le champ de bataille en de pareils moments. On perd toute sensibilité et toute tendresse où qu’on se trouve dans le fouillis. Je dois vous dire malgré tout que j’ai éprouvé un certain plaisir à dénicher les boches des abris.(souligné par moi) . Détail intéressant je n’avais pas de balles dans le revolver que je présentais aux boches. En revanche j’avais pris quelque chose comme(illisible) de grenades. J’estime tout de même que l’on a du culot d’oser donner au monceau de ruines de l’endroit le nom de village car il ne reste pas un pan de mur debout. L’intéressant est que nous allons au repos pour quelque temps. En ce moment je sus à Cayeux et espère embarquer pour l’intérieur. je vous embrasse bien fort. votre fils dévoué qui vous aime de tout son cœur. Gaston. Dire que cela lui a valu par trois fois la Croix de Guerre !

Croix près du Reichstag   La guerre de 14-18 dans la Somme

Berlin, synthèse des mémoires de guerre, est-elle l’Allemagne ?

Berlin fait la synthèse des mémoires de guerre, des miennes particulièrement dont jusque là je ne mesurais ni le poids ni l’empreinte… Il y avait les souvenirs, presque distants aujourdhui : Metz, Francfort, ou Mayence ville de ma tendre enfance où les bombardements Alliés avaient laissé un champ de ruines désolées,  mon effroi lorsque nous traversions ces ruines pour aller au Kindergarten, hâvre de douceur et de paix (sauf le jour de visite du Père Fouettard ! ). Je me souviens aussi des barges débarquant le mari de Lizzi, un des derniers prisonniers du front russe à rentrer chez lui. C’était en 1951, 52 ou 53 ? Squelette dégoûtant, incarnation (désincarnation devrais-je dire) de la mort dont je découvris ainsi  l’existence vivante, si j’ose dire. Images contrecarrées aussitôt par celles des camps de concentration montrées volontairement par mes parents, en une pédagogie spécifiquement familiale.

Berlin a fait remonter en moi un ensemble de sentiments, de connaissances et de convictions qui, je crois, participent largement à mon essence de citoyenne de l’Europe. Car Berlin qui donne véritablement à connaître les points noirs du passé, a, en très peu de temps, bâti sur eux une extraordinaire inversion de ses références, valeurs,  convictions et modes de fonctionnement, entraînant un changement de structures mentales, sociales et politiques.

Une force de vie plutôt rare au sein des peuples et nations, un peu comme la Corée du Sud avec, ici à Berlin, ce caractère que je ne connaissais pas à l’Allemagne post-guerre : la fantaisie, la liberté, la pensée créatrice. Du coup, je comprends mieux Madame de Staël -dont entre parenthèses une citation est gravée sur les murs de l’Hôtel de Ville de Berlin- qui montre combien l’imagination est « la qualité dominante de l’Allemagne artistique et littéraire » et note à propos de l’esprit de conversation la différence entre français et allemands dont « la supériorité consiste dans l’indépendance de l’esprit, dans l’amour de la retraite, dans l’originalité individuelle »…(in « De l’Allemagne », édition de 1843 dont les parties censurées ont été mentionnées en notes par elle-même). Citation réductrice de cet ouvrage  toujours intéressant en ce qu’il permet encore aujourd’hui d’appréhender le substrat culturel allemand.

Berlin dévoile la construction de l’avenir de l’Europe

 

J’ai commencé le paragraphe précédant en faisant spontanément de Berlin l’Allemagne ! Mais  Berlin est-elle l’Allemagne d’aujourd’hui ? (au fait, Paris est-il la France ?)  Difficile de juger !  Ce n’est pas ce que j’ai ressenti en premier lieu ! Berlin ne me faisait pas, non plus qu’à Madame de Staël,  » une impression assez sérieuse ». Pourtant elle notait que  » la liberté de la presse, la réunion des hommes d’esprits, la connaissance de la littérature et de la langue allemande … » faisaient de Berlin  » la vraie capitale de l’Allemagne nouvelle, de l’Allemagne éclairée… »

Cent quatre-vingts ans après, l’histoire lui donne peut-être plus encore raison : Berlin, avenir de l’Europe ?  Ce n’est peut-être pas la littérature et de la langue qui ont permis cette mutation du pays tout entier ; ce serait plutôt que ces allemands qu’elle décrivait comme peu doués pour le matériel et le pragmatisme ont décidé d’en finir avec leurs démons, d’accepter la réalité en face et reprendre une place au sein d’un ensemble géographique qui fut puissant avant les autres ensembles du même continent. Ainsi les allemands ont-ils construit et réussi la réunification, y compris sur le plan économique, bien que, disent les spécialistes, tout ne soit pas encore parfait et que la crise mondiale pointe du nez.

Durant ce séjour, j’ai côtoyé de très nombreux allemands d’entre deux âges venus de Länder éloignés découvrir la capitale, parfois avec leurs petits enfants. Lors d’une visite historique avec guide et à une exposition au Musée d’Histoire de l’Allemagne, j’ai constaté leur agacement systématique et ostensible devant les rappels du passé. Seuls les ado, en groupes, sorties d’écoles, semblaient trouver un réel intérêt à ces faits qu’ils n’ont pas connus. Les expositions, les journaux télévisés, la presse écrite sont hyper réalistes. Ici on ne joue pas avec la rhétorique pour le plaisir, elle avait raison Madame de Staël !

Berlin se noiera peut-être dans l’uniformisation mondiale. En attendant, au milieu des traces de son passé récent, à chaque pas, en 20 14,  Berlin dévoile  la construction de l’avenir de l’Europe plus que toute autre capitale européenne ne pourrait le faire. Indubitablement.

« L’histoire s’accélère et nous rattrape, et vite, elle nous dépasse … » écrit Michael Krüger dans son « Discours de l’homme lent »  (Rede des Langsamen) * Pourvu que ce soit en bien.

  Tempelhof, théâtre du pont aérien Allié de juin 48 à mai 49

  Hier, alors que j’allais mettre ce texte en ligne,  passant devant le banc d’un bouquiniste mon oeil a été attiré par un titre : « Berlinerstrasse ».  Aussitôt acheté, j’ai dévoré ce Livre de Poche devant un café. C’est un polar qui se passe à Berlin en 1989 et 1997 écrit par Christian Gernigon, auteur que je ne connaissais. Plaisir de lecture malgré une incohérence dans le scénario, pour moi qui ne suis pas familière dess romans policiers ; mené rondement, il fait voyager dans un Berlin tel que je l’ai un peu ressenti. A lire après avoir visité cette ville.

  • De l’Allemagne de Madame de Staël, édition de 1843 rééditée en 1937 par Ernest Flammarion. Deux tomes.
  • Berlinerstrasse de Christian Gernigon Livre de Poche (2002?)

Rede des Langsamen

* Die Gesischte wird schneller, bald holt sie uns ein und laüft uns im Eilschritt voran …

Allez, pour terminer,  la divine Marlène dans « Jonny«    grâce à  Youtube.

En intro vous avez eu droit à « Be Berlin », d »Eastintya  2013

Légendes des photos :

Tombés pour avoir voulu franchir le Mur

Vermandouillers une tranchée française après l’attaque du 8 -10 septembre 1916

Tempelhof, théâtre du pont aérien Allié de juin 48 à mai 49

Check point Charlie haut lieu du tourisme berlinois

 

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