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28 septembre 2016 – 14 h 37 min |

La dictature de l’algorithme, vade retro Facebook !
  
Cet automne, ma parano saisonnière est revenue ! Mais je vais en guérir, je sais d’où elle vient ! C’est la faute, non pas à Voltaire ni …

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Leconte de Lisle, vous connaissez ?

Soumis par sur 29 avril 2015 – 8 h 00 min

  « Quel horrible rimayeur », s’exclamait, il y a peu, quelqu’un de ma famille parcourant « maçinal’ment  » (1) des extraits des  »    Poèmes barbares  » de Leconte de Lisle, écrits en 1867 et édités par la revue Poésie en 1970.

 Choquée ! Moi, enfant de La Réunion qui, a priori, vouais une admiration immense au Génie de Bourbon, celui qui avait  donné son nom à un lycée et dont nous connaissions tous au moins ces trois vers :

 Une étoile d’or là-bas illumine
Le bleu de la nuit ; derrière les monts,
La lune blanchit la verte colline.
..(2)

pouvais-je accepter un jugement si dur ?

Poète sublime, chef de file des Parnassiens (c’était tout dire !) nous avait-on répété sans nous le faire trop lire car nous n’étions encore que des  « marmail « … L’on nous inculquait son culte dont 60 ans plus tard l’empreinte reste vivace dans mon esprit. Je me souviens cependant, que, du haut de mes huit ans, ces vertes collines me gênaient, car de collines, à La Réunion il n’y en avait point, du moins telles que décrites dans nos manuels de géographie élémentaire de la Métropole…

Retrouvé par hasard, en catimini, j’ai ouvert cet opuscule dont j’ai sauté la préface d’un dénommé Claude François (le célèbre yé yé ?) et d’un Georges Emmanuel Glancier que mon ignorance resplendissante –je commence à vous initier au style fleuri de mon héros — rendait inexistant, pour tomber sur « Néférou-Ra « .
Dès les premières lignes (je devrais dire vers, mais cela ne sort pas!) j’ai rigolé doucement :

Khons (que l’on doit prononcer sans le s final, non ?) tranquille et parfait, le roi des Dieux thèbains
-Est assis gravement dans sa barque dorée…
-(…)
-Où va-t-il le roi Khons, le divin guérisseur
-Qui toujours se procrée et s’engendre lui-même…

C’est bien vrai que les cons se régénèrent d’eux-mêmes et en proportion constante de la population ! Connaissant la propension des réunionnais à faire sans cesse des jeux de mots, leur joie à manier le double sens drôle et coquin, je me dis que Leconte de Lisle mérite peut-être une lecture particulière, une lecture créole en quelque sorte !

Leconte de Lisle, vous connaissez  vraiment ?

Aïe , aïe, aïe ! La suite du poème n’ a rien du v’là le cortège à papa ! (3)  des rois de la Grèce et sa suite frais servi à Jacques Offenbach par Henri Meilhac et Ludovic Halévy pour une Belle Hélène à laquelle Leconte de Lisle ne semble pas avoir été sensible. Autre écriture, finalement ; formaliste comme l’étaient alors les bourgeois des îles. Mais alors, qu’en est-il de la retenue et du refus du lyrisme, sensés être les éléments caractéristiques du Parnasse dont Leconte de Lisle est la tête de file ?

Catastrophe ! J’enchaîne sur une série historico-je-ne-sais-quoi, gros  » pathos  » comme l’on dit aujourd’hui — le terme  » pâté  » me semblerait plus approprié bien que de sonorité moins exotique– ; bref un charabia grandiloquent dégueulé généreusement : voilà l’épée d’Angantyr qui transperce le coeur d’ Hialmar jusqu’à la mort de Sigurd, qui conduit au jugement de Komor et j’en passe… Tant de situations cul-cul, de cadres rococos, de logorrhée barbante, de style ampoulé, avec en prime le renvoi du lecteur à son ignorance, transforment mon héros en : « pauvre Leconte de Lisle! ».

Mon désespoir s’installe avec une série à la mièvrerie mysticarde : le Nazaréen, l’agonie d’un saint etc. Etait-ce dans l’air du temps saint sulpicien ? En tout cas, aujourd’hui c’est presque illisible sauf aux confits en dévotion purs et durs, pas de ces Theodoric Raposo dont je vous ai récemment rappelé le portrait. (4)  

Et voilà que je lis un commentaire du héros de Soumission,  un intello, un vrai : comme chef de file des Parnassiens Lecomte de Lisle était généralement méprisé, juste un honnëte artisan sans génie ; et, poursuit François sous la plume de Michel Houellebecq  page 285 de l’édition Flammarion de janvier 2015, Lecomte de Lisle avait écrit dans ses vieux jours sans doute  « sous l’effet d’une sorte de crise mystico-cosmologique » à rapprocher de la théosophie et du mouvement spirite,des poèmes qui ne ressemblaient à rien du tout, qui étaient complétement « barrés » … Et je suppose que même pour ce détail de son propre récit romanesque Michel Houellebecq  sait de quoi il parle.

Plus que les noms propres, tordus à plaisir, c’est le vocabulaire alambiqué du  » Maître » qui agace et le réduit de  » réinionnais mêm’  » en  » bougu’ là, zouant au zoreil » et le consacre  » horrible rimayeur « .

Où est-il mon beau Leconte de Lisle poète de la nature vierge de ma belle île et de sa belle langue ?

Quelques exotismes gentillets –je suis encore trop généreuse– avec Nurmahal qui à l’ombre des rosiers (?!) de sa fraîche terrasse se caresse la barbe tandis que la tourterelle dort en son lit de santal ou encore Mohamed Ali Khan le vieux nabab et la begun d’Arkate autour de qui danse un essaim léger de Lall-Bibis.
Pas eu le temps de chercher ce qu’étaient les lall-bibis car la Tête du Comte a tout racheté : l’honneur de Don Diègues sauvé par son fils Don Rui Diaz…Sobre (relativement), d’une intensité dramatique croissante jusqu’à ce que :

– Et tous deux s’asseyant côte à côte à la table,
-Graves et satisfaits, mangent la venaison,

-En regardant saigner le Tête lamentable.

Une chute qui aurait pu inspirer Fourest (5) et, enfin ! un poème qui fait vibrer. A LIRE.

Je retrouve le sourire avec le délicieux Manchy, douce aquarelle d’un aimable rêve qui reste tendre dans la mort; le cadre finement ciselé n’est pas affecté par la désuétude des sentiments, pourtant bien réelle au lecteur d’aujourd’hui. Un vocabulaire clair et pur comme l’air de l’île Bourbon d’alors ; enfin, le Leconte de Lisle de mon école primaire, celle où nous parlions un créole aussi parfait que le français, rassemblés (les 7èmes, 8èmes et 9èmes) dans la même pièce avec une seule institutrice, Moizel Bosviel, que nous adorions. Que de plaisirs d’apprendre avons-nous engrangés grâce à elle !

Le mythe de l’enfance étant sauf, je décidai de poursuivre la lecture de l’ouvrage entier. En fait, Leconte de Lisle joue quelques belles partitions sur la mort, et il le fait net, proprement tranché ; même dans  » l ‘étoile qui illumine la verte colline « , je veux dire le poème intitulé Christine, qui a juste une ou deux strophes de trop à mon goût (les fiancés et les morts parlent peu, en principe) :

-Elle, au tombeau descend la première
– Et lui tend la main.

Ou encore, dans Le dernier souvenir :

-J’ai vécu, je suis mort …
-(…)
-Quelqu’un m’a dévoré le coeur. Je me souviens.

Enfin, extrait d’In exelcis :

-L’intelligible cesse, et voici l’agonie,
-Le mépris de soi-même, et l’ombre, et le remords;
-Et le renoncement furieux du génie.
-Lumière où es-tu donc ? Peut-être dans la mort
.

Mon héros fait un retour remarqué avec la Mort, mais Leconte de Lisle, dans mon souvenir d’enfance réunionnaise, était un naturaliste. Je me lance donc dans les poèmes du genre où je trouve, dépitée, à boire et à manger. Il lui arrive de vibrer d’un ton naturel aux émotions de la vie sauvage, la panthère noire ou les éléphants, cependant j’ai été gênée par certains rapprochements qui ne passent absolument plus de nos jours et rompent l’équilibre du poème.  » Les lions rêveurs qui traînent leurs cheveux roux « , le condor  » tout plein d’une morne indolence qui regarde l’Amérique et l’espace en silence... « 

En revanche j’ai bien aimé cet instant d’intimité féline :

La reine de Java, la noire chasseresse,
Avec l’aube, revient au gîte où ses petits
Parmi les os luisants miaulent de détresse,
Les uns sous les autres blottis.

-Inquiète, les yeux aigus comme des flèches,
-Elle ondule, épiant l’ombre des rameaux lourds.
-Quelques tâches de sang, éparses, toutes fraîches,
-Mouillent sa robe de velours.

Elle traîne après elle un reste de sa chasse,
-Un quartier du beau cerf qu’elle a mangé la nuit,
-Et sur la mousse en fleur une effroyable trace
-Rouge, et chaude encore, la suit…

Et quelques traits sur les éléphants aux  » corps gercés comme un tronc que le temps ronge et mine « , alors que dans le même poème Leconte de Lisle voit une girafe qui « boit dans les fontaines bleues, là-bas sous les dattiers des panthères connus «  !!!
Là, c’est carrément le  » aimons-nous sous les palé- tu-tu, les palé-tu -tu, les pale-tuviers …roses » de René Koval. (6)

Quant aux deux poèmes sur La Réunion, La ravine St Gilles et le Bernica, le premier est plutôt insipide, le second assez froid ; il est vrai que le poète n’avait pas besoin d’aimer et connaître les lieux ni les hommes pour les mettre en rimes…

Une irrégularité intérieure, c’est ce qui frappe dans ces morceaux choisis que je lis.

Trois jours plus tard, après avoir lu et relu le cahier de la revue Poésie, je me suis décidée à lire la préface de « Cloclo ». Ce Claude François là, ne s’engage guère tandis que, dans son introduction, Georges-Emmanuel Clancier y va de la brosse à reluire : une  » lumière du matin du monde « , mon Génie de Bourbon !

Clancier lui aussi parle de La Négresse Blonde, de l’irritation et de l’ironie que suscite la lecture de certains poèmes, mais il souligne également une réelle intensité tragique qu’il relie à la vie de Leconte de Lisle. En substance, il invite à le lire et le relire pour découvrir un souffle puissant derrière de mauvais vers (le qualificatif est de moi)…Ce que j’appellais irrégularité intérieure. N’est-ce pas cela précisément qui fait d’un homme un poète, se convainc à part soi l’auteur de ce billet ?
J’en conviens, c’est tiré par les cheveux ; c’est que je ne peux pas accepter l’écroulement du mythe, d’un coup, d’un seul, voilà !

Je vais le relire encore et encore pour retrouver peu à peu le héros de mon enfance, celui dont l’image collait si bien au coin de Paradis qu’était La Réunion au début des années 50. Non, Leconte de Lisle ne peut être un « horrible rimayeur »…

Perdu sur la montage, entre deux parois hautes,
Il est un lieu sauvage au rêve hospitalier,
Qui dès le premier jour n’a connu que peu d’hôtes ;
Le bruit n’y monte pas de la mer sur les côtes,
Ni la rumeur de l’homme : on y peut oublier…

  • (1) maçinal’ment = machinalement, en référence à une histoire arrivée à un médecin zoreill’ dans les années 50 (1900 of course!) : interrogeant une patiente sur la qualité de son sommeil elle lui répond pleine de commisération pour sa stupidité : « mi dors maçinal’ment ! »
  • Les poèmes barbares ont été publiés en 1867.
  • (2) exrait du poème « Christine »
  • (3) La belle Hélène Acte 1 Scène 11
    Mise en ligne sur YouTube le 6 mars 2010  Production de la ville de Montesson (avril 2009).
     

Voici les rois de la Grèce !
Il faut que chacun s’empresse
De les nommer par leur nom…
Ménélas, homme tranquille
Avec le bouillant Achille
Et le grand Agamemnon.
Ces rois remplis de vaillance,
C’est les deux Ajax…
Etalant avec jactance
Leur double thorax…
Parmi le fracas immense
Des cuivres de Sax.
Ces rois remplis de vaillance,
C’est les deux Ajax !
Je suis le bouillant Achille,
Le grand Myrmidon,
Combattant un contre mille,
Grâce à mon plongeon.
J’aurais l’esprit bien tranquille,
N’était mon talon…
Le roi barbu qui s’avance,
C’est Agamemnon !

  • (4) Theodoric Raposo, héros de La Relique d’Eiça Queiroz.
  • (5) Le Cid de Georges Fourest In La Négresse blonde 1909.

Le palais de Gormaz, comte et gobernador
est en deuil; pour jamais dort couché sous la pierre
l’hidalgo dont le sang a rougi la rapière
de Rodrigue appelé le Cid Campeador

Le soir tombe. Invoquant les deux saints Paul et Pierre
Chimène, en voile noirs, s’accoude au mirador
et ses yeux dont les pleurs ont brûlé la paupière
regardent, sans rien voir, mourir le soleil d’or …

Mais un éclair, soudain, fulgure en sa prunelle :
sur la plaza Rodrigue est debout devant elle !
Impassible et hautain, drapé dans sa capa,

le héros meurtrier à pas lents se promène :
« Dieu ! » soupire à part soi la plaintive Chimène,
« qu’il est joli garçon l’assassin de Papa ! »

  • (7) Les paletuviers roses de René Koval ici interprété par Pauline Carton et André Berley 1936 extrait du film « Toi c’est moi ».  Mise en ligne sur YouTube le 23 déc. 2008

Ah ! Rien ne vaut pour s’aimer
Les grands palétuviers,
Chère petite chose !

Ah ! Si les palétuviers,
Vous font tant frétiller,
Je veux bien essayer…

Ah ! Viens sous les pa …
Je viens de ce pas,
Mais j’y vais pas à pas !
Ah ! Suis-moi veux tu ?.
J’ te suis, pas têtu’,
Sous les grands palétu .

Viens sans sourciller,
Allons gazouiller
Sous les palétuviers

Ah ! Sous les papa papa
Sous les pa, les létu,
Sous les palétuviers ..
Ah ! Je te veux sous les pa,
Je te veux sous les lé,
Les palétuviers roses ..

Aimons-nous sous les palé,
Prends-moi sous les létu,
Aimons-nous sous l’évier !..

 

Post Scriptum : petit problème de guillemets face aux machines ,pré-formées par des cerveaux, humains pourtant !

J’ai retrouvé récemment une amie de classe de ces jours heureux. Aujourd’hui plasticienne,  je dedie cette re-publication à  Geneviève Koenig  

Allez visiter sa galerie.

 

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