Lu de-ma bibliothèque »

28 septembre 2016 – 14 h 37 min |

La dictature de l’algorithme, vade retro Facebook !
  
Cet automne, ma parano saisonnière est revenue ! Mais je vais en guérir, je sais d’où elle vient ! C’est la faute, non pas à Voltaire ni …

Lire l'article complet »
Lu de-ma bibliothèque

Plaisirs et découvertes d'une volumineuse bibliothèque familiale en plusieurs langues. Partage de textes curieux ou intéressants dont certains seront à vendre.

L'air du temps

Billet d'humeur sur le quotidien d'une vie. Où il sera question des plaisirs, découvertes et détestations, du mot et de l'image dans tous leurs états, des arts plastiques de la musique et de la nature. Sous Licence Creative commons

A vendre livres Vieux papiers

Livre et vieux papiers de la bibliothèque familiale à vendre. Intéressants par leur contenu en plusieurs langues, Demandez, je saurais si j'ai ce que vous cherchez ; mais il faudra me laisser le temps de trier et trouver. Pseudo sur le bon coin : greniercurieux.

Inédits ou épuisés en ligne

Des ouvrages inédits, ou épuisés comme le roman "Le feu sacré", roman d'aventure initiatique sur le feu de forêt à lire sur votre écran.

Heureux les orphelins stériles

Heureux les orphelins stériles ! Une saga familiale inédite, à suivre en ligne sous forme de feuilleton. Site sous creative commons.

Accueil » Lu de-ma bibliothèque

Le Livre Bamum qui parle sans qu’on l’entende

Soumis par sur 6 mars 2015 – 13 h 45 min

Naissance de l’écriture Bamum

Le Livre qui parle sans qu’on l’entende 

Mon ami Chester-le-rat, qui vit dans les sous-sols londoniens et fréquente les bibliothèques de sa ville, m’a lu ce joli conte sur la naissance de l’écriture Bamum. Je ne résiste pas à l’envie de vous le murmurer

En attendant un dessin Bamum, tête d’Oba…

Il était une fois en Afrique un royaume partagé entre des montagnes recouvertes de forêts luxuriantes et des plaines aux riches savanes. Traversé de puissantes rivières, le pays offrait à ses habitants tout ce dont ils avaient besoin pour vivre… En ces temps-là, aucun étranger n’avait encore pénétré le la région.

Lorsque les hommes voulaient construire une case ils allaient ensemble couper les palmes ou le chaume pour le toit. Le pays était vraiment d’une grande richesse. La forêt regorgeait d’abeilles sauvages qui produisaient un miel parfumé ; les hommes grimpaient aux arbres pour le recueiller dans leurs calebasses sans craindre de se faire pique car, en ces temps là, les humains vivaient en bonne intelligence avec les animaux qu’ils ne chassaient que pour vivre. Des arbres gigantesques coulait une gomme dont les hommes faisaient grand cas. A l’époque dont je vous parle les hommes de ce pays ne connaissaient pas l’industrie. Ils défrichaient des clairières pour cultiver un arbuste qui produisait une cosse remplies des fèves, précieuses comme de l’or. Ils appelaient ces fèves l’or noir : c’était le cacao. On ouvrait la cosse, en extrayait les fèves que l’on faisait griller avant de les écraser pour en faire une pâte. Les préparations à base de cette pâte étaient délicieuses et très bonnes pour la santé.

Dans la savane, poussait un arbuste grêle dont les fleurs éclataient en une sorte de mousse blanche : le coton. Les hommes utilisaient pour leurs vêtements des écorces d’arbres écrasées et peintes, des herbes et la fibre du palmier raphia, qu’ils tissaient finement. Ils récoltaient l’huile du palmier dont ils se servaient pour faire leur cuisine, mais aussi pour se soigner. Et parfois pour s’éclairer.

Les puissantes rivières qui traversaient le royaume foisonnaient de poissons multicolores que les habitants pêchaient à la nasse, une sorte de panier dans lequel le poisson une fois entré ne peut plus sortir…Voilà pour quelques-unes des richesses de ce pays appelé…Pays Bamum.

Le pays Bamum avait connu la guerre autrefois, mais à la période dont je vous parle, la population vivait heureuse sous le règne de Roi Njoya, homme sage et savant qui ne voulait que le bonheur de son peuple. Tout le monde chassait, pêchait, cultivait sa terre, fabriquait ses vêtements et ses poteries et forgeait ses ustensiles, outils et bijoux. En plus, il y avait un don magique que se partageaient de nombreux habitants : l’art de sculpter, dessiner, graver, et broder à la perle.                                                Vie heureuse au pays Bamum

A sa cour, le Roi Njoya, qui était lui-même un artiste complet, rassemblait des artistes, jeunes et vieux. Ils échangeaient leurs connaissances, leur savoir et développaient leur talent au contact les uns des autres. De temps en temps, arrivaient à la cour de riches marchands arabes. Ils venaient de l’autre bout du monde qu’ils parcouraient en bateau, à pied, à dos de chameau ou de mulet pour acheter et vendre, épices, étoffes, médicaments, cire, sel et tant d’autres produits rares. Ils transportaient avec eux des almanachs pour connaître le temps et savoir planter, et de beaux dessins colorés de sultans et de princesses orientales dans des palais splendides, de divinités indiennes aux multiples bras. Ils transportaient également dans leurs coffres ou dans leurs sacs, précieusement emballés, des Coran ornés de fils d’or que le Roi contemplait en écoutant la traduction qu’en récitait le marchand.

Le Roi Njoya qui était lui-même un Roi sage et bon, comprit, admirant la calligraphie, que ces peuples-là possédaient une richesse exceptionnelle ; il se sentait un peu envieux songeant à ce que l’écriture pouvait apporter à un peuple. Au fond de son cœur le roi n’était pas totalement heureux : il souhaitait toujours savoir plus et faire partager ses connaissances à tous ses sujets.

Une nuit, il eut un songe. Un homme se présenta et lui dit  » : Roi, prends une planchette et dessine une main d’homme, lave ce que tu auras dessiné et bois-le ». Le Roi Njoya prit une planchette dessina une main comme il lui avait été demandé ; ensuite il passa la planchette à cet homme qui écrivit dessus et la rendit au Roi. Le Roi lava la planchette, but l’eau ; en buvant l’eau il en entendit ce qui avait été dessiné. Il y avait là, assis en cercle, beaucoup de gens qui avaient tous en main du papier sur lequel ils écrivaient et qu’ils donnaient ensuite à leurs frères.

Ce songe fut si clair que le lendemain le Roi se rendit dans la cour où travaillaient ses dessinateurs Là, le Roi Njoya prit une planchette y dessina une main d’homme, la passa aux autres qui dessinèrent à leur tour des mains puis le Roi lava planchette et avala l’eau qui avait servi à ce lavage comme cela lui avait été indiqué dans le songe ; tous le regardaient. Alors il appela beaucoup de gens et leur dit : « si vous dessinez beaucoup de choses différentes et que vous les nommiez, cela fera un livre qui parlera sans qu’on l’entende ».

-Quoi qu’on fasse cela ne réussira pas, répondirent-ils.

– Si vous réfléchissez bien cela réussira, répliqua le Roi.

-Non, cela ne peut pas réussir !

Quelques temps après, le roi appela ces gens.

-Et bien, qu’avez vous pensé au sujet de ce livre ?

-Quoiqu’on fasse, on ne réussira pas.

-J’accepte ce que vous dites ; je vous propose d’essayer moi-même et si je n’arrive pas, alors je laisserai. Allez dessiner des choses différentes et vous m’apporterez ce que vous aurez fait.

Au pays Bamum, celui qui lit sera libre

Ils obéirent et firent ce qui leur avait été commandé puis vinrent présenter leur travail au roi. Le roi lui-même avait fait des essais de son côté. De tous les artistes les plus fameux à la cour, trois se distinguaient par leur grand talent et leur grande sagesse. Il s’agissait de Mama, d’Adzia et de Gbetnkom Njoya. Celui qui portait le même nom que le Roi n’était pas son cousin mais personne ne le surpassant en talent, ses camarades l’avaient surnommé : « le petit roi ». Le Roi Njoya les appela pour qu’ils vinssent l’aider à comparer le travail qui avait été fait par les uns et les autres.

-Par cinq fois le roi essaya en vain d’obtenir un résultat.

-Poursuis pour atteindre. Ce fut la sixième tentative qui réussit : l’écriture était trouvée !

Oh ! Roi bon et sage, s’exclamèrent-ils complètement gagnés à l’idée de leur souverain.

Aussi, le lendemain, le Roi Njoya rassembla-t-il son peuple sous un grand baobab.

-Venez avec nos amies les bêtes, ordonna-t-il, nous aurons besoin d’elles.

Ce soir-là, alors que la chaleur commençait à tomber, ils se retrouvèrent nombreux, hommes et femmes, phacochères, rats, poules, pintades… impatients d’écouter leur roi bien aimé.

-Je veux, clama le roi Njoya, vous confier une tâche importante qui devrait assurer une vie meilleure à nos descendants. Vous allez dessiner sur du papier de raphia, d’écorce battue ou d’étoffe de coton, l’histoire et les coutumes du royaume, ainsi que les plans des palais et “maisons-pour-le-bien-de-tous” (ce sont des maisons que le Roi faisait construire partout sur son territoire). Ainsi, dit Njoya, les enfants des enfants de mes sujets n’oublieront pas ce qu’ont fait pour eux leurs ancêtres.

L’on se mit en quête des matériaux nécessaires. Les rats partirent éplucher les palmiers raphia, les phacochères lissèrent leurs poils et firent des tas de pinceaux de souplesses, longueurs, et épaisseurs différentes, les poules et les pintades se déplumèrent, elles convainquirent même des paons sauvages qui traînaient par-là d’en faire autant, en fait les plumes de paons ne sont pas excellentes pour cet usage. Quelques serpents serviables cueillirent des baies dont le suc particulièrement coloré résisterait aux épreuves du temps. Les éléphants trouvèrent les branches idéales, le bois de la qualité qui prenait bien au feu et dont la cendre restait suffisamment dure, pour faire des crayons …

Le roi Njoya Bon et Sage invente l’écriture Bamum

Puis, on peut le dire, le Roi bon et sage commanda aux marchands caravaniers des pots d’encre de chine et de couleurs. Ils apprirent bien les nouveaux caractères pour la plus grande satisfaction du Roi. Les artistes recueillaient dans tout le royaume les récits des coutumes et des légendes que les vieux apprenaient aux autres, le soir, sur la place du village.

Les mois passèrent, le Roi Njoya fit venir de pays de l’autre côté des mers un papier plus fin et plus clair que celui que produisaient le royaume car il voulait un bel ouvrage pour consigner les faits historiques de son peuple. Après s’être fait la main sur les légendes avec une écriture pictographique, le Roi et les artistes élaborèrent cinq cent dix signes conventionnels, comme le sont nos lettres ou les cartouches des anciens égyptiens. Sinon, il aurait fallu des kilomètres de papier pour raconter l’histoire de la dynastie Njoya et les batailles que le royaume dut livrer avant d’en arriver à l’état de bien-être et de richesse où il se trouvait alors. En ces temps-là, des missionnaires protestants et des colons blancs arrivèrent au royaume du Roi bon et sage qui leur fit bon accueil. Toute la cour s’enrichit de nouvelles connaissances et le Roi comprit que leur écriture devait encore être apurée. Il décida de passer au système phonique et il la réduisit à quatre-vingt signes dont dix pour les chiffres. Cela permit aux artistes et savants de la cour de rédiger des livres religieux et de médecine. S’inspirant de l’école fondée par les missionnaires, le roi Njoya, un roi bon et sage, créa ses propres écoles et des registres d’état civil. Il entreprit d’imposer l’écriture à toutes les chefferies voisines. Ce ne fut pas facile. Il décida pour aider les écrivains dessinateurs d’importer du papier calque… Bref, il fit tout son possible pour que son peuple eut accès à cette richesse nouvelle. Et le bon Roi était pressé car, de temps en temps, quelque douleur le perçait violemment et il en connaissait le présage.

Un jour qu’autour de sa mère la reine Ne Njapdounké qui était passée maître dans l’art de l’écriture malgré son grand âge, tout le monde travaillait à finir l’histoire illustrée du royaume, le Roi fut pris d’une grande fatigue. Ses sujets furent saisis d’effroi : ils le connaissaient solide comme un roc, ne s’étant jamais plaint de quelque mal que ce soit, n’ayant jamais manifesté la moindre faiblesse.

-Celui qui lit sera libre, dit-il à ses dessinateurs en se dirigeant vers ses appartements privés dans la case royale pour dormir.

Son épouse abaissa le volet de bois, il s’étala sur son lit de bois. Le roi Njoya, le Roi bon et sage, ne tarda pas à s’endormir. Son royaume en fit autant… Les Allemands qui l’occupaient laissèrent place aux français, mais l’écriture Bamum ne survécut pas longtemps.

 

 

Je précise n’en déplaise à sa modestie naturelle, que mon ami Chester-le-rat-londonien est en partie Bamum : un lointain aïeul ayant débarqué dans ce merveilleux pays avec une caravane arabe, se maria à une fille du pays et y fit souche, jusqu’à ce que lors de l’occupation allemande, une jeune rate Bamum n’émigrât à Londres où elle donna naissance à Chester. C’est là que Chester et moi tombâmes nez à nez alors que nous dévorions les bibliothèques locales au début des années 70 ; depuis, notre amitié est toujours aussi forte, mais il avait gardé pour lui ce secret de famille.

 

Lire aussi sur ce blog Tam-tam du Kotokro et Les Mahuzier en Afrique, deux ouvrages de la Bibliothèque Rouge et Or des années 50

 

Celui qui sait lire sera libre pensent également les indiens Ixiles du Guatemala

 

Des gravures rupestres de l’Ogooué, …Une écriture en Afrique ?

Tags: , , , , , , ,

Laisser un commentaire!

Ajouter votre commentaire ci-dessous, ou trackback à partir de votre propre site. Vous pouvez aussi Comments Feed via RSS.

Soyez gentil. Gardez-le propre. Restez sur le sujet. Pas de spam.

Vous pouvez utiliser ces balises:

<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong> 

Il s'agit d'un Gravatar-enabled. Pour obtenir votre propre mondialement reconnu-avatar, s'il vous plaît vous inscrire à Gravatar.

Entrer le code captcha * Le temps imparti est dépassé. Merci de recharger le CAPTCHA.