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Gabon : gravures rupestres et forêts vierges B. Peyrot/ R. Oslisly

Soumis par sur 23 avril 2014 – 8 h 05 min Un commentaire

 gravures rupestre ogooué cover    Surprises avec les gravures rupestres et  forêts vierges du Gabon ! Après l’archéologie, la paléoécologie détruit le  bon vieux mythe de virginité.  Le long du golfe de Guinée est « un espace figé, doté d’une luxuriante forêt primaire inviolée depuis le tréfonds des âges, sans aucun passé  humain ». Avatar du mythe paradisiaque ancré dans notre subconscient collectif que même l’activité humaine de nos derniers siècles n’a pas    beaucoup entamé ? Mon oeil ! répond Bernard Peyrot dans « Les gravures rupestres néolithiques de l’Ogooué » (éditions Sépia 1993) et dans  « Incidences écologiques, anthropiques et paléoécologiques sur l’évolution des forêts du Gabon » (Cahiers d’Outre-Mer 2008). Je recommande,  aux géographes en particulier, la lecture de ces deux ouvrages d’un géomorphologue au vécu de terrain rare pour un prof de fac, où l’on voit  combien les grandes forêts denses ombrophiles que nous qualifions de vierges et vides n’ont pas toujours été ce qu’elles sont, loin de là. Ah ! Le  mythe multiforme de la virginité ! Le topo ci-dessous est berçé par la force onirique des sujets traités, j’ai laissé les documents scientifiques pour filer par quelque chemin de traverse… En fin de papier vous aurez le lien pour lire les originaux.

 

 L’Ogooué, berceau d’une prodigieuse préhistoire

« Les gravures rupestres de la vallée de l’Ogooué » (Editions Sepia 1993) étudie la découverte faite par Richard Oslisly et Bernard Peyrot -à qui l’on devait déjà d’autres révélations de peuplements anciens de ces zones de grande forêt africaine- de plusieurs sites de gravures rupestres très élaborées, datées du néolithique 2350+ou-70 BP (2) du Gabon dans la vallée de l’Ogooué ; cela bouleverse la croyance du commun des mortels et, plus largement, cela pose la question de l’antinomie entre croyance et connaissance.

 L’Ougooué se révèle le « berceau d’une prodigieuse préhistoire », disent les auteurs. Ils nous conduisent à cinq sites inaccessibles, oubliés, et peut-être même aujourd’ui engloutis par la végétation, sites qui, par leur écriture/gravures témoignent d’un passé humain riche plus encore spirituellement que matériellement et nous obligent à leur accorder notre prétentieuse définition de civilisation : Epona, Elarmékora, Kongo Boumba, Lindili et Kaya Kaya sont bel et bien des vestiges de civilisations à écrit, donc « avancées » selon nos critères. La préhistoire de l’Afrique me passionnant, je choisis de parler de ces ouvrages de Bernard Peyrot, mais en laissant vagabonder mon esprit.

Pourquoi ? Parce que si le texte, d’une totale rigueur scientifique avec ses mentions de doutes et d’inconnus est réjouissant pour le cerveau, les relevés et photos des gravures étudiées soulèvent en moi une émotion primaire inattendue.                                           

Epona 1 Ph Richard Oslisly

Epona 1 Ph Richard Oslisly

 

A Epona, à majorité l’on trouve des figures circulaires concentriques réalisées en piquetage par ponctuation et liaison, (sur des affleurements de paragneiss pour les géographes pur sucre) ; ces gravures soulèvent l’admiration pour la main qui les a tracées ; on les interprète avec son symbolisme propre ; les quelques représentations exceptionnelles de couteau de jet ne suffisent pas à renseigner sur leur signification ni moins encore sur la vie de cette population. Cependant, ces gravures éveillent le rêve et l’imagination incontrôlés de celui qui les contemple quelques milliers d’années après leur exécution, et même sur les photos d’un livre.

 

 

Elarmékora, plus encore ! Là, prédominent les formes triangulaires et circulaires par piquetage de cupules au moyen d’un outil de fer dans  des contours prélablement tracés par de fines incisions. Ces formes dessinent des figures animalières traitées à plat comme des peaux  tannées : poisson, lézard, singe, insectes, mamifère aquatique d’une espèce disparue (?, en tous cas selon mon imagination ; comme « ma » gravure d’une grosse abeille vue du dessous), des armes très réalistes : sagaie, armes de jet … et, ésotérique, une magnifique rosace à sept pétales.

Elarmekora Gravures rupestres de l'Ogooué Gabon

Elarmekora 2

Elarmekora Gravures rupestres de l'Ogooué Gabon

Elarmekora

Elarmekora 3

Elarmekora 3

 

                                                      

Elarmekora 3, gravures rupestres de l'Ogooué (Gabon)

Elarmekora 3

 

Au delà de l’admiration d’un tel savoir-faire, d’une si belle expression, ces gravres transmises par Peyrot/Oslisly nous renvoient à notre imaginaire du paradis originel -forcément un monde de forêt et d’eau- où hommes et animaux étaient frères, mélaient leurs esprit, force et savoir, comme je me plais à en lire le récit dans ces peaux offertes au soleil après que le chasseur/artiste/mage eut avalé la force de l’animal… Totem oublié par nos cultures. Au fait, oublié ou changé ? Elles entraînent loin, ces gravures de l’Ougooué !

 

Kongo Boumba, gravures rupestres de l'Ogooué Gabon

Kongo Boumba

       Kongo Boumba et Lindili avec leurs exceptionnelles spirales et chaînes de cercles forment une seule zone dans l’étude « Les gravures rupestres de la vallée de l’Ogooué « de Richard Oslisly et Bernard Peyrot. De toute la vaste région rupestre de l’Afrique des territoires « contemporains » des Ba Bongo, Ba Teke, Ba Kongo, Tchok We et Ba Luba, c’est la seule représentation de ce genre, réalisée par percussion indirecte d’un burin de fer. Les découvreurs ont également mis au jour des bas fourneaux de 2200-1800 BP et de nombreux tessons de poterie aux mêmes décors. On en reste saisi, mais je ne saurais dire pourquoi. Cela doit parler intimement à mes origines d’humain, tout simplement.              

 

Lindili, gravures rupestres de l'Ogooué (Gabon), photo Richard Oslisly

Lindili. Ph. Richard Oslisly

  

 

Kaya kaya Gravures rupestres de l'Ogooué Gabon

Kaya Kaya

Enfin, Kaya Kaya en pays Ba Teke sur le Haut Ougooué, qui avait été découvert en 1968 par JP Pfiffelman (un géologue français), redécouvert en 1989. Sur un filon de grès quartzite (toujours pour les géographes, qui peuvent lire le texte original), des gravures à caractère sexuel : vulves gravées par incisions « suivant un sillon large et profond de section naviforme » sur des rochers de forme phallique. Le travail a été exécuté avec des outils métalliques, même si la technique d’éxecution et la thématique différencient les populations des métallurgistes des zones déjà mentionnées. Le thème est plus « banal », plus compréhensible que ceux des autres sites étudiés par Peyrot/Oslisly. Ces milliers de gravures, légèrement différentes, traduisent cependant une « unicité culturelle +ougoouéenne+ qui ne peut se rattacher aux sites déjà connus du Cameroun ou de l’Angola », selon les découvreurs.

 

Eternelles forêts vierges du Gabon ?

Ces zones de forêts primaires, vierges, impénétrables ou presque, inhospitalières souvent – bien que certaines eaux courantes soient exemptes de tout danger microscopique- que nous considérions comme inhabitées sauf par de rares sauvages, canibales forcément, barbares bien sûr, sans aucune civilisation digne de ce nom (malgré une certaine expression artistique longtemps reconnue, mais seulement du bout des lèvres), voilà qu’elles nous livrent un témoignage écrit de ce qu’elles n’ont pas toujours été vides de civilisations. En voilà une découverte ! Alors, ont-elles de toute éternité été des forêts vierges ? Sont-elles vraiment pour l’esprit moyen que je suis, un lambeau de paradis terrestre ? Non ! prouve Bernard Peyrot dans « Incidences écologiques, anthropiques et paléoécologiques sur l’évolution des forêts du Gabon », et les zones qu’elles recouvrent aujourd’hui ont été peuplées depuis le Pléistocène moyen.

La connaissance progresse. Comme le note ce professeur de géographie physique, le déboisement accéléré des zones tropicales trouble aujourd’hui les opinions publiques (cf l’engagement de la graveuse colombienne Juliana Gomez ) au point de pousser les pays qui les abritent à mieux connaître ces milieux pour les gérer plus rationnellement. C’est le cas du Gabon. Mais, comme partout où se manifeste une telle préoccupation, les études officielles portent sur l’état des massifs forestiers au moment où elles sont menées. D’où l’interêt de la mise en perspective « historique » qu’est ce travail publié en 2008 aux Cahiers d’Outre-mer – comme c’est loin tout ça », dirait Captain Cap en se versant un désalterant de sa spécialité ! Au Gabon, rappelle Bernard Peyrot, la grande forêt « masque les reliefs et presque tout l’espace d’une sombre couverture, homogène, à peine coupée par le tracé des rivières et parcimonieusement ouvert de quelques clairières de savane. Ce trait, joint à une situation de sous peuplement dans un milieu où la pénétration était très difficile, les populations peu nombreuses et éparses, est à l’origine de la conception selon laquelle le Gabon (et plus généralement la zone africaine de grande forêt ombrophyle) serait + l’espace figé d’une sylve inviolée, où la luxuriance végétale issue du tréfonds des âges est antinomique d’un passé humain + ». Du coup, jusqu’il y a peu le Gabon, notamment, était « perçu comme un enfer vert, vide d’hommes, dont le seul intérêt résidait dans sa forêt ».

 

Mousson guinéenne et changements paléoenvironnementaux

L’étude de Bernard Peyrot porte sur « la dimension diachronique (évolution des signes au cours du temps) des dynamiques forestières aux échelles du temps, qui intègreraient les dynamiques écologiques présentes et paléoenvironnementales, ainsi que les formes d’interventions humaines qui se sont exercées depuis des siècles ». Et alors ?  J’ arrive au fait : les traditions orales, les chroniques historiques font état « d’un espace peuplé et d’une grande mouvance des hommes » dont Bernard Peyrot étudie les traces dans les paysages et les sols, pour noter : « alors que s’estompe cette croyance en une forêt vierge, vide de tout passé humain, la considération d’une forêt primaire issue du fond des âges s’effondre ». Cette forêt, dans sa physionomie actuelle, est une jeunette d’âge holocène et porte « les stigmates d’importants changements environnementaux à l’holocène et au pléistocène ». Ainsi, près de 300 000 ans de préhistoire sont dissimulés sous les forêts et savanes d’Afrique de l’Ouest, et la pupart d’entre nous ne le savait pas. Mais que fait donc la maréchaussée ?   L’essai, synthèse entre approches naturaliste et humaine, souligne les incidences écologiques, humaines et paléoécologiques qui ont agi de manière croisée sur les forêts et révèle les grands changements paléoenvironnementaux sous l’effet des variations de la mousson guinéenne, lisibles dans l’analyse des paysages, des flore et faune…il met en évidence l’ancienneté des interactions entre ces lointaines sociétés et leurs environnements. L’emprise humaine sur le massif forestier gabonnais ne date pas de l’exploitation forestière des quatre derniers siècles, constate encore Bernard Peyrot dans son étude. L’évolution vers une forêt secondaire lisible dans la flore cicatricielle et invasive près des axes de communication comme dans des secteurs reculés, la découverte et l’analyse de fosses dépotoirs, de résidus de bois brûlés mais surtout « d’artefacts lithiques, de poteries anciennes, et de sites archéologiques préhistoriques reculent considérablement la dimension anthropique » au Gabon. Je recommande la lecture de l’article complet de Bernard Peyrot après cette édulcoration que je n’espère pas être une trahison. Il nous amène à travers l’archéologie préhistorique sur les peuplements anciens du Gabon et l’impact de ces sociétés sur les milieux. L’homme une vieille connaissance ? D’après les hautes terrasses alluviales à industrie lithique archaïque sur le cours moyen de l’Ogooué, « l’homme préhistorique serait présent au Gabon peut-être dès 300 000 ans », analyse l’auteur, géographe physique de terrain on ne peut plus rigoureux, rappellons-le. Une jeune holocène déflorée depuis longtemps…

 Forêts vierges d'Afrique centrale, photo Guy JJDurand

Forêts vierges d’Afrique centrale, photo Guy JJDurand

  Cette vue aérienne très fragmentaire du Bassin du Congo n’a rien à voir avec l’Ogooué sans doute; mais elle montre les forêts primaires ou déjà dégradées enserrées de cours d’eau , un paysage que l’on a longtemps cru vide d’hommes voire  « inhumain »…

 

 

Q : Un résumé de la semaine préhistorique en Afrique centrale ?

R: « Après une longue histoire paléolithique inscrite dans un contexte de savanes préexistantes à la forestation du pays à l’Holocène inférieur, un Âge de la Pierre récent, présent dès 60 000 ans BP, se concentre ca. (4) 1 000 ans BP dans les enclaves savanicoles. Un stade néolithique apparaît au IIe millénaire avant J.-C., avant de céder la place aux paléométallurgistes bantouphones, arrivés en provenance du Nord, vers 500-300 avant J.-C. »

Q : Il y avait des hommes partout, partout ?

R : « Les vestiges matériels de tous les stades de la préhistoire se trouvent essentiellement dans les zones ouvertes de savanes ou dans des secteurs d’enforestement récent… Une relation très étroite existe aussi avec la proximité et les rives des cours d’eau où les tailleurs de pierre trouvaient facilement la matière première abondante de leurs outillages (galets) et sans doute aussi du gibier, facile à chasser à la faveur des galeries forestières. »

Q : Quel milieu pour quelle activité ?

R : « D’après leurs morphologies, indique l’auteur, les industries préhistoriques du Paléolithique moyen répondraient davantage à des biotopes de lisière que de forêt dense. » En effet, si la forêt pluviale est prodigue en fruits comestibles, sa densité en herbivores accessibles à des chasseurs dépourvus d’armes de jet est inférieure à celle des savanes, et la disponibilité des ignames sauvages, qui vraisemblablement constituaient une ressource alimentaire de base est plus grande en lisière »… De même, « les industries microlithiques des chasseurs-cueilleurs du paléolithique supérieur, caractérisées par des armes de jet, sont indissociables des aires savanicoles et absentes des zones de vieilles forêts matures ». (Je ne donne jamais de citations et moins encore d’extraits des ouvrages dont je parle, mais pour ceux qui ne le liraient pas in extenso l’original, e ne résiste pas à déroger à ma règle habituelle, le texte étant prenant.)

Q : Les hommes de la préhistoire de l’actuel Gabon dans la forêt profonde ?

R : Ils « ont essentiellement vécu dans un environnement ouvert nettement moins forestier qu’actuellement et n’ont pénétré en forêt de manière ponctuelle qu’au néolithique », une expansion en conjonction « avec une dégradation climatique catastrophique intervenue vers 3 000 ans BP qui a ouvert des brèches dans le manteau végétal »; la maîtrise de la métallurgie aurait alors également facilité les déplacements.

Q : Qui alors a dégradé la forêt vierge ?

R : « Si l’on considère que l’homme des âges de pierre n’a vraisemblablement pas été en mesure d’attenter réellement à son environnement, l’essentiel de cette emprise s’est effectuée en deux périodes. L’une de faible impact, au début de l’ère chrétienne et jusqu’au XVIIème siècle, l’autre, plus sensible lors des migrations des XVIII et XIXèmes siècles », décrit Bernard Peyrot dans « Incidences écologiques, anthropiques et paléoécologiques sur l’évolution des forêts du Gabon ».

Q : Quid du changement climatique ?

R : Vers 500-300 BP, le « Little Ice Age Dry » constitue une oscillation sèche … »où les savanes s’étendent. Ces oscillations seraient caractérisées non pas tant par une réduction globale des précipitations que par des perturbations au sein des périodes humides et sèches », un Dipôle Atlantique Tropical, dont « les fluctuations entre anomalies thermiques positives et négatives contrôleraient les conditions et les caractères des saisons pluviales. » « Les paysages forestiers du Gabon tel qu’ils sont aujourd’hui sont issus d’une mouvance étroitement liée aux changements climatiques survenus au cours du Quaternaire récent. Les changements dans les dynamiques environnementales, plus précisément dans leurs régimes hydriques sont rapides, dans des laps de temps de 15 à 30 ans… Antérieurement à l’Holocène, où les forêts se sont installées, les paysages devaient être probablement une « mosaïque de forêts et de savanes ».

Q: Quel pourra être l’avenir de ces forêts vierges du Gabon?

R : Les forêts dégradées par l’homme se régénèrent assez rapidement, si le bioclimat le permet, en une forêt secondaire dont la biodiversité s’accroît. « Aujourd’hui comme hier, elles sont en équilibre bioclimatique fragile. L’accroissement de la variabilité saisonnière des précipitations constitue bien plus que l’exploitation industrielle une menace insidieuse et souligne la grande dépendance vis-à-vis des oscillations climatiques régionales et des changements majeurs potentiels ». Ainsi, conclut « Incidences écologiques, anthropiques et paléoécologiques sur l’évolution des forêts du Gabon », en Afrique Centrale, les forêts du Gabon constituent aujourd’hui encore un vaste et précieux sanctuaire, riche de données et d’avenir. Je laisse au lecteur le plaisir de lire le texte intégral mais je préviens qu’il dégageait à l’heure où il a été écrit un constat optimiste sur l’état de ces forêts et leur espace vital, au Gabon en tous cas, où plusieurs parcs nationaux ont été crées au début de ce millénaire (huit en 2002). Qu’en est-il aujourd’hui du projet de sanctuarisation de 3,6 millions d’hectares alors que le temps s’écoule à un rythme effréné et que l’homme ne se projète plus très loin ? L’ouvrage se lit comme un livre d’histoire: l’histoire de la vie des ces forêts dont l’oukoumé et l’éléphant sont les deux emblèmes actuels les plus connus, mais sans doute relativement récents : dans les sociétés d’humains « historiques » l’on a tendance à oublier les points d’origine des emblèmes et traditions et à les vieillir à l’origine de la vie humanoïde… Derrière la dimension géographique de l’écrit de Bernard Peyrot, malgré tout accessible à tous, des images mythiques, brûlantes, violentes, éternelles que l’on retrouve dans quelques écrits dont j’ai parlé ou vais parler :  » Le livre qui parle sans qu’on l’entende« ,  » La vie et demie » de Sony Labou Tansi, « Le pleurer-rire » d’Henri Lopes, « Poto Poto » d’Erich von Stroheim, ou dans un autre registre « Le crime du Congo belge » d’Arthur Conan Doyle, juste quelques titres à compléter plus tard.

  • Les gravures rupestres de la vallée de l’Ogooué par Richard Oslisly et Bernard Peyrot, éditions Sépia 1993, préface d’yves Coppens.
  •  Incidences écologiques, anthropiques et paléoécologiques sur l’évolution des forêts du Gabon, publié aux Cahiers d’Outre-mer, la revue géographique de Bordeaux n°241-242 datée de janvier-juin 2008.

Notes :

  • L’Ogooué, « petit » fleuve gabonnais de 900 km, prend sa source au Congo, pique au Nord-Nord-Ouest, puis plein Ouest avant de filer Sud-Sud-Ouest jusqu’à l’Atlantique au Sud de Port-Gentil.
  • BP = Before Present , basée depuis 1950 de notre calendrier sur la datation au carbonne 14, le BP mesure un âge vers le passé, avec d’importantes  variations possibles.
  • Ca = circa = autour de.

À l’époque de la découverte publiée dans cet ouvrage, Richard Oslisly docteur en préhistoire, était chercheur au laboratoire de préhistoire du Museum d’Histoire Naturelle de Paris et Bernard Peyrot professeur de géographie physique à l’Université de Bujumbura (Burundi). Bernard Peyrot et moi avons arpenté les mêmes sols tropicaux, moi en étudiante un peu tire-au-flanc, lui en futur prof de fac de géograpie physique. Nous le considérions alors avec respect et distance pour son sérieux déjà professionnel et avec sympathie pour sa modestie et sa gentillesse avec les « fruits secs » de sa promo. Merci donc à Bernard Peyrot de m’avoir autorisée à rendre compte de ses deux textes, en le priant de m’excuser de les avoir réduits à la portion congrue. Mais j’espère que ceux qui ne connaissent pas la géographie auront ainsi l’eau à la bouche au point d’essayer de se lancer dans leur lecture in extenso; quant aux géographes, « ça va de soi ».

  • Incidences écologiques, anthropiques et paléoécologiques sur l’évolution des forêts du Gabon  Résumé sérieux :

Considérées comme des forêts primaires ayant toujours existé, elles font l’objet d’une exploitation industrielle capitale pour l’économie nationale et depuis peu, d’études scientifiques dans l’optique de la définition de politiques de conservation de leur biodiversité comme d’insertion dans un développement durable. Divers indicateurs montrent que ces forêts sont fragiles et très sensibles aux aléas environnementaux. Dans leur physionomie actuelle elles sont relativement récentes à l’échelle géologique puisque façonnées par les changements paléoécologiques de l’Holocène mais aussi du Pléistocène dont elles portent les stigmates. Dans un contexte de sous-peuplement il apparaît paradoxalement qu’elles n’ont pas échappé à une emprise humaine, perceptible à divers degrés, et qui a laissé des empreintes discrètes mais significatives s’avérant très anciennes et généralisées. Aujourd’hui, bien que sous la menace d’une exploitation forestière accrue jointe à un accroissement de la variabilité pluviométrique, la déprise humaine due à l’exode rural favorise la conservation des écosystèmes forestiers.

  • OSLISLY R. et PEYROT B., 1996 – Lopé II, un indicateur de transition paléoécosystémique dans la moyenne vallée de l’Ogooué. Comptes-rendus de l’Académie des Sciences, Paris, t. 323, série II a, p. 933-939. OSLISLY R. et PEYROT B., 1992 – L’arrivée des premiers métallurgistes sur l’Ogooué. Gabon. African archaeological Review, n° 10, p. 129-138. PEYROT B., 2006 – Le Transgabonais, vecteur économique stratégique du développement du Gabon. In : CHALEARD J.-L. ; CHANSON-JABEUR Ch. et BERANGER Ch., dir. – Le chemin de fer en Afrique. Karthala-PRODIGSEDET : Paris, p. 307-322. PEYROT B. ; OSLISLY R. ; ABDESSADOK S. ; FOUNTUGNE M. ; HATTE Ch. et WHITE L., 2003 – Les paléoenvironnements de la fin du Pléistocène et de l’Holocène dans la réserve de la Lopé (Gabon) : Approche par les indicateurs géomorphologiques, sédimentologiques, phytologiques, géochimiques et anthropogènes des milieux enregistreurs de la dépression la Lopé. L’Anthropologie, Paris, n° 107, p. 291-307. PEYROT B., 2001 – Dynamiques environnementales en Afrique centrale. Indicateurs géomorphologiques, écologiques et anthropogènes des dynamiques présentes et passées. Congo, Gabon, Rwanda, Burundi. Thèse HDR, Université Michel de Montaigne – Bordeaux III, 203 p. PEYROT B., 1989 – Paléoécolgie du Gabon à 15. 000 ans BP : situation théorique et implications sur la paléoécologie de la fin du Pléistocène. Nsi, revue du CICIBA, n° 6, p. 115-125.

 

 

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