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16 août 2017 – 16 h 38 min |

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Deux expositions que je recommande …

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Dérives et dérivés du pétrole : Nigeria et Guatemala

Soumis par sur 12 avril 2012 – 16 h 04 min

 

Contre Perenco au Peten, photo Prensa Libre (Guatemala) tdr

« Nigeria, l’éternelle marée noire » de Yann Le Gléau et Sebastien Mesquida et « Dérives de l’Art, dérivés du pétrole » sur le Guatemala de Gregory Lassalle, montrent deux marées noires peu connues du grand public, totalement impunies, respectivement dans le delta du Niger et au Peten, où deux mondes sont tués au mépris des hommes, de l’environnement, du droit et même de toute perspective économique.

Ces deux documentaires présentés au FAME (Forum Alternatif Mondial de l’Eau, Marseille 14 -17 mars dernier) m’ont particulièrement intéressée et choquée, moi qui ai connu les deux zones en question il y a 30 ans. « Comme c’est loin tout ça! », dirait Captain Cap. Loin oui, mais toujours actuel et- c’est bien là le drame- aggravé pour le Nigeria, surajouté au Guatemala à l’exploitation intensive et accélérée de l’eau, de ses forêts, ses minerais et… son (mauvais) pétrole !

Achat de conscience

Dans le delta du Niger (Nigeria) l’or noir est exploité depuis plus de 60 ans par des compagnies étrangères. La première marée noire, en 1956, n’a jamais été réellement contenue ; cette région, zone humide forestière avec une importante mangrove à palétuviers notamment, essentielle pour la planète, était alors peu peuplée et isolée des centres de communication et d’information ; on a donc laissé couler. Depuis, cela coule.

Dans les années 80 j’avais visité la région de Wari et les puits que gérait alors Elf Aquitaine ; c’était l’époque ultra violente du pays où les pirates attaquaient systématiquement les cargos en rade de Lagos (capitale fédérale en ces temps-là), volaient le pétrole à même le pipe-line, voire le puits. Le delta était déjà noyé sous une marée noire laissée à l’abandon. Les installations pétrolières dont avaient hérité Elf, Agip et autres nouveaux concessionnaires n’étaient pas de prime jeunesse, mais pour ce que j’en ai vu, Elf les entretenait relativement bien et évitait les déversements nouveaux; contenir les fuites le plus possible et réparer les dégâts étaient des priorités pour une exploitation rentable, mais lutter contre la marée noire antérieure ne l’était pas pour ces nouveaux concessionnaires, d’autant que leurs de permis portaient sur des zones légèrement déplacées par rapport aux exploitations antérieures.

Le film de Yann Le Gléau et Sebastien Mesquida montre le désastre qui s’étend sur la majeure partie du delta, aujourd’hui fort de 31 millions d’habitants, dans l’indifférence générale ; les compagnies actuellement exploitantes (notamment Agip, Shell et une française dont le nom n’est pas révélé) prennent prétexte des réels sabotages, vols et distillations-raffinages clandestins pour « laisser pisser ». En un an, plus deux cents sites ont été à l’origine d’une marée noire dans le delta du Niger. Les victimes ont fini par saisir la justice contre Shell ; David contre Goliath, elles déplorent le manque d’attention du monde à leur situation, la différence de traitement avec le golfe du Mexique où tout a été mis en oeuvre pour stopper la marée noire, réparer les dégâts et indemniser les victimes. « Pour le golfe du Mexique, le président américain est intervenu. Ici, qui va se soucier du delta du Niger ? D’autant que depuis 2008 la production de brut a diminué», remarque un témoin.

Wari veut sa forêt sans pétrole ; qui s’en soucie ? Ici même pas besoin pour les compagnies pétrolières d’adopter un « comportement de bon voisinage », une pratique de type WHASP qui permet d’enrober les manoeuvres bassement mercantiles comme le décrit Urs Schnell dans « Botteld Life » (Nestlé et l’eau potable dans le monde)…

Requiem et Amen

En revanche on est en plein dans l’ « achat de conscience », la variante ELC (pour européenlatinecatho) de ce type de démonstration, dans le film de Gregory Lassalle intitulé : « Dérives de l’art, dérivés du pétrole ». L’auteur dissèque les procédés Dr Jekyll/Mister Hyde de la compagnie pétrolière française Perenco exploitante au Peten (Est du Guatemala). Dans son documentaire il nous entraîne de l’hommage aux mayas morts au requiem étouffé pour leurs descendants actuels.

La dite société Perenco, une compagnie pétrolière appartenant à la famille bretonne Perrodo -si !si !cela existe!- est présente dans seize pays, achète des puits en fin de vie dans des zones difficiles où les majors ne prennent plus le risque d’exploiter un pétrole de mauvaise qualité et de faible rendement ; petit à petit, dans la discrétion, la famille Perrodo est devenue la 40ème fortune de France…

Au Peten, l’exploitation du pétrole par Perenco tue lentement mais inexorablement les Indiens vivant sur les terres de leurs ancêtres, une culture Maya qu’ils avaient sauvée et qui les avait sauvés depuis des siècles.

L’exploitation dans des conditions techniques catastrophiques se fait, comme dans le delta du Niger, au mépris total de l’environnement, du vivant et même des intérêts économiques à moyen terme de l’exploitant. Profit immédiat d’un brut de qualité exécrable, voilà qui révèle une certaine bêtise me semble-t-il !

Qui a connu le Peten d’il y a 40 ans, ses jungles certes traversées de trafiquants d’ouvrages d’art Maya, (ils se faisaient héliporter pour scier les stèles et les embarquer) …mais abritant des communautés en parfaite harmonie avec la nature, leurs voisins et leurs croyances… est atterré par les images du films de Gregory Lassalle : sur de vastes zones, la forêt primaire est devenue un terrain découvert où poussent palmiers, robiniers et autre flore tertiaire, des « pipe lines » et « puits » courent en réseaux de vieux tuyaux sans soin, laissant échapper partout du pétrole qui imbibe les rares sols cultivables. Les villageois ont été expulsés de leurs villages qu’ils habitaient depuis toujours ; réfugiés plus avant sur des secteurs de forêt encore épargnés, ils ont défriché de petites clairières, construit des huttes et cultivé de minuscules champs pour leur survie. Pas moyens d’envisager de produire pour vendre : aucune piste ne parvient jusqu’à eux. Isolés ils « attendent la mort »pas n’importe laquelle, mais de « morir por hambre », selon leurs propres termes. «¿ Porqué? no nos oyen », demandent, dignes comme tous les Indiens du Guatemala, ces rescapés agonisant d’une guerre totale. Aujourd’hui, alors que le Peten est devenu un centre de transit, dépotage et renvoi, de la drogue vers l’Amérique du Nord, l’armée régulière guatémaltèque « protège » les installations pétrolières; contre quoi ? contre qui ? et jusqu’à quel point ? Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de population Indigène sur place ?

Majors, petites, igual pour les pétroliers

La famille bretonne Perrodo, à qui appartient Perenco, n’a jamais du voir ces images ! Elle ne doit pas savoir ce qui se passe dans cette zone perdue de l’Amérique centrale !

Car, par un mécénat artistique avec le Musée du Quai Branly, Perenco a affiché en 2011 une admiration, un amour et un désir de « préservation » (on ne dit plus protection, trop trivial!) des vestiges des anciens Mayas, de leur civilisation, de leur Art.

L’exposition au titre un rien cynique (« Mayas, de l’aube au crépuscule »), était organisée avec le concours de l’archéologue qui a découvert le site en 1978 et qui travaille maintenant avec (ou pour, je ne sais plus très bien ce que disait le film) la société pétrolière Perenco. Elle présentait les plus belles pièces d’ « El Mirador » et celles récoltées depuis la fin des années 70 par Fernando Paiz, un des plus grands collectionneurs guatémaltèque actuel.

L’archéologue en question parle avec enthousiasme du projet de création d’un complexe hôtelier de luxe sur le site « El Mirador »…Vers une privatisation du patrimoine Maya ?

Delta du Niger, forêt du Peten… Tout le monde s’en moque. E la nave va!

  • Si « Nigeria, l’éternelle marée noire » de Yann Le Gléau et Sebastien Mesquida
  • et « Dérives de l’Art, dérivés du pétrole » de Gregory Lassalle

sont annoncés quelque part, allez-y, vous ne le regretterez pas.

Prochain billet sur Xiquin Senahi (Guatemala)

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