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28 septembre 2016 – 14 h 37 min |

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De la source à la bouteille : Juan Pablo Palladino Tyrrell et Urs Schnell

Soumis par sur 19 mars 2012 – 10 h 16 min

A qui appartient l’eau ?

pecheur colombieJ’ai choisi de parler de deux documentaires de création très forts présentés au Forum Alternatif Mondial de l’Eau (FAME) sur l’accession à l’eau potable, de la source à la bouteille. Il s’agit du film « El Nacimiento » (la source) de Juan Pablo Palladino Tyrrell qui montre le Salvador d’aujourd’hui sans eau potable et de « Bottled life »  (la vie en bouteille) d’Urs Schnell qui nous dévoile les conquêtes du Nestléland.

Entité fondamentale commune aux diverses variétés d’un même corps simple ainsi qu’aux combinaisons de ce corps avec d’autres corps (Elément, selon Larousse GDLE), l’eau distingue donc notre planète des autres, comme l’air. Dès lors, l’eau  peut-elle être la propriété de quelqu’un en particulier ? Et l’air un jour sera-t-il payant ?  privatisé ?

Ce FAME a été pour moi l’occasion de retrouver des pays où j’avais vécu ou que je connaissais il y a longtemps.  Terrible constat !  Depuis 30 ans, paupérisation généralisée, dégradation irréparable de l’environnement, acculturation forcée de peuples en harmonie avec la nature, mise en place de jougs industriels sous couvert de progrès, accaparement du vivant et des biens communs par des puissances économiques, mise en place d’un système niant la chose publique et la valeur de l’individu.  Brrr…  Déprimant ! Pas besoin de classement politique « droite/gauche » : c’est le règne de l’absurde contre le bon sens, l’immédiateté contre la projection, le profit immédiat contre l’avenir de ses descendants, en fait le règne de … crétins suicidaires, dans le meilleur des cas et au bénéfice du doute. Dans les nombreux documentaires présentés, dont certains de création, on retrouve les mêmes désastres et catastrophes humains et environnementaux qu’il y a 40-50 ans, mais empirés en ce début de XXIème siècle. Le monde ne tourne pas rond.

L’eau manquera avant le pétrole

 « El nacimiento » nous emmène au Salvador, passé de quelque 2,5 millions d’habitants au début des années 70 à 7 millions en 2011, où 98 % des rivières sont aujourd’hui taries et où le rio Acelhuate, principal système de drainage hydrographique du pays et seul en eau, est dangereusement pollué. Sa pollution aux métaux lourds, aux rejets industriels et aux eaux usées en fait un  danger  » vital pour le vivant » que, déjà en 1998, les militaires américains dans un rapport publié sur le Net disaient irréparable.  » Il faut éviter tout contact avec l’eau du fleuve », préconisait ce document que je viens de découvrir.

Juan Pablo Palladino Tyrrell nous montre les habitants d’Aguilares n’ayant à leur disposition qu’une source, elle-même en piteux état. Nous sommes atterrés et indignés des conditions de survie de ces victimes – le mot qui me vient à l’esprit en effet est « daminificados », qui luttent contre la mort, contre l’inertie, l’indifférence, l’inconscience criminelle des autorités et des citoyens protégés, comme nous le sommes dans nos pays riches.

Comment un tel pays en est-il arrivé là ? Construction de barrages et détournement de l’eau au profit de grandes entreprises agricoles et industrielles qui rejettent aux fleuves leurs effluents  » bruts « . Il faut préciser que le Salvador n’a pas d’usine de traitement des eaux en tous cas sur le Rio Acelhuate, pas de politique de l’eau ni de protection quelconque de l’environnement (un projet de loi resté au stade de projet), alors quid du droit à l’eau dans la Constitution ?Lueur d’espoir pour la communauté d’Aguilares qui est maintenant aidée concrètement par la fondation CORDES (née des besoins que créait le retour ou la réinstallation des populations déplacées par la guerre) et la Communauté de Valencia (Espagne). Le film se termine sur cette note positive, mais on en sort plus conscient que jamais que l’eau doit être, comme l’air menacé, un éléments vital inaliénable et respecté.

 Et il ne suffit pas de l’écrire, il va falloir se battre même dans nos pays encore préservés, si j’en crois Urs Schnell dans son remarquable  » Bottled life  » qui montre la sournoise prise de pouvoir sur l’eau potable du groupe Nestlé. J’ouvre une parenthèse pour rappeler qu’il y a bien longtemps, (post-guerre du Biafra ?), le groupe avait déjà montré ses longues dents incisives contre des projets de culture de spiruline pour sauver des populations affamés, avec des méthodes douteuses et violentes…La spiruline depuis utilisée dans les régimes de confort des pays riches !

 Seule l’eau peut assurer la survie de Nestlé

 Le film d’Urs Schnell nous révèle comment Nestlé commercialise, dans les pays émergents principalement, une eau souterraine prétendument enrichie par ses soins de minéraux dont le groupe garde la composition et les quantités secrètes, sous la marque Pure Life, aujourd’hui la plus vendue dans le monde, résultat d’une longue pratique de captations, de noyades de poissons, et de plongées en eaux troubles.
 » Bottled life » commence dans le délicieux état du Maine verdoyant, calme, paisible, riche,  un paradis sur terre où aucune pollution n’a pénétré. Un Etat démocratique, doté d’un arsenal de protections des citoyens. Et qui sont éduqués, informés. Et bien Nestlé a réussi le formidable exploit de capter leurs eaux profondes et pures et de revendre l’eau en bouteille sous la marque Poland Spring (sponsor du marathon de New York). Si de rares citoyens du Maine sont sensibles aux marque de bon voisinage comme  le café offert par la marque ou les petits investissements (terrain de sport par exemple), en majorité les habitants de Fryebourg se sont unis, ont levé leurs boucliers et réussi à  » limiter les dégâts ». Une prévision de baisse des gains de la part de Nestlé les a peut-être aidés. « Ce sont des rapaces, ils agissent comme les entreprises minières « ,  » l’eau est un bien fondamental, pas une marchandise », déclarent plusieurs témoins.

 Mais Nestlé qui exploite déjà l’eau en bouteille sous 70 noms différents (San Pelligrino, Perrier  par exemple) n’abandonne pas  ;  le président du groupe Peter Brabeck  explique :  » après avoir réfléchi à ce qui pourrait assurer la survie du groupe pour encore 140 ans ( et pourquoi pas 200 ?) je n’ai vu qu’une marchandise : l’eau…Notre intérêt est qu’une source produise à long terme ». C’est pourquoi Nestlé a lancé dans les pays émergents son eau Nestlé Pure life, aujourd’hui la plus vendue au monde.  » Pure Life is our jewel in our portofolio », dit Peter  Brabeck.

 Pour arriver à tel succès, la société fore les eaux souterraines profondes (on peut estimer que c’est un moindre mal si c’est pour la boisson car au Pérou on puise dans les eaux souterraines profondes pour irriguer  la culture d’asperges, une culture d’exportation gourmande en produits chimiques qui n’est pas aux mains de paysans locaux. cf les travaux de Maria Teresa Oré Velez de l’Université catholique du Pérou).

Nous voilà donc au Pakistan où l’eau du robinet, de très bonne qualité, pâtit de la vétusté et du mauvais état du réseau de distribution. Aubaine pour Nestlé qui a inondé le pays de sa Pure life en bouteilles, avec une campagne de marketing (affichage etc.) parfaitement étudiée au point que son eau se vend comme des petits pains dans les classes supérieures certes, mais surtout dans les classes moyennes et moyennes basses qui ne veulent pas être en reste. La société met le paquet, c’est la mode d’arborer une bouteille dans la poche comme en d’autres temps et d’autres lieux un peigne dans la chevelure puis plus tard un  transistor  à l’épaule. Sauf que le marché de l’eau est bien plus pernicieux que celui du peigne fut-il en plastique. En effet, elle est captée là où elle est de la meilleure qualité et les nappes diminuent, les puits autour de lieux de captage asséchés.  » C’est l’eau du robinet d’avant ! Avant on la faisait bouillir et la filtrait, maintenant elle est transformée en marchandises et coûte beaucoup plus cher », disent plusieurs témoins.

L’eau tue plusque Sida +guerres +accidents

A qui appartient l’eau ? Nestlé a-t-il le droit de la capter ? Lahore n’a jamais étudié la question et dans cette course de vitesse a déjà perdu.
Comment appliquer à l’eau un droit universel ? Cela semble absurde au président du groupe Peter Brabeck qui prévoit que  » l’eau manquera avant le pétrole « .

 Lagos, ville tentaculaire aux infrastructures déficientes, boit de l’eau en sachet produite localement par une petite société locale AKURO Bottling. Pure life ne devrait en faire qu’une bouchée, mais Coca et Pepsi sont en travers de son autoroute : conscientes que les gens se détournent des sodas  elles ont lancé marques d’eau en bouteille. Pour le moment dans ce pays corrompu, désorganisé et de plus en plus pauvre, où 70 % de l’eau se perd avant le robinet, Nestlé pompe dans la lagune à Makoko, aux aguets. Le marché est prometteur : sur un budget quotidien de 1000 Nairas (NGN, soit 4,82 Euros) quotidiennes 500 partent pour l’eau potable et domestique. C’est une question cruciale au Nigéria où « chaque année,  l’eau tue plus d’enfants que le Sida, la guerre et les accidents réunis « .

 Là où existent des lois, comment les faire appliquer ?
Et, qu’est-ce qui est légal, qu’est-ce qui est du vol ? Qu’est-ce qui est moral ? Quel lien entre légal et moral ? Le président de Nestlé pose les questions en manière de pirouette.
Ce qui est sûr, c’est que le film d’Urs Schnell invite à refuser tout produit Nestlé.

 En illustration un pêcheur en  rivière en Colombie il y a 30 ans, avant que les eaux ne soient pollués et cet homme sans doute tué.

Prochain papier sur deux autres films sur les dégâts de l’exploitation du pétrole plus long papier sur le Guatemala

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