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Génocide des Arméniens avec Yves Ternon

Soumis par sur 14 avril 2015 – 8 h 36 min


Génocide des Arméniens,  

dans ses entrailles avec Yves Ternon

 « Pour les excès commis en route par la population sur les personnes connues, servant à la  réalisation du but poursuivi par le gouvernement, il n’y aura pas de poursuite judiciaire ».  Document officiel du  gouvernement turc à ses représentants en province, daté du 3 octobre 1915, cité dans  » Les Arméniens histoire d’un  génocide » d’Yves Ternon. Impossible de ne pas y reconnaître les faits de génocide.

 C’était il y a cent ans.  

Je republie partiellement ce papier sur  « Les Arméniens histoire d’un génocide » d’Yves Ternon, ouvrage ardu (Le Seuil 1977) où l’auteur dissèque le génocide très chirurgicalement, ce qui est normal pour le chirurgien qu’il est, et où le lecteur infiltre la plaie, fouille les entrailles parfois touffues, jusqu’au moment où le mal lui saute aux yeux et à la gorge : il est bien là, le génocide, tel que le disent les descendants des rares rescapés.

Génocide des Arméniens, le processus se met en place bien avant 1915, les racines du mal sont lointaines et irrationnelles, mais son cheminement est mis au jour, pas à pas, par le scalpel intellectuel du chirurgien qui rassemble documents, textes et témoignages – ou absence de documents, textes et témoignages, avec la rigueur de son métier initial.

Dans un article paru dans Le Monde du 4 avril 2015, Gaïdz Minassian cite l’historien turc Taner Akçam qui, au cours d’une rencontre sur le génocide des Arméniens entre chercheurs turcs, arméniens, européens et américains à Paris du 25 au 28 mars dernier, a mis en avant les relations entre les massacres de 1894/1896 et le génocide de 1905. « Le génocide n’est pas un fait, c’est un processus », dit Taner Akçam. Avant lui, Yves Ternon le démontrait dans son livre rermarquable : « Les Arméniens histoire d’un génocide ».
On a froid dans le dos en lisant Yves Ternon car l’on touche du doigt une meurtrissure bien pire que celle que l’on connaissait ; son ouvrage oblige à dépasser les clivages, craintes, auto-protections voire partis pris que le sujet a imposé à notre société occidentale depuis le 19ème siècle et même les mythes tel celui de Jean Jaurès (voir plus bas).

Dans l’ouvrage  d’Yves Ternon sur le génocide des Arméniens,  le contexte international est bien mis en lumière : indifférence générale, silences officiels mais intérêts économiques dans une période troublée, certes. L’auteur ne charge pas systématiquement la Turquie ou l’Allemagne ou une autre puissance, il ne pas dédouane automatiquement les arméniens, il montre leur erreurs. Mais il montre aussi que si la doctrine d’élimination n’a jamais été celle, future, d’un Hitler, si elle n’a jamais été théorisée par anticipation,  elle s’est mise en place par petits à coups restés sans réaction des puissances en présence (dans un contexte de guerre dès 1861 : l’Europe, les Balkans, la Crimée, la Russie, etc. ); il démontre qu’ elle n’en a pas moins fait l’objet, dans un laps de temps réduit, d’une programmation construite et planifiée, et que son application a été rapide, organisée et protégée : « pour les excès commis en route par la population sur les personnes connues, servant à la réalisation du but poursuivi par le gouvernement, il n’y aura pas de poursuite judiciaire « .  

A le lire aujourd’hui on ne peut pas ignorer le mal qui ronge peu à peu nos sociétés en ce début du 21ème siècle. Dira-t-on de la situation dans 30 ans : » on ne pouvait pas savoir en 2015″ ?  

 But poursuivi sur les personnes connues : génocide

 Si son style est parfois difficile, son écriture et le contenu plutôt faits pour ceux qui connaissent déjà bien l’histoire de l’Arménie, Yves Ternon met néanmoins sur la table les éléments objectifs du génocide et cela frappe tant le lecteur que, vilayet par vilayet, il vit la dépossession et l’expulsion des populations de leurs terres, il suit avec douleur les colonnes s’amenuisant au fur et à mesure de leur longue marche forcée vers les camps où elles seront parquées sans rien pour vivre, jusqu’à épuisement naturel, d’autres envoyées s’évaporer dans le désert, quelques personnes employées aux travaux du chemin germano-turc…

 Sur la carte actuelle, dans la partie turque de l’Arménie (ouest de l’Euphrate), je n’ai trouvé aucun nom des villages détruits et balayés il y a cent ans. D’autres noms, turcs, mais il faudrait en vérifier, et le sens, et la localisation précise. Idem pour l’ancienne Arménie russe, à vérifier.

Comment vivre lorsque ses grands parents ou arrière-grands parents ont survécu aux supplices décrits formellement ? Comment faire avec ces racines ? Et comment y a-t-il encore des personnes « normales » pour refuser, ou seulement banaliser, un fait historique aussi lourd ?

 Je croyais connaître l’histoire de l’Arménie et du génocide.  « Les Arméniens histoire d’un  génocide » d’Yves Ternon m’a donné une gifle magistrale. Sa lecture m’a paru indispensable. Je serais morte idiote si je ne l’avais pas lu.

Une question m’oppresse : pourquoi dans un monde qui se veut civilisé en arrive-t-on à commettre de tels crimes à répétition ? Car, depuis, « à la faveur d’une guerre »,  l’on a mis en pratique des théories d’élimination de catégories humaines ; l’horreur reconnue n’a pas suffi à arrêter cette folie meurtrière puisque, récemment encore, l’on a  fermé les yeux sur le génocide rwandais au motif que « là-bas  » c’était la guerre… Des travaux de checheurs cités par Gaïdz Minassian, dans l’article mentionné plus haut,  il ressort que les modes opératoires contre les Arméniens et les Tutsi à quelque temps et distance d’écart sont identiques.

Il est des génocides plus sournois sur des populations qui dérangent parce qu’elles ne vivent pas dans le circuit commercial mondial ; elles ne sont pas sous les feux de l’actualité, nous nous élèverons contre la destruction des ces  » personnes connues »  quand  le » but poursuivi » sera atteint et que leurs os blanchis seront exhumés lors d’un chantier de travaux publics. Toute ressemblance avec l’Amérique centrale ne peut-être que fortuite . De plus, il y a d’autres lieux d’autres hommes en danger de mort, face à la folie humaine institutionnalisée.

Et la France pendant ce temps ?

Petit rappel historique sur la position de la France et de Jean Jaurès en particulier qui passe pour le seul défenseur des Arméniens d’alors.

En 1876,  Abdül Hamid II règne sur l’Empire Ottoman qui vient d’être vaincu par les russes. Le Sultan rouge réprime avec violence les forces libérales, réformatrices, ou simplement opposées à son autocratie et, face à la menace étrangère, entend changer la démographie de la partie orientale de l’Empire (cf le Monde du 4 avril 2015).

Pendant l’été 94, plus de 200 000 arméniens sont massacrés. En France, c’est en janvier 1895 que Jean Jaurès publie un premier article intitulé « En Arménie » dans La Petite République de Millerand. Il interviendra à la Chambre de façon remarquée les 3 novembre 96, puis les 22 février et 15 mars 97. Le 3 novembre 1896 il dénonce l’exécution de 200 000 arméniens « avec une sauvagerie extrême par la cavalerie personnelle du Sultan » et l’échec de la « politique européenne de protection des minorités » prévue par le Traité de Berlin (1878).

Il faut souligner qu’il n’est pas le seul intellectuel ou homme politique à avoir pris position contre le Sultan Rouge, denoncé l’immobilisme des occidentaux et les complicités du gouvernement français, mais ses interventions d’avant la république des jeunes-Turcs sont ancrées dans la mémoire collective comme les seules exprimées alors.

Les massacres des Arméniens se poursuivent à grande échelle jusqu’en 1896, puis régulièrement et par petits coups systématisés les années suivantes.
Quand, en 1908, les jeunes-Turcs renversent Abdül Ahmid II ils sont soutenus par de nombreux arméniens survivants et de la diaspora. En France, le gouvernement Clémenceau et Jean Jaurès s’enthousiasment pour la révolution jeunes-Turcs.

Les 14, 15 et 16 avril 1909 en Cilicie les massacres en masse reprennent de façon organisée, les forces de l’ordre participant aux exactions. Puis, à Adana les 25 ,26 et 27 avril ce sont carrement les soldats turcs qui mènent les assassinats. 20 000 arméniens sont tués des façons les plus horribles qui soient.

En France, à la Tribune, le Ministre des Affaires Etrangères, M. Pichon, déclare que « les troupes ottomanes envoyées par le Sultan sur pression des européens ont participé au massacre de populations qu’elles devaient protéger. » Mais la révolution jeunes-Turcs est vue comme progressiste, moderne, démocratique, laïque, sans doute porteuse d’avenir pour les relations industrielles bilatérales. On sait aujourd’hui -(cf les travaux des historiens mentionnés par Gaïdz Minassian) qu’il y a sur la « question arménienne » continuité entre la Turquie impériale et la Turquie républicaine  « ainsi que les ressorts religieux dans l’organisation du crime » qui se poursuivra sous le nouveau régime en plus grave encore.  

Al’époque Clémenceau est  partisan de la non-intervention ; le 17 mai 1909 à la Chambre, Jaurès minimise le rôle des forces armées ottomanes et s’oppose à une intervention armée pour sauver les arméniens, oubliant ses engagements de 1896 et 1897 et répondant ainsi aux souhaits des représentants des jeunes-Turcs de ne pas mettre en danger le processus de révolution entrepris.

De nombreux intellectuels et parlementaires s’élèveront contre les massacres des Arméniens mais personne n’empêchera le lancement du génocide à Constantinople le 24 avril 1915.

  • Les Arméniens, histoire d’un génocide par Yves Ternon, Editions Le Seuil 1977
  •  www.imprescriptible.fr/
  • http://www.herodote.net/2
  • minassian@lemonde.fr A LIRE EN INTEGRALITE 
  •  L’article du Monde daté du 4 avril 2015 de Gaïdz Minassian qui relate les travaux d’historiens turcs, arméniens, européens et américains réunis à Paris de 25 au 28 mars dernier, complète parfaitement l’ouvrage d’Yves Ternon. J’aimerais savoir où et quand ces travaux seront publiés. .

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