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Causeries sur le développement des ressources naturelles au Viet-Nam en 1960

Soumis par sur 26 janvier 2012 – 11 h 28 min

 Et si l’on revenait à l’hévéa ?

  Historiens, géographes, vous qui vous intéressez à l’Asie du Sud-Est, ces « causeries sur le développement des ressources naturelles au Viet-Nam en 1960 » sont passionnantes. Le renouvellement des plantations d’hévéas, l’étude botanique et économique des forêts inondées (mangroves) et le devenir de l élevage de porcelets au centre de  Thuộc-Nhiêu, dans le contexte politique qui allait changer le pays, restent d’une acuité agronomique étonnante. Une fois n’est pas coutume sur mon blog, cette monographie éditée par le secrétariat d’Etat vietnamien à l’Agriculture mérite un petit résumé.

Rappel de la situation en 1960 : le Sud Viêt-Nam est engagé dans une lutte contre la guérilla du Viêt Minh avec la participation de conseillers stratégiques américains qui seront rapidement suivis de militaires ; dans les zones rurales peu sures, le gouvernement regroupe les populations en « hameaux stratégiques »; dans le même temps, le pays diversifie ses productions agricoles, accroît ses exportations vers d’autres pays que l’ancienne puissance coloniale, s’intègre dans la réalité géopolitique du Sud-est asiatique…L’hévéa est la grande production exportatrice, bien que le caoutchouc synthétique pointe déjà son nez ; les plantations sont aux mains de groupes tels Michelin.

La présentation de J. Bouthillon, traduit, à la lire aujourd’hui, le malaise du chef de la division de Phytopathologie et du Service Pépinières à l’Institut de recherche sur le caoutchouc du Viêt-Nam qui vivait la situation politico-économique décrite plus haut.

Dans sa communication, il considère en effet que l’hévéaculture est « incontestablement au début d’une période d’expansion » et d’un  » intérêt extrême » pour les planteurs comme pour l ‘Etat. Cependant, l’auteur craint que la « masse des capitaux consacrés aux nouvelles plantations ne soit pas inconsidérément supprimée », sans en dire expressément la raison.

Il est question d’envisager le remplacement des cultures les moins productives par un matériel végétal sélectionné haut producteur car au Viêt-Nam « les surfaces que l’on peut définitivement réputer non rentables sont très faibles ». Il souligne cependant que les abattages représentent un manque à gagner jusqu’ aux années 70, concluant : « dans l’intérêt même du développement de l’hévéaculture la règle qui s’impose est de replanter le moins possible car on peut maintenir la production de vieux arbres en diminuant le prix de revient ou augmenter leur rendement par nouvelles techniques », qu’il décrit précisément. Il termine cette communication à double lecture en prédisant  » l’offensive l’hévéa au Viet Nam »… Est-il vrai que les auditeurs de colloques n’écoutent que le début et la fin des interventions, faisant une petite sieste discrète entre ces deux temps ?

SOS mangrove…  et palétuviers roses ?

En ce qui concerne l’intervention de Nguyen Văn Chi sur les forêts inondées du Viêt-Nam, elle serait aujourd’hui utile aux pays ayant encore de la mangrove de palétuvier, je dis « encore » car cette formation végétale est de plus en plus détruite souvent par des développements touristiques.

L’auteur, directeur des Eaux et Forêts du Viêt-Nam, fait un recensement et dresse une nomenclature des végétaux de la mangrove et de l’arrière-mangrove du delta du Mékong (zone concernée), en indiquant les noms scientifiques, français et vietnamiens de chaque plante; il liste de la même manière la riche faune de la mangrove (dont trente-quatre familles de poissons et crustacés).

Pour chaque plante il décrit son utilité « pour charbon de bois », »pour faire gouvernails de barques et construction légères », »pour chauffage des briqueteries et des fours à chaux », « comestible », » pour pieux de fondation de maison », »pour les chaudières de chaloupe », « utilisé pour les courbes des sampans, gouvernails de barques, rouleaux versoirs de charrues et manches d’outils », « écorce se détachant facilement en lamelles au pouvoir iso-thermique supérieur à celui du liège « …

La sylviculture dans la mangrove a un fort pouvoir reproductif et Nguyen Văn Chi donne des conseils agronomiques notamment pour les plantations de palmiers d’eau et d’autres espèces.

Le plus beau de tous les cochons

Quant à l’étude sur Thuộc-Nhiêu, centre producteur de porcelets, elle m’est particulièrement agréable, moi qui suis du signe du cochon et qui adore le Heo Cõ, petit porc indigène, noir, à groin pointu, à tête légèrement concave, aux petites oreilles, à dos ensellé et ventre tombant, aux membres petits et courts,  au regard malicieux qui semble toujours sourire (en liberté bien entendu) et qui comprend tout lorsqu’on lui parle.

Petite ballade à Thuộc-Nhiêu  (région des neuf villages), situé dans la province de My Tho sur la route nationale 4 de Saigon à Càmau, où au bord du Mékong l’on dégustait des crabes au sel et une soupe sublime pourtant faite à l’eau du fleuve… Le bourg doit son nom à un mécène, Nguyen Thuộc, venu du centre du pays, qui avait offert un marché au village ; pour le remercier les villageois lui avaient attribué le titre honorifique de Nhiêu (qui dispense de corvées) et à sa mort avaient donné son nom au marché. Démoli pendant la « dernière guerre » (contre les Français), il fut reconstruit en 1954 sur les fonds du village ; depuis lors c’était,  à l’heure de cette communication, un important centre de production de porcelets.

Nguyẽn-Ngọc Minh, vétérinaire inspecteur de l’élevage, décrit mon cher Heo Cõ  (70 à 80 kg maxi) comme difficile à l’engraissement et peu rémunérateur. Tant mieux ! On le gardera comme animal favori.

Au début du siècle, dit-il, des jonques chinoises introduisent le porc chinois ou Heo Bõ ou Heo Vuông, de type médioligne, à groin court, tête fortement concave, au dos droit et large, à la peau noire ou tachetée, aux membres petits et courts, et le Hainan de type légèrement longiligne, à tête forte et allongée portant le plus souvent une tâche blanche au front, dos fortement ensellé et reconnaissable par une large bande dorsale noire bordée d’un liseré gris, aux membres fins et courts.

Le croisement autochtone Heo/Vuông donna de bons résultats mais les porcs craonnais importés par planteurs dans les années 20 donnèrent  le Bộ Xụ aux larges oreilles tombantes cachant les yeux, à forte ossature et aux membres longs et puissants, plus prisé.

 Fin de la construction de la route coloniale 16 Saigon-Camàu en 1924 (route nationale 4 en 1960), grand développement jusqu’à la guerre. En 1951 on  reprend l’élevage avec des Berkshire et Yorkshire importés de Hong Kong et de Manille et des croisements avec des métis craonnais. Excellents rendements..La communication poursuit avec des données importantes sur alimentation et hygiène destinées aux éleveurs…

Bien qu’écrits en1961, ce textes transmettent une connaissance qui garde une valeur didactique et exemplaire.En lisant ces causeries,  je pense à l’ouvrage  « Le Moyen-âge pour quoi faire ? » en particulier la partie écrite par Jean Gimpel qui donne  des clés « moyenâgeuses » pour sauver les pays ruraux pauvres actuels.

Causeries sur le développement des ressources naturelles au Viet- Nam Août 1960 secrétariat d’Etat à l‘Agriculture (à vendre au grenier-curieux.com)

 

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