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28 septembre 2016 – 14 h 37 min |

La dictature de l’algorithme, vade retro Facebook !
  
Cet automne, ma parano saisonnière est revenue ! Mais je vais en guérir, je sais d’où elle vient ! C’est la faute, non pas à Voltaire ni …

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Benoît XVI fait de « Rome » de Zola ma gourmandise de saison

Soumis par sur 3 mars 2013 – 15 h 51 min

Benoît XVI fait de Rome de Zola ma gourmandise de saison

Rome, 2ème tome de la trilogie Les trois villes d'Emile Zola

Rome, 2ème tome de la trilogie Les trois villes d’Emile Zola

« Rome » de Zola se déguste comme une gourmandise de saison en ces temps historiques de renonciation de Benoît XVI. Ecrit en 1896, le deuxième tome de la trilogie « les trois villes : Lourdes, Rome, Paris »  tombe à pic. Mais alors que dans ma jeunesse j’avais lu une virulente charge anticléricale, nourrie de la dénonciation, dans le tome un : « Lourdes », d’une superstition manipulée et dévoreuse d’esprits que tout lecteur ne pouvait que vomir, j’ai croqué avec plaisir tripes, coeur, cervelle, poumons, oreilles et même yeux de la « ville éternelle ».

Du coup, le héros, l’abbé Pierre Froment que lecteur suivra de Lourdes à Paris, n’est qu’un accompagnement, une sorte de pain grossier qu’imbibent toutes les sauces, les noires : jésuite, cardinale, noble, curiale et autres, les blanches : poisons, spéculations,déperditions et amours contre alliance, et les sauces rouges : misère, insalubrité, chômage (mais pas encore lutte des classes) que l’auteur lie, toutes, avec talent. On mariait déjà la vanille au maquereau dans la gastronomie de Zola, donnant alternativement à chaque ingrédient un peu de la saveur de l’autre ; quant au nectar de l’ouvrage, il se révèle un vin de messe en élaboration organoleptique agité par un vent de l’Histoire bien imprévisible en cette fin du XIXème siècle européen.

Je suis gourmande, j’adore les voyages ; aussi pour moi ce Rome de Zola, quel festin ! Un festin déambulatoire étalé dans l’espace et le temps non comme les gavages attablés des banquets Romains ; déambulatoire dans une Rome multiple développant ses odeurs au gré des balades, une Rome qui constitue le plat principal, assaisonné aux petits oignons d’une écriture aujourd’hui hors mode, mijoté, dosé, riche d’une grammaire épicée, de phrases amples, longues en bouche, liées sur quinze, voire dix-huit, lignes (je m’égare, il faut que je mette un point ou un point virgule, n’est pas Zola qui veut). Je reprends donc : « Rome » se laisse ingérer avec délectation, lentement, par petites quantités obligatoirement car l’ouvrage fait 751 pages, du moins dans l’édition Bibliothèque Charpentier Paris de 1903, alors 109 000éme tirage de l’ouvrage.

  Quelle minestra que ce « Rome »

Le lecteur gobe Rome à pleines narines,  la boit à plein palais, la savoure totalement depuis le fond de sauce païen pré-romuluéen et Romain dont le fumet imprégnera le lourd et consistant plat de résistance de la Rome papale jusqu’à la crème de l’entremet -unité-italienne en cours de préparation.

Les apports des cuisines voisines de la Maison de Savoie, d’Autriche et des divers régimes de la France compliquent la recette ; entre chaque bouchée ou goulée l’on prendra le temps de se replonger dans des connaissances historiques, lointaines, très fades et légères en ce qui me concerne.

Cela dit, l’ouvrage offre également un plaisir visuel en tableaux croqués sur le vif de la fin d’un monde. Lorsque je l’ai lu pour la première fois grâce à mon amie Corine D., qui possédait une excellente bibliothèque et comme mon ami Chester le Rat m’a initiée à certains plaisirs livresques, mon héros c’était Zola, ses idéaux, ses engagements, ses indignations, sa charge contre l’Eglise. A la relecture aujourd’hui, presque 120 ans après sa parution, Rome de Zola, m’emballée par sa puissance descriptive, vraie ou fausse. Depuis la Chapelle Sixtine et les palais délabrés d’un classe dominante alors moribonde, jusqu’au ghetto et aux « bidonvilles  » en passant par le développement immobilier débridé, la douloureuse gestation d’une unité politique et territoriale encore aujourd’hui mal passée, Zola nous mène dans le moindre recoin avec autant de finesse pour chacun. Quant à la société, c’est avec « empathie » comme on dit aujourd’hui (qui n’est pas synonyme de sympathie), que Zola la passe au crible.

Gare au « bouillon d’onze heures »

La charge contre le pape ? Depuis ma première lecture la vie m’a montré que le maintien d’un ordre et d’un pouvoir durement acquis au long des siècles interdit au détenteur un dévoiement quelconque, toute ouverture aux préoccupations profanes.

Je ne sais pas si le portrait au vitriol de Léon XIII par Zola est juste ; ce pape a laissé une encyclique sur la classe ouvrière, je n’ai pas lue et je n’aurais pas comprise si je l’avais lue ; je ne suis pas personnellement concernée par cette Eglise en particulier ni aucune autre, mais que Léon XIII ait été hyper conservateur, lui dont le « règne » est parmi les plus longs de la papauté, me paraît pour le moins normal, il était le chef d’une des Eglises des religions du Livre les plus structurées.

Aussi, que le pape Benoît XVI ait osé renoncer à sa charge me semble un acte hautement courageux et révolutionnaire … Mais gare aux poisons ! et même au simple « bouillon d’onze heures » qui, selon l’odeur dégagée en son temps, était mal passé chez « pauvre » Jean Paul Ier !

Je relirai les deux autres tomes des « trois villes » d’Emile Zola,mais, déjà, je sais que « Rome » aura ma préférence -ce qui n’était pas le cas il y a trente ans- parce qu’entre temps j’ai arpenté Rome du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest, la période des faits m’est plus proche, l’Histoire s’est décantée et la vie s’est chargée de remettre en place des rêves de jeunesse…

Ceux à qui je parle de cette récente relecture haussent les épaules avec un air indifférent ; « une vieillerie », sous-entendant que je suis moi même une vieillerie.  Or je suis convaincue que l’ouvrage doit sortir de l’oubli ; sa relecture est d’une saveur piquante que je souhaite faire partager à mes amis lecteurs.

Et voilà que le pape se met de ma partie !

 

  • « Rome » d’Emile Zola, deuxième volume de la trilogie « Les trois Villes Lourdes, Rome Paris » ; édition Bibliothèque Charpentier Paris 1903.

Dans lasérie » relire ses classiques » je pense à l’histoire d’un mec falot comme on arrive à les adorer…

 

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