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28 septembre 2016 – 14 h 37 min |

La dictature de l’algorithme, vade retro Facebook !
  
Cet automne, ma parano saisonnière est revenue ! Mais je vais en guérir, je sais d’où elle vient ! C’est la faute, non pas à Voltaire ni …

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Aldo Leopold : notre idée abrahamique de la terre

Soumis par sur 3 octobre 2012 – 13 h 07 min

Notre idée abrahamique de la terre…

vue d’un canal

Quatre jours de navigation à petite vitesse sur le canal du Rhône à Sète, en plein mois d’Août, me renvoient à l’exceptionnel « Almanach d’un comté des sables » (1948) d’Aldo Leopold, lu il y a quelque temps déjà, dont l’empreinte vivace nourrit sans cesse ma réflexion, mais si exceptionnel que je n’ai pu jusqu’à présent en fixer quelques traits par écrit. Je me lance aujourd’hui, sachant que les mots me manqueront pour ne pas affadir cette nouvelle merveille de mes lectures, car le vocabulaire et le style d’Aldo Leopold (1887-1948) sont, comme ses idées, d’une richesse indicible.

Comme l’auteur, je suis « des gens qui ne peuvent pas s’accommoder de se passer des bêtes sauvages », pour lesquels « la possibilité de voir les oies est plus importante que la télévision » … Aussi, ai-je joui de ce petit voyage entre Saint Gilles du Gard et Palavas-les-Flots à admirer canards de diverses espèces, poules d’eau, sarcelles, ibis (dont un sacré d’Egypte de près), pique-bœufs, aigrettes, avocettes, chevaliers culblancs, cygnes (et oies ou petits cygnes?) hérons divers, échassiers non identifiés, flamants roses, foulques, grèbes ( ? je crois avoir reconnu grâce aux photos de Jean Joachim), cormorans, grues cendrées et autres, une cigogne ai-je cru voir, martins pêcheurs,  huppes, hérons, sternes, fous et beaucoup de petits oiseaux que je n’ai pu identifier ni nommer.  Des lapins à foison, un ragondin ou un castor (pas vu la queue mais un spécialiste m’a confirmé qu’il y en avait, tout comme des émeus dans la Crau ; l’émeu c’est pour vous donner envie de découvrir les richesses insoupçonnées de la nature à portée de mains) et des poissons de toutes tailles : sandres, silures, brèmes qu’un pêcheur local a qualifiés d’immangeables… »Notre faculté de percevoir la qualité dans la nature commence, comme en art, par le plaisir des yeux »,  note Aldo Leopold ; à mes sens c’est tellement vrai !

 Trouver une pasque,

 un droit aussi inaliénable que la liberté d’expression

Ce petit voyage entre Saint Gilles du Gard et Palavas-les-Flots, dans une région pourtant relativement protégée de l’homme, m’a montré les blessures aux végétaux, aux animaux et à l’eau infligées par notre société du toujours-plus-toujours-mieux. vraiment, nous abusons de la terre ! Et les observations et analyses d’Aldo Leopold me sont revenues à l’esprit : c’est notre « idée abrahamique de la terre » qui nous fait abuser d’elle. Parce que « nous la considérons comme une matière première (« commodité » selon la traduction d’Anna Gibson ) qui nous appartient. Si nous la considérons, au contraire comme une communauté à laquelle nous appartenons, nous pouvons commencer à l’utiliser avec amour et respect ; la terre en tant que communauté voilà l’idée de base de l’écologie, mais l’idée qu’il faut aussi l’aimer et la respecter, c’est l’extension de l’éthique. Quant à la moisson culturelle, c’est un fait connu depuis longtemps et oublié depuis peu »,  écrit Aldo Leopold dans la préface à son « Almanach d’un comté des sables » publié à titre posthume en 1949 et réédité en 2000 par Flammarion.

Nous sommes »une société hypocondriaque tellement obsédée par sa propre santé économique qu’elle en a perdu la capacité à rester saine », poursuit ce visionnaire dont les lignes n’ont pas perdu une once de pertinence et d’actualité 60 ans après leur publication. N’ayant volontairement pas de télévision je me pensais immunisée intellectuellement contre le brouillage de la relation élémentaire de l’homme à la nature ; un brouillage tel, qu’à force d’accessoires et d’entremetteurs, la conscience de cette relation devient de plus en plus vague et confuse. « Nous imaginons que c’est l’industrie qui nous fait vivre, oubliant ce qui fait vivre l’industrie. Il y eut un temps où l’éducation rapprochait de la terre au lieu d’en éloigner », constate-t-il peu après ma naissance. En 1948, Aldo Leopold plaidait pour « un peu de mépris pour la pléthore de biens matériels… Un tel déplacement de valeurs peut s’opérer en réévaluant ce qui est artificiel, domestique et confiné, à l’aune de ce qui est naturel, sauvage et libre ». La question sous-jacente est : « les populations humaines obéissent-elles à des schémas de comportement dont nous n’avons pas conscience mais que nous contribuons néanmoins à perpétrer ? Est-ce une réalité que l’ontoegenèse répète la philogenèse  : le développement de chaque individu reproduit-il l’histoire de l’espèce au cours de l’évolution…?

La nature vierge,  une ressource qui peut diminuer

mais non s’accroître

« L’Almanach d’un comté des sables »  nous plonge dans le monde dans sa totalité : la terre, l’eau, l’air, les végétaux et les animaux dont nous nous sommes coupés, distingués, oubliant que l’humain était une partie de cet ensemble « terre », ni  la partie supérieure, ni la partie essentielle, une simple partie singulière comme chacune des autres, une partie  s’autorisant par sa grande ignorance et son sadomasochisme intrinsèques à détruire les autres éléments du tout et préparant ainsi, consciencieusement, sa mort en tant qu’espèce…

L’auteur nous parle avec un amour contagieux de la nature qu’il « co-naît » instinctivement et « scientifiquement » – je répugne à employer ce terme dont Aldo Leopold nous esquisse tous les dangers pour l’esprit, mais je n’en trouve pas d’autre pour nos cerveaux de 2012. Montrant le rapide processus de désagrégation de son monde qu’a lancé l’humain, l’ouvrage n’en est cependant ni pessimiste ni triste, ce sont même des sentiments contraires d’exaltation et d’espoir qui saisissent le lecteur à entendre  la vie de la nature, au fil des saisons dans un coin perdu du Wisconsin alors encore relativement protégé du progrès ;  dans la deuxième partie, Aldo Leopold nous entraîne dans son vécu écologique toujours actuel et même encore prémonitoire,  avant d’ouvrir sur le champ plus vaste de la philosophie et de l’humanisme. Le tout écrit MERVEILLEUSEMENT.

  • L’auteur est né en 1887 dans l’Iowa ;  forestier, diplômé de foresterie  à 23 ans, il sera responsable de 5000 000 hectares de forêt nationale américaine (Wisconsin). Il a fait toute sa carrière de chercheur et de gestionnaire sur le terrain et a été conseiller auprès des Nations-Unies pour la protection de la nature.

« La nature vierge est le matériau brut dans lequel l’homme a péniblement taillé cet artifice que l’on appelle civilisation ;  la nature vierge est une ressource qui peut diminuer mais non s’accroître ». AL

Almanach d’un comté des sables, suivi de : Quelques croquis d’Aldo Leopold,  traduction d’Anna Gibson,  présentation de Jean-Marie Le Clézio, édition Flammarion.

Photos : Mireille Durand et Jean Joachim pour la superbe poule d’eau

 

 

 

 

 Une autre bonne idée de la terre…

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