Lu de-ma bibliothèque »

16 août 2017 – 16 h 38 min |

Vite ! à Montolieu (Aude) ! « Manifestement singulier », Pierre Bettencourt ! Et « L’Internationale des Visionnaires », ou les sens cachés de la représentation humaine dans les collections Cérès Franco et Daniel Cordier.
Deux expositions que je recommande …

Lire l'article complet »
Lu de-ma bibliothèque

Plaisirs et découvertes d'une volumineuse bibliothèque familiale en plusieurs langues. Partage de textes curieux ou intéressants dont certains seront à vendre.

L'air du temps

Billet d'humeur sur le quotidien d'une vie. Où il sera question des plaisirs, découvertes et détestations, du mot et de l'image dans tous leurs états, des arts plastiques de la musique et de la nature. Sous Licence Creative commons

A vendre livres Vieux papiers

Livre et vieux papiers de la bibliothèque familiale à vendre. Intéressants par leur contenu en plusieurs langues, Demandez, je saurais si j'ai ce que vous cherchez ; mais il faudra me laisser le temps de trier et trouver. Pseudo sur le bon coin : greniercurieux.

Inédits ou épuisés en ligne

Des ouvrages inédits, ou épuisés comme le roman "Le feu sacré", roman d'aventure initiatique sur le feu de forêt à lire sur votre écran.

Heureux les orphelins stériles

Heureux les orphelins stériles ! Une saga familiale inédite, à suivre en ligne sous forme de feuilleton. Site sous creative commons.

Accueil » L'air du temps

SOS Saint Blaise site archéologique gréco-romain

Soumis par sur 7 mai 2014 – 8 h 05 min
Saint Blaise site archéologique gréco-romain situe sur un éperon entre deux étangs.

Saint Blaise du point le plus haut, à gauche l’étant de Citi, à droite celui de Lavalduc

 Mais il faut,  hors les murs,  marcher dans la  forêt, le long des  étangs, dans les champs de  pierres, renifler ce qui est  encore a demi  enfoui ou carrèment effacé, faire son  petit  Michel Chaillou, sauter de système de récolte  d’eau en port, en passant par les carrières et  les abris  sous roche, en empruntant des  sentiers que l’on  s’invente ou les autoroutes  romaines dont subsistent  des tronçons bien  cachés dans la forêt. Car l’enclos du  Saint Blaise officiel n’est  qu’une infime partie d’une  zone où l’homme  s’est pressé et se presse  encore attiré  par  l’eau douce, la mer, le sel,  les pierres… et   aujourd’hui le soleil.

 Voici, à  l’usage des randonneurs  d’un week  end, le  résumé de mon engouement pour ce  site  archéologique. Une merveilleuse balade  dans  le  temps, idéale  en ce printemps.

Saint Blaise,  un site  majeur en Europe occidentale méconnu voire oublié.  A  faire connaître et à sauver.

 Ce qui caractérise en premier lieu le site de Saint Blaise c’est la topographie.

 La topographie d’ensemble comprend deux éperons rocheux avec une différence d’altitude d’envions 20 mètres entre les deux sommets, le septentrional étant le plus haut. La pointe de l’ensemble est tournée vers le Nord. Ces éperons sont protégés par des falaises avec un à-pic de 75 mètres sur les étangs de Citis et de Lavalduc et séparés par un isthme (parking actuel). La partie Est-Sud de cet éperon est plus plate ; aussi est-elle protégée depuis toujours par puissantes défenses faites par l’homme

La patrie la plus au Nord est sauvage et d’accès difficile ; c’est probablement le point d’occupation humaine préhistorique avec système de recueil d’eau enfoui sous une végétation inextricable et de possibles abris sous roche.

L’ensemble constitue une barre -isolant Berre (toponyme indo européen signifiant plateau au sens géographique du terme) du golfe de Fos qui n’existait pas dans sa forme actuelle- formée de calcaires coquilliers dont peut voir un spécimen peu avant l’entrée du site officiel recouvert de calcaire gréso-marneux qui se décompose facilement et a permis à l’homme de faire des sols de rues et maisons de qualité remarquable. La partie « site archéologique officiel », entourrée de grillage, s’étend sur 5,5 hectares. 

Le site est occupé à partir du bronze final (900 av JC) puis de façon continue de 400 av JC au 1er siècle après, et enfin de façon irrégulière de 400 ap JC à 1390.

 

SAINT BLAISE PLACE FORTE POUR LE COMMERCE ET L’INDUSTRIE 

 

 

Saint Blaise site archéologique gréco-romain, détail du mur d'enceinte en faveur d'une place forte "utilitaire"
Saint Blaise, mur d’enceinte détail témoin d’une fonction utilitaire. Ph Mireille Durand 2009

       On est dans une place forte, un oppidum dont on ne peut dire si l’occupation était  indigène (sauf à la préhistoire peut-être et moyen âge sûrement) mais que tout désigne tout  au long de son occupation comme une place industrielle et commerciale gardée par une  garnison.

 D’abord la construction en soi : sur le site ne sont jamais respectés les critères de  construction esthétiques des différentes époques ni les finitions habituelles, pas de vestiges  ornementaux ou artistiques ; on a laissé les traces des outils de taille, cela penche pour un  objectif utilitaire exclusivement, d’autant qu’on n’a pas retrouvé non plus d’édifice  religieux, ludique, ni de forum ou de basilique, pas de bâtiment public, pas de thermes, pas  d’épigraphes, peu de dépôts votifs, une seule inhumation -et d’enfant.Dans toute l’histoire  de St Blaise on découvre une seule préoccupation : l’organisation de l’espace (rues,  décharges organisées et entretenues…).

Ensuite, la distribution des pièces des « maisons » qui sont des celliers à une pièce sans fenêtre et comportent presque toutes un four.
Enfin, les vastes hangars de dolia.

Les restes archéologiques confortent l’idée qu’on a une vaste zone de métallurgie et d’industrie alimentaire, et un entrepôt gardé par une garnison.

Mais alors une interrogation  : productions hautement stratégiques ?

On peut difficilement répondre aux nombreuses questions que pose le site de Saint Blaise car ce que l’on voit est le résultat du bouleversement des fouilles du début du 20ème siècle (Rolland et Bouloumié) qui ont détruit beaucoup de vestiges. L’on trouverait sans doute des objets dans les remblais des falaises faits des « détritus » des fouilles. Mais la maison du fondeur dans la ville haute et la maison des Jarres dans la ville basse, deux édifices remarquables et différents de tous les autres, ont été détruites par les archéologues responsables des fouilles ; de plus le classement des vestiges ne permet pas leur exploitation maximale. Quant aux travaux écrits, hélas ils manquent de rigueur ; au début du XXème l’archéologie manquait de crédit et d’équipes durables. Aujourd’hui on aurait le secours de disciplines complémentaires (études du sol vu du ciel etc. par exemple) s’il y avait un choix politique de conservation du site de Saint Blaise, classé Monument historique en 1943. Hélas !en ce début de XXième siècle le statut du site et le manque général de crédits empêchent le sauvatage de ce site majeur dans l’Europe occidentale.

 

 SAINT BLAISE MAIS QUEL NOM PROPRE ?

 

Pomponius Mela géographe romain, écrit au début du 1er siècle ap JC dans « Du monde et ses parties » que les peuples côtiers de l’embouchure du Rhône et de la Crau jusqu’à actuelle Marseille s’appelaient les avatici, « leur capitale était maritima au bord d’un étang, appelé par Pline mastromala ». Pline parle d’un peuple sur le territoire des avatici appelé kaineketai qui a battu monnaie ; on a retrouvé quatre pièces à Saint Blaise. ptolémée décrit le fleuve kainos, il s’agirait du gloulet de Caronte. Pour Maritima on a pensé à Martigues mais mastromela est le nom de l’étang et d‘un oppidum…Ce nom pour Saint Blaise est reporté sur la carte de Toulouzan éditée en 1821 dans le bulletin statistique des Bouches du Rhône.

Rufus Festus Avienus (1er siècle ap JC) traduit en latin le « voyage autour du monde » de son presque contemporain le grec Denis le Périégète : « Dans terres barbares des Salyens atroces, l’antique oppidum de Mastrabalae, sur un promontoire escarpé entouré d’étangs et marais que les habitants appellent cecylistrium. Le Rhône creuse là une vaste grève de cinq embouchures… » Salyens ou salves sauvages ? Les marais cecylistrium = étang de Cytis ? La linguistique permet d’oser confondre en un seul nom les différences écrites et orales de Mastrabalae et mastromala. Comme le note Strabon : « Tous les Celtes n’ont ni les mêmes accents, ni le même langage ». 

Quoi qu’il en soit l’oppidum est appelé Mastrabalé/mastromela au moins dans les traductions romaines des textes grecs. Il y a dans le monde grec une autre place forte au nom assez proche, il faudrait rechercher la toponymie et le sens dans les textes, ce que je n’ai pas fait.

Puis, de la période paléochrétienne jusqu’au haut moyen âge, St Blaise s’est appelé Ugium ; le mot ugio serait-il une déformation phonétique ou graphique de udus, humide, chargé d’eau, comme on le retrouve dans le nom Lavalduc ?

Enfin, au Moyen âge, le lieu est dit Castelveyre (castrum vetus = château ancien, vieux ; mais castrum vient de l’arabe kasr, place fortifiée). Il est rattaché à Saint Mitre au 14ème siècle et c’est sans doute à ce moment-là qu’il devient Saint Blaise, mais je n’ai pas cherché dans les textes moyen-âgeux.

 

SAINT BLAISE NOMBREUSES SOURCES HISTORIQUES

 

 Le site est souvent mentionné voire décrit : Hécatée de Milet, Hellanicus de Lesbos, Philéas d’Athènes, Scylax de Caryandée, Pausimaque, Damastes, Bacorus de Rhodes, Euctémon, Cléon de Sicile, Avenuis II, Artémidore, Etienne de Byzance. Grâce aux équipes du Musée d’Histoire de Marseille j’ai puisé dans les traductions d’ Hérodote, de Thucydide, de Pline, de Denys le Périégète, de Strabon et de Rufus Festus Avienus… J’y aurais consacré une vie tant le sujet est passionnant si le Musée n’avait fermé pour travaux, me forçant à accoucher un jour.

 

 L’ EAU A SAINT BLAISE

 

Saint Blaise, site archéologique gréco-romain, où semble se déployer un important système construit de fosses de recueillement d'eau Ph. Mireille Durand 2009

Saint Blaise, un système pour recueillir l’eau …? Ph. Mireille Durand 2009

 Sur le site de Saint Blaise on connaît trois sources : une à l’Est et deux à l’Ouest, captées ; on  n’a pas retrouvé de citernes, ni de puits, celui de la ville haute semble avoir été un essai raté  de captage de la source Ouest ; la technique de creusement est étrusque il est donc très  ancien.

 Sur une grande étendue, hors du site officiel, un vaste champ de cavités creusées dans la  roche in situ à differents niveaux du sol et de la masse rocheuse, laissées en place sans  alignement ni orientation, parfois se superposant, communicant entre elles par de petites  gouttières, rainures, ou sillons sur leur bords supérieurs ; chacune d’épaisseur, de  profondeur et de dimension propres allant de 20 cm à 1,50 m de long ; mais toutes à fond  incliné. Les guides parlent de nécropole sans qu’aucune dalle, aucun couvercle n’ait été repéré. En revanche quelques blocs taillés issus du creusement par çi par là. En fait il semble s’agir d’un ingénieux système de recueil de l’eau : pluie, condensation, rosée… selon les vents et en toutes saisons. Son inorganisation apparente pourrait être un dispositif sophistiqué. Il faudrait connaître le régime climatique de l’antiquité.

Saint Blaise site archéologique gréco-romain, détail des "fosses à eau"

Saint Blaise détail d’un « fosse à eau » . Ph Mireille Durand 2009

 Y –a-t-il eu une attribution des «fosses à eau », une gestion comme les rigoles d’irrigation  autrefois, selon une réglementation précise, par cellier/atelier ou par rue ? On peut  l’imaginer car il semble que le site n’ait jamais manqué d’eau ; or sa vocation industrielle  devait en demander régulièrement en temps et quantités. Par ailleurs, il reste au moins une  glacière très enfouie tout prés de l’enceinte Nord-Est et certains buveurs d’air (autrement dit  membres des Excursionnistes marseillais) en connaissent d’autres…

 Les routes que l’on peut suivre sur le plateau portent de profondes usures ; il faut distinguer  entre les usures irrégulières dues directement au trafic et celles réalisées par les  constructeurs (les ponts et chaussées grecs et romains) qui pour faciliter le roulage taillaient  en construisant les routes, aux passages délicats, des glissières pour véhicules et encoches  pour frein à main. Sur un tronçon de la route antique aujourd’hui dans les bois qui va de St Blaise à Martigues et à Port de Bouc on voit trois niveaux de creusement d’ornières qui correspondent à des niveaux de fréquentation comme les voies de nos autoroutes.

A St Blaise ce peut être pour l’eau mais aussi pour le transport des pierres qui ont servi à construire et reconstruire le site, pierres provenant des carrières de La Couronne…

La question de l’eau est-elle responsable du déclin du site, lorsqu’il  a perdu une partie de sa population ou de ses fonctions ?  Cette question de l’eau était de toutes façons cruciale même en bas du site dans les régions avoisinantes, comme en témoignent les faits lorsque Marius a occupé le pied du site : Marius venait creuser le canal destiné à relier Arles à la mer (sans doute les fosses Mariannes). Ainsi, dit Louis Mery dans l’histoire de la Provence en 1832,« le camp ou Marius avait installé ses légions quand il faisait le canal de la Durance à Arles et à l’étang de Berre était situé sur une langue de terre qui s’avance aujourd’hui entre l’étang de l’Estomac et de l’Engrenier sur un coteau nommé Mariet et ou Mariset. Un canal à l’embouchure duquel les massaliotes bâtirent la ville de Stomalimné établissait une communication entre la mer et ces étangs ; en disant que les fosses Mariannes dégorgeaient le Rhône dans le golfe nous prouverons que l’eau entourait ce camp au midi et à l’Est ; des marais le protégeaient à l’Ouest ; seul au Nord il était accessible ; aussi Marius fit creuser un fossé rempli des eaux du fond du golfe aujourd’hui étang de Lavalduc, conduisit ces eaux dans la partie occidentale du camp et les versa dans les fosses Mariannes ; des vestiges de ce fossé sont visible dans la partie septentrionale tout prés de Lavalduc ; ce camp était imprenable, seule l’eau douce manquait. Marius fit construire de grands réservoirs, de vastes citernes, dans la langue de terre qui s’avance entre l’Estomac et Eengrenier ; des aqueducs se déchargeant dans un vaste réservoir situé près de Mérindol (marii dolium, dolium de la mer ? ) recevaient les sources qui s’échappaient des collines à l’Est de l’étang ; un autre aqueduc attachant ses arches déliées à ce réservoir s’avançait soutenu par des arcades jusque aux marais et au golfe de Stomalimné, le traversait dans la partie la plus étroite et la moins profonde, permettait par l’élévation de ses cintres hardis aux bâtiments de transport de passer sous ses voûtes et arrivait aux citernes de la pointe de terre dont j’ai parlé. Les enceintes de deux de ces citernes de 30 m de long et larges respectivement de 6,40 et 10,40 communiquaient entre elles par un canal d’un mètre de large existant encore de nos jours .  (date de l’ouvrage de Louis Mery : 1832). Ce bras de mer où courrait l’aqueduc est devenu une langue de sable qui sépare l’Engregnier de la mer de Fos ; il a y peu de temps 77 arches atteignaient encore les collines de Mérindol. Le 25 décembre 1821 la mer franchit la chaussée de Fos, on prit les pierres de l’édifice. »

 

A SUIVRE… au prochain numéro

POSITION partie oppidum :43°27’ 43’’N et 4°58’ 57’’E altitude 178 pieds

Partie haute préhistorique 43°28’15’’N et 4°58’43’’ altitide 110 pieds

 

Laisser un commentaire!

Ajouter votre commentaire ci-dessous, ou trackback à partir de votre propre site. Vous pouvez aussi Comments Feed via RSS.

Soyez gentil. Gardez-le propre. Restez sur le sujet. Pas de spam.

Vous pouvez utiliser ces balises:

<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong> 

Il s'agit d'un Gravatar-enabled. Pour obtenir votre propre mondialement reconnu-avatar, s'il vous plaît vous inscrire à Gravatar.

Entrer le code captcha * Le temps imparti est dépassé. Merci de recharger le CAPTCHA.