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28 septembre 2016 – 14 h 37 min |

La dictature de l’algorithme, vade retro Facebook !
  
Cet automne, ma parano saisonnière est revenue ! Mais je vais en guérir, je sais d’où elle vient ! C’est la faute, non pas à Voltaire ni …

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Tremblement de terre Guatemala, bis repetita..?

Soumis par sur 8 novembre 2012 – 20 h 15 min

Guatemala tremblement de terre 4 Février 1976

Je ne sais pas ce que dira demain la dépêche AFP sur le tremblement de terre de magnitude 7,5 (Richter) qui a frappé le Guatemala le 7 novembre (2012). Aujourd’hui elle dit 48 morts, 155 blessés et 23 disparus. Cela me paraît hélas un bilan très provisoire dans ce pays où la pauvreté a progressé au rythme de la démographie. Et cela me renvoie au tremblement de terre du 4 février 1976…

La réunion des pays exportateurs de bananes battait son plein à Tegucigalpa (Honduras) lorsqu’en pleine nuit mon lit a traversé la chambre dans un bruit effroyable ; le perroquet de mes logeurs, à qui ils apprenaient en vain depuis des mois à dire deux mots, se mit à hurler « allons zenfants de la patrie, allons zenfants de la patrie… » Accrochée à mon lit, j’ai immédiatement pensé à la construction de la maison à flanc de colline, reposant sur des piliers. Surtout ne pas bouger peut -être qu’au moindre mouvement elle allait s’écrouler…
Au bout d’un certain temps, le téléphone a sonné, quelqu’un a répondu, j’ai entendu : « oui M. ambassadeur, je la préviens » et mon hôte marchant sur des gravats qui jonchaient le sol est venu me dire : « un tremblement de terre très fort, l’épicentre est au Guatemala, l’ambassadeur s’occupe de te rapatrier. »

C’est ainsi qu’à 10H du matin j’embarquais dans un chasseur de l’aviation hondurienne, avec cent kilos de médicaments qu’une religieuse avaient casés sur mes genoux et les dépêches de l’AFP qui donnaient déjà un lourd bilan provisoire. Nous avons survolé à basse altitude un pays dont on ne voyait pas grand chose, un nuage de poussière dense accompagnant les centaines de kilomètres que nous avons franchis. Au dessus de l’aéroport La Aurora, à Guatemala, un passage en radada : aucune activité, peu de dégâts sauf une large faille (« grieta ») en travers de la piste.
Un appel à la tour de contrôle, qui a répondu, et le pilote a choisi de se poser estimant la longueur de la piste intacte suffisante à l’opération. Il a fait un signe de croix ostensible et…le chasseur a touché terre, freiné fortement et s’est immobilisé avant la « grieta ».
A l’aéroport, une grande partie du personnel était en place, bien sûr l’entrée s’est faite sans aucune formalité, le pilote porteur d’un message de gouvernement à gouvernement a été entouré, moi j’ai pris un taxi. Le chauffeur avait perdu sa femme sous sa maison mais il était au travail : « il faut bien gagner ses centimes » pour nourrir les enfants. Non loin de l’aéroport, cependant, il a du déclarer forfait tant, dans cette zone alors presque péri-urbaine, les édifices en adobe écroulés effaçaient tout tracé de rue ; dans leurs ruines, les populations veillaient des cadavres, fouillaient les décombres à la recherche de quelque bien et saluaient mon passage d’un « que le vaya bien »…Quelques transistors rescapés donnaient des informations très locales de villages lointains ou de quartiers de la ville, délivrées et diffusées, je l’ai su ensuite, par les radio-amateurs, nombreux dans le pays.

J’ai remis les dépêches de l’AFP que l’on m’avait confiées sachant qu’aucune communication n’était possible vers et depuis le Guatemala « Allons tempérer l’ardeur des journalistes », a dit le représentant de la France.

Je suis partie à pieds chez moi, la poussière faisait comme un épais brouillard asphyxiant, il fallait escalader les décombres; il faisait froid , la terre tremblait. Pas un cri, les gens étaient silencieux dignes et affairés dans ce qui avait été leur foyer.

Pendant deux jours le ciel de la capitale est resté muet alors que d ‘habitude le survol des nombreux avions faisait vibrer les vitres et même les corps. Puis, le troisième jour, un énorme vrombissement terrifiant a redonné vie à la ville : un monstre volant faisait  un tour de rconnaissance. Chacun l’a compris et s’est ranimé : les secours arrivaient, enfin ! Les transistors annonçaient en même temps que l’immense chenille de la Conasupo était en marche. La Conasupo était un organisme gouvernemental mexicain de secours aux catastrophes naturelles. En l’occurrence, elle envoyait son train cuisine autonome, sur chenilles, qui allait rapidement fournir 300 000 repas chauds.

Déjà, dans les quartiers, les voisins avaient organisé des comités d’entraide qui surveillaient les ruines ; chacun partageait ce qu’il avait, un bout de jardin pour dormir sans se faire écraser par un pan de mur délabré, des provisions, des ponchos, des médicaments…

Le comité national d’urgence qui s’était rapidement constitué groupant toutes les compétences et disponibilités, avait lancé un appel ferme : toute personne trouvée fouillant dans des ruines autres que les siennes serait abattue sans sommation par la force publique mobilisée). Il y eut un mort de cette façon, mais aucun pillage contrairement aux centaines organisés, militaires en tête, lors du tremblement de terre de Managua (Nicaragua) quelques années auparavant.

Dès le lendemain je suis allée m’inscrire au comité d’urgence où l’on m’a présenté un couple de français de MSF Christine Soler et Jean Guichard qui arrivaient par monts et par vaux du Honduras voisin,cahin-caha avec leur land rover. Officiellement constitués en unité mobile, la Land chargée à mort de plus d’une tonne de vivres, médicaments et matériel de première urgence, nous avons été envoyés vers Chimaltenango où, nous a-t-on dit, les comités de villageois nous emploieraient au mieux de leurs besoins.

Nous avons mis presque deux jours pour franchir la cinquantaine de kilomètres du trajet car la route pan américaine était emportée par pans, des collines déplacées comme coupées au fil à beurre, des pentes éboulées…

Les scrapers étaient au travail et nous nous inscrivions, insecte minuscule, dans leurs traces fraîches, sans doute nous serions-nous réfugiés entre leurs roues si une secousse violente avait encore déplacé des montagnes…

Peu avant Chimaltenango, enfin une longue ligne droite intacte ! Nous accélérons un peu malgré les signes de villageois au bord de la route, quand, horreur! un DC 3 sur le point de se poser juste en face de nous. Nous avons eu le temps de nous ranger sur le bas côté sans verser. Les villageois nous ont expliqué que c’était la seule zone où pouvaient atterrir les « avionetas« (monomoteurs de tourisme très employés au Guatemala) et les DC3 pour évacuer les blessés graves. L’information circulait par le réseau de radio -amateurs et par les signalisations de chaque hameau : sur les poteaux ou les arbres un tissu hissé donnait les priorités , noir = besoin urgentissime de secours, rouge =grave, besoin des secours sans tarder, autre couleur = on contrôle les blessés pour le moment.

Nous avons été envoyés plus loin, à Comalapa. Cette charmante bourgade connue comme le village des peintres n’était que ruines, plus une maison debout ni une église et Dieu sait s’il y en avait, de belles et anciennes coloniales. Seules quelques colonnes et façades lézardées. La population s’était organisée ; le comité d’urgence villageois nous a formellement attribué un hameau situé au bout d’un piste à on ne savait combien d’heures de trajet mais en distance officielle de quelques lieues.

Si la population est agitée, revenez dormir ici, nous a dit un militaire. J’ai interrogé du regard les villageois du comité, ils ont souri.

Un garçonnet a grimpé sur les ballots du toit et nous a guidés vers Xiquin Senahi dont alors nous ne savions même pas le nom.

Je me souviens de chaque mètre de la piste en grande partie disparue, le paysage dévasté alternait avec des terroirs paisibles, bucoliques, mais silencieux.

Tremblement de terre : silence total

Nous sommes arrivés à Xiquin Senahi en fin d’après-midi ; les villageois avaient enterré leurs morts, déblayé la piste, dressé un tissu rouge en haut d’un pin (mon pin) trié les blessés par gravité.

Nous avons été accueillis dans le silence respectueux des Indiens du Guatemala mais avec une telle fraternité que nous nous nous sommes sentis de la communauté en moins d’une heure, le temps de saluer les survivants rassemblés au bruit du moteur sur ce qui restait de la place du village.

Le chef de la communauté cackchiquel Hermogenes Camey et Paulino Chuy le médecin indigène », (comme les médecins aux pieds nus de Chine; à Xiquin Senahi le médecin Indigène, outre une connaissance traditionnelle de l’usage des plantes, était formé pour dispenser des soins infirmiers et faire de la petite chirurgie , mais il n’avait plus aucun matériel à disposition quand nous sommes arrivés) avaient soigné les blessés légers, trié les blessés graves et dressé la liste des habitants du hameau avant la catastrophe et celles des morts enterrés.

Dès le début Hermogenes et Paulino nous furent d’un grand secours. Rapidement ils devinrent mes frères, ils me donnèrent même un emplacement où me faire enterrer, sous le grand pin à l’entrée du village.

Ce hameau cackchiquel possédait une école, effondrée, dont le préau nous a servi d’hôpital pour la consultation générale une fois les urgences traitées ; Il faisait une nuit très claire et glaciale, les coyotes n’avaient pas encore recommencé à crier. Christine Soler a fixé à chacun une tâche en parfaite intelligence avec le chef de la communauté Hermogenes Camey.

Dans la nuit, la sage femme que nous avions soignée plus tôt, est venue nous chercher pour une parturiente. J’ai fait remarquer au Dr Soler que la naissance chez les cackchiqueles était très ritualisée, que le nouveau né devait aussitôt trouver son totem. Elle a donc assuré à la sage femme qu’elle serait là en cas de besoin mais que personne n’était plus savante qu’elle pour faire naître un enfant. Un chaud murmure a suivi la traduction de Paulino. Au petit matin, la sage femme nous a annoncé que la mère et l’enfant se portaient bien (ce que Christine Soler est allé vérifier quelques instants plus tard en compagnie de la sage femme ) et nous a offert en remerciement un oeuf, le seul oeuf intact de tout le village et sans doute le seul oeuf avant plusieurs jours car les poules qui n’avaient pas été écrasées sous les parois des maisons étaient parties atterrées dans la campagne.

Le lendemain un hélicoptère évacuait nos blessés graves, nous laissait vivres, médicaments et vaccins… Le silence est retombé.

Les villageois étaient sous le choc; d’abord il y a eu un grand nombre de morts, plusieurs blessés graves, de nombreux blessés légers (pour ainsi dire personne n’a pas été blessé); ensuite les maisons et l’école étaient détruites, les puits asséchés , la « route » de plus ne plus effondrée car les répliques nombreuses et fortes ne laissaient aucun répit.

Le médecin a du administrer des neuroleptiques c’est ainsi qu’un muet de longue date s’est mis à parler, mal, mais à parler !

L’urgence réglée, Christine Soler et Jean Guichard sont partis, je suis restée et grâce à une formidable chaîne en Europe et au Guatemala, l’année suivante Xiquin Senahi renaissait de ses cendres…
Hélas, la suite est horrible, le village a été rayé de la carte, ses habitants massacrés…

 

Aujourd’hui les communautés Indiennes du Guatemala si elles échappent à un nouveau tremblement de terre (celui du 7 novembre 2012 ) n’en sont pas moins menacées d’extinction dans le silence général de leur pays et l’indifférences de l’occident. Comme les Arméniens il y a presque cent ans.

Je reprends ce texte, publié en 2012 dans une mauvaise rubrique,  non parce qu’il y a eu un séisme récent mais parce que le sujet me tient à coeur et il est un peu loin dans les archives de ce blog.

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