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10 décembre 2017 – 14 h 13 min |

Hello Johnny !
D’où viens-tu Johnny !
D’une poignée de terre ? 
 Hello Johnny ! !l aura fallu attendre le lendemain de ses funérailles pour qu’une radio officielle ne soulève, certes légèrement et à reculons, un coin du …

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Bon vent le Belem

Soumis par sur 17 août 2015 – 14 h 23 min

« Quelle galère », soupire un néophyte fraîchement embarqué sur le trois-mâts barque Belem tandis que le Cdt Jean Randier(*) montre les 188 points de tournage aux inscrits du 6ème stage organisé par la Fondation Belem. Vingt-cinq hommes et six femmes venus de toute la France pour cinq jours de navigation qui les conduira, avec l’aide bienveillante d’Eole, de La Rochelle à la pointe de Penmarch et retour, et leur fera vivre l’aventure de la voile comme autrefois. En montant la coupée, ce lundi là, une émotion faite d’appréhension et d’attrait me saisit à la gorge : qu’il est beau ce « dernier témoin de la flotte marchande française sauvé de la mort par les Caisses d’Epargne », mais qu’il est imposant du long de ses cinquante-huit mètres ! Les grands voiliers sont entrés dans notre mythologie comme symboles d’une vie, révolue maintenant, pleine de risques et d’expériences, et en voici un à mes pieds…

Je n’ai rien vu, rien compris depuis que l’on a levé l’ancre. Pourtant nous sortions en même temps que des centaines d’embarcations accompagnant les partants de la Route du Rhum…

Tous à la manoeuvre du Belem

L’après-midi se passe à prendre connaissance : de sa couchette, de son « tiers » et par là de ses quarts à la mer, de son poste de propreté et de sa corvée vaisselle. Puis, dans ce cadre précis, à prendre pied. Qu’est cette masse informe, vaguement sphérique (le ciel semble au-dessus des têtes), close (l’horizon est partout) ? Ses trois éléments : la mer, le vent et la nef, elle-même amalgame obscur de métal, de toile, de corde et de chair, sont hostiles à qui ne les connaît pas.

Mardi, après une nuit au mouillage tout va mieux. Aussi attaque-t-on avec vigueur et entrain le poste de propreté avant, pour mon « tiers », l’épreuve du premier des quarts à la mer qui rythmeront notre vie à bord.
Il y a trop peu de vent, le Belem n’avance que grâce à ses deux moteurs de 300 cv. Barrer dans ces conditions, une fois admis le principe de la transmission, est une opération agréable et flatteuse. Certes, garder le cap au 305 — »pas un degré de plus ou de moins », a dit le Cdt malicieusement — est un peu difficile, mais combien moins inquiétant que la veille sur le gaillard d’avant !
Ah! ce quart de vigie ! Dois-je signaler à l’homme de barre une bouée de pêcheurs aussi bien qu’un pétrolier ? La vigie est le poste qui m’a le plus effrayé : de nuit, par mauvais temps, dans un océan sillonné par diverses embarcations…
Pendant ce temps, aux côtés de gentils gabiers, quelques stagiaires montent dans la mâture avec, me semble-t-il, beaucoup de légèreté et de témérité. En fait, ils sont lourdauds, gauches et ont peur, mais l’obscurité cache leurs faiblesses dans cet exercice d’apprentissage de tout repos (on navigue encore au moteur).

Après mon quart de vigie, besoin de déstresser, j’ai couru me réfugier à la cuisine-cambuse où nuit et jour chauffaient de grandes marmites ; sans tenir compte des heures officielles de repas je me suis servie copieusement. Le Cdt Randier passant par là a manifesté sa surprise et sa satisfaction « on fera de toi un vrai marin », a-t-il dit en partageant une gamelle ! Cela m’a redonné confiance en moi et la cambuse a été mon QG en dehors du service.

Lendemain. Cours théoriques, repas, le temps passe quand, vers 16 h, un ordre fuse : « tout le monde à la manœuvre ! » Le vent s’est levé. On brasse les vergues à bâbord, passe les voiles dans l’axe tribord et une heure plus tard, moteurs stoppés, la plupart des 22 voiles sont établies.  Nous y avons participé tant bien que mal. Et alors que le baromètre descend, le Belem vogue sur une mer agitée avec un vent force 5 de secteur N.E. Nous ne nous en doutons pas du tout, mais c’est le commencement du plaisir.

18 h 00-20 h 00: quart à la mer. La barre est plus dure, une question sacrilège me brûle les lèvres : la barre est-elle indispensable à la marche du Belem ?
Dans la timonerie il apparaît que les cours dispensés par le commandant Randier et le capitaine Combot ne sont pas encore digérés. Mais pas d’affolement ! Dans tout apprentissage il y a des paliers de saturation, des courbes de régression et nous ne sommes partis ni pour le bagne ni pour le pensionnat comme le programme type, reçu avant le départ, pourrait le faire croire. Aussi, ce soir là, je m’endors vite. Dans mon sommeil j’entends ahaner l’équipage et à l’écrasement dans ma couchette je sens un fort roulis.

Coup de tabac sur le Belem

Quatre heures moins le quart : réveil. Pas évident de tenir debout, et déjà le mal de mer fait des ravages. Le quart rentrant est trempé et nous apprend que le Belem a filé des pointes à dix nœuds. Sur le pont tout est baigné d’eau et d’un gris épais sauf, à travers le rideau de pluie qui fouette le visage, de grandes tâches blanchâtres : les basses voiles éclairées par un projecteur. Mais nous n’avons pas le temps de nous attacher à cette vision de vaisseau fantôme ou de nous abandonner à la peur des intempéries, nous serrons le grand foc, la brigantine et la voile d’étai de grand perroquet, mais envoyons la brigantine de cape. Le travail est exécuté avec peine, malgré une précision des gestes ; nous souquons en rythme et, Oh ! surprise, j’ai trouvé spontanément dans la pénombre le bon point de tournage. Un virement de bord à bâbord amure mené rondement affine notre « aisance » et nous paraît presque un jeu.

Ce « coup de tabac » —relatif selon le livre de bord consulté ultérieurement— nous a aguerris; je n’ai ressenti ni froid, ni fatigue, ni peur, mais un grand plaisir et un sentiment de plénitude. Toute la journée suivante une mer agitée et un vent soufflant à force 6 nous ont tenu compagnie. Très vite je n’y fais plus attention et réalise, dans un éclair, que ce ne sont pas des éléments étrangers ou ennemis. Maintenant ils forment, avec moi, l’essence même de ce Belem : une vie propre, pas totalement apprivoisée si l’on en juge par les nombreux réfugiés dans sa cuisine, véritable ventre chaud et rassurant.
Dès lors les manœuvres des voiles m’ont semblé familières et leur logique s’est imposée à mon esprit d’exécutante. C’est une grande conquête de savoir que sa main est reliée au cerveau de quelqu’un par un bout ou une écoute !

Les dieux décidément bien « lunés » étaient avec nous : beau soleil et bon vent ne nous ont plus quittés. Dégagée d’une certaine retenue due à ma totale inexpérience, je peux m’occuper de relier entre elles les autres parties du tout et attaque, avec le détroussage de la marquise, les sommets de la mâture. Accompagnée, pour cette première, par le capitaine Combot je me hisse péniblement jusqu’à la hune du mât d’artimon. La mâture, c’est à priori le plus impressionnant. Les stagiaires avaient peur d’avoir le vertige ou de tomber. Moi, j’avais peur que les haubans ne claquent, que le marchepied (en acier) des vergues ne se rompe… En fait, il ne s’est rien produit de fâcheux et cette crainte est vite tombée une fois que j’ai mesuré mes possibilités physiques. Que le Belem est beau vu de la vergue de hunier !

Quelques souvenirs merveilleux lorsqu’au large de Belle Île nous croisons La Belle Poule et un autre navire école ; nous nous approchons et comprenons alors la tactique des batailles navales d’antan : « souffler » le vent à l’ennemi. Le Cdt Randier et son homologue de La Belle Poule décident de nous donner une illustration plus concrète et voilà que des boulets (oui oui ! de vrais boulets) fusent ! Il fallait être très proche de l’ennemi pour lui porter atteinte. Nos boulets respectifs tombent à l’eau et c’est tant mieux. Puis, pour nous rafraîchir, malgré le ciel bas et sombre, nous mettons deux canots à la mer et gagnons une crique sur la côte ouest de Belle Île. Là, certains dont moi digne descendante de cueilleurs chasseurs, ramassons des coquillages et les mangeons sans nous préoccuper de leur état sanitaire, et à quelques uns plongeons dans une eau à 15 degrés dont je peux dire que les pointes acérées nous percèrent la peau comme des milliers de fines aiguilles. Très bon pour la cellulite mais à cette époque là je n’en avais pas un gramme !

A notre retour à La Rochelle, quel bonheur d’être accompagnés en radada par la Patrouille de France en exercice dans le coin ! Le Cdt avait fait monter les stagiaires dans les vergues et je garde de cette vision des avions bourdonnant en dessous de nous une impression extraordinaire.

Apprivoisée et même conquise ! L’équipage grâce auquel chacun s’intègre à son rythme et selon ses possibilités y est pour beaucoup avec sa patience et sa pédagogie discrète.

Des 31  « stagiaires » embarqués avec moi,un certain nombre croyant partir pour une croisière se sont ennuyés, d’autres, espérant tout apprendre de la voile pour acheter ensuite un voilier ont été déçus et peu actifs, d’autres encore ont mal vécu cet enfermement et ce cadrage strict. Mais la plupart avait embarqué dans son sac ses tensions et inhibitions. Ceux-là sont redescendus à terre plus légers. Quant à moi la mer, le vent, la navigation, et le Belem m’ont beaucoup appris sur moi–même allant jusqu’à me révéler des points positifs ignorés…
C’était il y a plus de 20 ans. Le temps a passé. Si vous regardez bien la photo… C’était moi !

(*) Il y a belle lurette que le Cdt Randier a laissé la barre à d’autres. Je sais, ce n’est pas bien , mais faute avouée est à demi pardonnée : cette expérience commence à dater, je l’avais publiée dans Océans, une revue de mer aujourd’hui engloutie (gone with the wind) , puis sur un petit blog ouvert sur un site étranger… Je reprends ce récit car l’envie de mettre les voiles me reprend soudain, et certains d’entre vous auront peut-être la chance de naviguer cet été…

La marine à voile, la marine en bois… cf l’étude de J.B. Piétri sur les Voiliers d’Indochine 

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