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28 septembre 2016 – 14 h 37 min |

La dictature de l’algorithme, vade retro Facebook !
  
Cet automne, ma parano saisonnière est revenue ! Mais je vais en guérir, je sais d’où elle vient ! C’est la faute, non pas à Voltaire ni …

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Lu de-ma bibliothèque

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Berlin, douleurs fantômes

Soumis par sur 8 novembre 2014 – 17 h 33 min

                                                                                                                                                                                                                                                               À Chris Geoffroy   abattu près du Reichstag le 5 février 1989    

Berlin Festival of lights 2014                                                                                                                                                                           en essayant de franchir le mur 

         et dont la croix commémorative  aurait été enlevée  le 5 ou le 6 novembre 2014 par des manifestants.

  Retour de Berlin à la mi-octobre 2014. Ce n’est qu’au jour anniversaire de la chute du mur que je peux en parler, tant l’émotion   reste forte.  Saisissante, étonnante, désordonnée, déroutante, si marquée de cicatrices,envahie de tant de douleurs fantômes,  Berlin dérange.

  L’âme de Berlin (c’est le mot Seele qui me vient à l’esprit, aussi j’emploie sa traduction bien qu’en français « âme » soit restrictif)  m’a immédiatement captée. Des nuages noirs au dessus de la ville malgré le beau soleil automnal, des impressions de Sturm und  Drang d’une version à venir expliquent, sans doute, que je ne l’aie cependant pas idolâtrée.

 Berlin, douleurs fantômes

 

  Premier survol général : Berlin n’est pas une belle ville. Elle n’a pas l’harmonie historique de Paris, ni la vie de New York, ni l’exotisme de Londres. Mais quel charme ! provincial encore, avec des poussée avant-gardistes. Et une harmonie totale entre les hommes et la nature omniprésente et préservée. En fait d’urbanisme, pas d’agencement considéré comme typiquement allemand, mais des mélanges époustouflants ; la fantaisie contemporaine donne des résultats presque facétieux. Dans le domaine de la créativité et l’inventivité tout semble (encore) permis et possible. Je retrouve là une autre forme du génie allemand déjà bien connu en philosophie et en musique. Dans la Postdamer Platz, beaucoup de Nietzsche et de Beethoven, plus du relativement sage Peter Fox et de la poésie de Durs Grünebein (une de mes récentes découvertes). Ah ! Berlin !

Impression saisissante dès que l’on met le pied dans cette ville : un passé douloureux s’impose lourdement au visiteur de Berlin et sans doute à ses habitants. L’Allemagne qui a affronté ses démons avec succès, ne la joue pas à la française ; ici point d’ « événements d’Algérie » : les mots, les images, les faits sont crûment montrés. Sans doute est-ce ce qui a permis de réunifier l’Allemagne ? Une exposition sur la guerre de 14 au Musée d’Histoire de l’Allemagne d’une présentation inenvisageable en France : les responsabilités des atrocités et leurs conséquences sur le conflit suivant analysées et montrées noir sur blanc. Et pourtant ils ont encore des anciens combattants vivants, eux aussi ! Petite très belle exposition également sur la guerre de 14 au Musée Die Brücke.

A Berlin, pour moi, le mur, tel un membre fantôme, envoie des décharges douloureuses à chaque coin de rue. Il est tellement présent -oh ! pas physiquement ! – qu’il m’a paru dans mes pérégrinations imprimer sa marque à la population. Oui, j’ai trouvé une grande différence non seulement entre la ville de l’Ouest et celle de l’Est mais encore entre l’attitude, le port et les expressions des habitants des deux parties. Même si les efforts considérables, non pour les effacer mais pour intégrer en les améliorant, sont patents, l’air de Berlin n’est pas le même partout : pas la même composition, pas la même densité, pas la même fluidité.

     Berlin un dimanche après-midiUne remarque frappante : c’était sans doute les jours de sortie des jardins d’enfants, j’ai vu plusieurs gamins en rangs  par deux,  muets,  donnant sagement la main à leurs maitresses (pas vu d’homme) ; vers  Charlottenburg- Schöneberg des enfants  blondinets parlant bien l’allemand ; mêmes sorties plus tard  à  Treptow et au fond de Friedrshain avec des rangs aussi bien formés mais de petits melting pot, pas blonds ni roses.

 C’est vers Hirchgarten que j’ai vu mes seuls skinheads, avec chiens, dont on n’avait pas envie de s’approcher tant à l’évidence ils  attendaient le moindre prétexte pour se lâcher, hommes et bêtes. Mais c’est aussi dans un quartier un peu déshérité de l’ex-Est que  j’ai vu par un jour de pluie une centaine de vélos posés devant la station de train ou de tram sans qu’aucun ne soit attaché. Et un  malchanceux a du se frayer un chemin dans cet amas de ferraille pour reprendre le sien déposé sans doute avant l’affluence. Ils les  a tous remis en place ! Inversement c’est vers Grunewald (beau quartier de l’Ouest) que j’ai été témoin d’une attitude raciste entre lycéens à l’encontre d’un jeune haïtien.

Un présent qui n’est pas encore facile – aura-t-il le temps de l’être pour tous avant le déclin du pays ? Car par rapport à l’Allemagne rhénane et du Sud des années 70 la situation ressentie est celle d’un essoufflement : on n’ a pas l’impression d’une lancée fulgurante mais d’un train train en terrain plat avec des laissés en rade au bord du chemin. Une instabilité nouvelle : « on fait comme les français vraiment »,   se plaignait un voyageur ce jour de grève à la D.B. sur les trains banlieue et moyen trajet, alors que s’annonçaiten plus  une grève à la Lufthansa.

  Quel sera l’avenir proche ? Ce qui est certaiBerlin rue de la Commune de Parisn c’est que les responsables politiques tirent les leçons du passé et tiennent à ce que les  citoyens en fassent autant : partout le mur, les nazis, la Stasi, la Shoah… J’ai fait du tourisme allemand, avec des groupes d’allemands moyens d’autres Länder venus découvrir la capitale. Ils ont délibérément refusé de regarder les vestiges de ce passé du  20ème siècle et ils parlaient à voix forte pour couvrir les explications d’un historien pourtant pointu. Les jeunes, apparemment  curieux du passé de leurs aînés, se pressent au Mémorial de l’Holocauste et à Check Point Charly avec plus de légèreté que notre  génération. Selfies garantis.

  Quelle émotion pour moi à parcourir cette ville qui a habité mon esprit depuis ma tendre enfance. Berlin, dans ma tendre enfance,  c’était des chevaux de frise et des hommes en armes menaçants fractionnant un espace immense et vide. Une brève incursion qui  est restée imprimée en moi avec les photos familiales. Plus tard, Berlin, ce fut, suivie avec angoisse bien que de loin, la  construction impensable d’un mur coupant des rues, des familles, des vies de façon irrémédiable. Notre ami P.R. n’a jamais revu  son épouse partie travailler le matin à l’autre bout de la ville… Berlin, c’était les claquements secs imaginés lorsque la radio annonçait le tir d’un VoPo. Puis, dans les années 70, j’ai retouché le sol de Berlin brièvement : ennui figé à l’Ouest, gens et rues lugubres, paralysés de peur, à l’Est.

En novembre 1989 j’étais à New York ; un jour je suis abordée par un homme parlant anglais avec un accent de l’Est, répétant « Komunist no good ». Il faisait un froid de gueux, nous l’avons écouté et aidé. Il se disait fils du secrétaire général du parti communiste d’un état du Caucase et racontait que son père venait de l’expédier à New York, sans aucun contact, pour sauver sa peau car la chute du régime socialiste soviétique était   » imminente « . Nous l’avons pris pour un affabulateur. Trois jours plus tard le mur tombait dans la surprise générale.

Gone are the Würstschen

 

 Berlin au bord de la Spree Dans mes déambulations (plus de 20 km par jour à pieds dès 7 heures du matin) j’ai beaucoup parlé. D’une manière générale, les gens sont  peu amènes, plutôt arrogants,  assez tristes et mal élevés : rarement bonjour, merci ou pardon, ce qui était pourtant la règle dans pays. Dans un  ascenseur, je dis bonjour en anglais à une famille de type américain,  la dame répond avec un large sourire puis dit en allemand à son mari :  »  c’est une étrangère, elle dit bonjour, ce n’est pas comme les gens ici ; personne n’est poli. Je ne retrouve plus mon Allemagne « . Je leur ai dit que  j’approuvais. C’étaient des allemands vivant aux Etats-Unis depuis 40 ans.

 Un conducteur de bus vers Kölnische Heide à qui je dis bonjour en montant me dit  » vous êtes gentille, vous ! Vous n’êtes pas d’ici ! « . Du coup  nous avons parlé de ses vacances en Méditerranée pendant qu’il conduisait.  Et un vieux monsieur ex allemand de l’Est faisant les poubelles  alimentaires à 8 heures du matin près d’un supermarché hallal (toujours dans le Sud-Est) m’indique la direction que je cherche et me propose  un café à l’Imbiss tout proche. Durant une bonne heure il me raconte qu’il est né ici, a toujours vécu dans le même immeuble et ne connaît pas  ses voisins :  » avant on avait peur des relations avec les voisins, aujourd’hui ils ont changé, on ne se voit pas, ils partent travailler, sortent le  soir et les dimanche. La vie est dure, tout est cher. Je m’ennuie et suis très seul ». La vie est dure ? J’observe après notre conversation avec le  vieux monsieur les prix des fruits et légumes la plupart importés. Elevés comme ceux de la viande selon mes critères de choix… Quant à la vieille dame (84 ans) rencontrée dans sa quête, elle aussi, de nourriture à récupérer, elle me dit avec un gentil sourire que c’était « tellement mieux  avant  !  »  Son quartier -Stralau- est en plein chantier, les vieux édifices laissant place à des immeubles bas avec terrasses  destinés à une  population très différente de celle qu’elle a cotoyée. Les constructions semblent pousser comme des champignons à l’Est. En jetant un oeil sur les annonces immobilières je n’ai pas trouvé les prix étaient ausssi « bas » qu’on le disait en France.

Bref séjour durant lequel j’ai voulu seulement humer Berlin, laissant ses trésors culturels pour la prochaine visite, plus longue assurément.  Car j’ai été captivée par la capacité regénératrice de cette ville,   qui ne fut cependant pas  longtemps une capitale dans l’histoire  de cette région d’Europe, la puissance de son imagination qui marque peut-être le retour de la pensée sur le matériel, domaine où nos cousins les Germains ont excellé depuis des siècles et qu’ils sauront aujourd’hui éloigner de toute  tentation démoniaque.

Allez, avant de refermer cette page au  chapitre  décéption  un terrible constat : la currywürst omniprésente est infecte. Grasse, avec un ketchup saupoudré de curry de bas étage, la restauration rapide la plus répandue est bien affligeante. Oui, gone are the Würstschen  et la moutarde au raifort qui faisaient les délices de ce pays !

Et un chapitre enchantement  : découverte à grands frissons à la Philharmonie où Bach et Ligeti étaient sublimés par les doigts magiques de Kit Armstrong. Là, Berlin sera toujours Berlin ! Quel choc ! A demain, Berlin !                                                                                                                                                                                                                                                                        Berlin Postdamer Platz Festival of lights

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