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16 août 2017 – 16 h 38 min |

Vite ! à Montolieu (Aude) ! « Manifestement singulier », Pierre Bettencourt ! Et « L’Internationale des Visionnaires », ou les sens cachés de la représentation humaine dans les collections Cérès Franco et Daniel Cordier.
Deux expositions que je recommande …

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Heureux les orphelins stériles Quand on est mort 1

Soumis par sur 19 novembre 2011 – 18 h 22 min

 

Ange de Chinautla ou LaPetite

LaPetite

 

 Déjà deux ou trois jours ( jours, le terme convient-il ?) que je suis arrivée…

 J’écris parce qu’ensuite ma mémoire s’effacera et ne resteront de moi que les souvenirs chez ceux qui sont restés sur terre avec qui je n’aurai plus de contact. Donc, je n’existerai plus. Les souvenirs que l’on laisse chez les vivants, c’est bien, mais partiel. De plus, ils ne savent pas. Ils ont leur petit corps et leur sauce blanche bourrés de capacités et ils ne peuvent pas les utiliser…Cette remarque m’échappe, un peu condescendante, j’en conviens, ce qui veut dire que le statut de mort est assez valorisant comme il l’est sur terre où l’on est encensé et transformé en génie dès que l’on est mort, et où le veuvage confère un aura social automatique.

Je reviens à mes moutons:  j’ai décidé, tant que je le pourrai, de faire mon journal de morte, l’écrit, l’acquisition et la transmission du savoir c’était une manie familiale…

 Lorsqu’on est mort, c’est formidable : on commence à dénoue les fils de sa vie et à passer dans l’au-delà des apparences. Certes, il faut être bel et bien mort et que son enveloppe charnelle soit vidée de toute substance. Vivants, pensez à nous et ne vous hâtez pas de nous brûler. Il nous reste des filets, des souffles, des impulsions à rendre à la vie pour nourrir celle des autres ; laissez-nous le temps de nous rigidifier, nous refroidir, puis de pourrir. Pour moi, c’est du bol de ne pas avoir été incinérée. Même si, comme on ne peut pas le deviner avant, l’on demande, de son vivant, à être incinéré, au moment de passer à l’acte pour votre défunte mère ou votre défunt fils, pensez à ce que je vous livre, et, même si vous avez juré, réfléchissez avant d’agir !

 Aucun mort n’a encore osé vous dire ses sentiments car les morts aussi ont leur « politiquement correct » qui les empêche de se révéler aux vivants et de se révolter contre l’aseptisation de la vie : une fois que l’on est de l’autre côté, le passage au sol de vivant à mort paraît être conçu comme une étape insipide, neutre et bâclée (crémation idéale dans ce cas) ; il est de règle de vouloir  une rupture définitive des relations et, le best, ce sont les  mesures matérielles d’oubli total telles que photos au feu, objets à la décharge ; bien entendu silence (très mauvais effet, le medium charlatan ) discrétion (une plaquette horrible « à mon frère » c’est pourtant encore tellement  invasif) , et souvenirs évoqués soigneusement choisis. Ah ! Maintenant je peux le dire : quel dommage qu’il n’y ait plus de veillées funèbres ni de gueuletons de funérailles à s’en faire péter la sous-ventrière  avec vidages de sacs tonitruants!

 Moi je transgresse et j’espère bien transgresser dans toute la mesure de mes moyens ; oui ! Il faut le dire : je suis juste à peine morte, je n’arrive pas à me faire à l’idée que je suis morte, je me vois plutôt dans une « nouvelle vie »  ;vous me direz que c’est là un raisonnement hérité de l’éducation terrienne « hommoïde » mâtinée de métempsychose des Indiens, de réincarnations, de résurrections e tutti quanti. Sûrement !

Pourtant, dans mon nouvel état (le mot vous convient-il ?) peu à peu des moyens ignorés, nouveaux outils comme disait le management moderne sur terre, me sont dévoilés « naturellement » (encore un comble que ce mot en ces circonstances!), grandissent et se renforcent, je ne peux pas dire « avec le temps » –Le temps ?  Chronos est absent du panthéon depuis que je suis ici. En vacances sur terre ? Je ne ressens ni durée ni chaud ni froid  —  mais peut-être avec mon «dépouillement physique»… Bref, je ne sais pas encore avec quoi mais je constate cette réalité nouvelle.

 Avant d’oublier, déformation professionnelle, je vous livre quelques notes sur ce que vous appelez la montée aux cieux ou la descente aux enfers : quand vous êtes juste mort, à peine mort, même un peu refroidi, vous gardez la communication avec la terre et le vivant sans que les humains—ceux avec lesquels vous aviez, croyiez-vous, le seul et unique échange grâce au langage et à la pensée rationnelle— ne s’en rendent compte. Donc, vous entendez et ressentez encore plein de choses, et, même si elles n’ont plus beaucoup de conséquences pour vous, il peut vous rester des poussées de colère, de joie, de sentiments, votre ressenti chimique est encore actif ; mais eux ne le savent pas…

Une fois finies les opérations qui ne dépendent ni d’eux ni de vous, vous voilà transporté dans le « monde »  (je finirai par trouver les mots corrects et compréhensibles pour vous) où l’on vous avait dit que vous iriez. Dans mon cas, les siècles de culture occidentale avaient initialement imbibé mon cerveau, heureusement asséché à l’heure de ma mort. Asséché ? Il en est quand même ressorti une image de paradis et d’enfer.
Alors là, braves amis, je vous le dis : attention à l’arnaque !  Des lieux où l’on retrouve tous ceux de sa « catégorie » de son « mérite », même ceux qui étaient des cons et que l’on prenait soin d’éviter ? Et l’on serait supposé bien content de payer pour ce que l’on a fait ? En fait, cela représenterait un seul et unique lieu qui correspondrait à la définition de l’enfer. Donc le paradis n’existerait pas. Ici, Dieu merci ! le paradis existe, mais rien à voir avec ce dont l’on nous avait gavé le cerveau : je frôle sans cesse des pensées, des esprits, je bois des odeurs, des frissons agréables, je plonge dans des sensations et des émotions nouvelles, mon esprit se délie, s’ouvre, s’épanouit, ma vision n’est plus bornée dans le temps et l’espace. C’est merveilleux. Plus de cons et salauds à forme humaine, je ne suis pas obligé de faire la convers., je ne dois pas accepter les visites surtout si, comme Linda Lemay, je les redoutais dans ma dernière vie de pauvreté. La vie, quoi ! Et, de là-haut, la « vie » rampante sur terre paraît bien petite, étroite, mesquine, sale. On a pu y être heureux ? Oui, il y a eu des fragments de bonheur à partager.

 Quand on est vivant on est tourné vers l’avenir de ses enfants, son petit enfant, on oublie que la vie est une maladie sexuellement transmissible mortelle à 100%. On ne veut pas vieillir, à un certain âge on se persuade que tout était mieux avant l’instant T. Le paradis, c’était avant. Quand on arrive à ce stade de pensée c’est le début de la fin, il est temps de se préparer à laisser la place et s’éclaircir l’esprit. Comme lorsque toute nouvelle forme de musique devient du bruit.

 Quand on est mort on peut enfin commencer à voir d’où l’on vient et pourquoi et comment on a été ce que l’on a été à l’instant T de sa vie, au lieu X où l’on a vécu …La terre dans mon cas ; j’ai rêvé de pouvoir aller sur la lune mais c’était hors de ma portée financière et puis faire un tel voyage juste pour quelques instants, non ! J’ai toujours aimé vivre un certain temps dans des lieux nouveaux, et non « faire »  tel ou tel pays. La lune, même si j’avais gagné au loto et je n’y ai presque jamais joué, cela n’aurait pas valu le coup d’aller juste y faire un tour ; ah ! s’ils nous avaient proposé de nous y abandonner, alors là, oui !

La vraie vie sur terre serait d’être un certain temps cordonnier ambulant dans les plaines d’Europe centrale, puis médecin dans telle région tropicale isolée, ensuite marin dans l’Atlantique Nord –pas trop longtemps…. Mais pas paysan enchaîné à son lopin de terre, prisonnier des saisons.

 Avant de mourir je ne savais pas où j’allais aller, ni quelle voie j’allais prendre, ni dans quel état j’allais me trouver et d’ailleurs je m’en foutais complètement. J’étais dans une roue espace/temps que je ne maîtrisais pas, à laquelle j’aurais pu comme tant d’autres donner une valeur religieuse, mais ce n’était pas « ma tasse de thé ». Car nous avions inventé la religion consolatrice, mais une religion à notre image; même des religions à nos images, car nous nous croyions différents les uns des autres alors que fondamentalement nous sommes tous bien pareils, tous les vivants.  C’est la mémoire des humains qui active la roue sur terre. L’ennui c’est que cette mémoire est incomplète, sans cesse en recomposition et ne fait aller les choses que dans une seule direction.

Alors avec deux ou trois autres que j’ai trouvés ici nous allons dévier la route.

 Pas mal ici ! On n’a pas besoin de s’encombrer de cons mais on peut appeler les êtres connus, ou inconnus, qui étaient nos bornes, nos repères, appelés par certains « anges gardiens ». (nota : on m’avait offert sur terre un livre intitulé « héberger les anges » je ne l’ai pas lu, le titre m’ayant fait penser à une idiotie ; si quelqu’un pouvait le lire, j’irai puiser dans son cerveau peut-être n’est-il pas si mal que cela.)
Quand même, je dois avouer un petit côté pesant : je sens comme une présence invisible, genre surveillance. Serait-ce possible ? Même ici ? Ou alors c’est ma parano ! Je vais demander à mon aïeul quand je le rencontrerai.

Pour votre info pratique ici nous sommes chacun un esprit, une sorte de filament de nuage, c’est ainsi que je ressens mon nouvel état et c’est ainsi que nous nous définissons les uns les autres allant même jusqu’à utiliser  ce nom commun comme interpelant une sorte de nom propre de l’unicité.

(au nuage suivant)

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