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28 septembre 2016 – 14 h 37 min |

La dictature de l’algorithme, vade retro Facebook !
  
Cet automne, ma parano saisonnière est revenue ! Mais je vais en guérir, je sais d’où elle vient ! C’est la faute, non pas à Voltaire ni …

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Lu de-ma bibliothèque

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Lire au clair de lune Caroline 2

Soumis par sur 4 janvier 2012 – 15 h 16 min

Caroline par Cocteau L’Hermitage,  pieds nus, paradis

C’était juste après la saison des cyclones ; à plusieurs familles nous passions nos vacances à L’Hermitage dans une grande case aux parois de bambou tressé et au toit de palmes. Pas d’eau, pas d’électricité. La cuisine ? Deux foyers dans une case  extérieure sans parois au toit de tuiles ( un bohio comme on les appelle en Amérique centrale). Les WC ? Une tinette dans le fond du terrain ! La salle de bain ? Un grand fût d’essence et une table de bois sous un toit de palmes.

En arrivant, l’on enlevait ses sandales de ville et enfilait un maillot et un T.shirt, qui avec les chaussures de caoutchouc pour le lagon portées au bout d’une ficelle en raphia, formaient la tenue réglementaire des vacances. Le paradis !  Le lagon nous appartenait ; si, le matin au lever du jour, il y avait une autre trace de pas que celle du pêcheur notre ami nous menions l’enquête toute la matinée : qui avait osé fouler le sable de la plage déserte ? Mais c’était très rare.

En attendant le petit déjeuner, nous nous refugions dans le nid de murènes, un îlot d’algues où nous ne risquions rien (d’ailleurs à l’époque personne n’avait la moindre raison d’avoir peur de quoi que ce soit, à part des cyclones et des requins) ; nous y contemplions en particulier une belle murène ni farouche ni agressive que notre présence ne semblait pas déranger du tout. Dans la matinée, après la cueillette de coquillages sur la grève, nous filions dans la nature d’abord mettre une piécette de monnaie sur les rails pour la faire aplatir par LA micheline de Saint Denis, parfois, avec arrêt au bazar juste pour dire bonjour car nous n’avions pas le moindre sous à notre disposition et n’en n’éprouvions nul besoin ni envie, puis nous disparaissions entre les plants de coton et champs de légumes bordés de ricin jusqu’à une mare –très petite mais immense dans mes souvenirs – que nous considérions comme notre possession secrète. Vérification qu’aucun intrus n’avait violé notre domaine et hop ! Retour en courant dans le lagon.

Nous étions des chiens de campagne contrôlant leur territoire.

Nous ne voyions nos parents qu’aux déjeuners et dîners et le soir sur la plage où nous restions longtemps soit devant un feu d’aiguilles de filao, soit à contempler les myriades d’étoiles qu’un de nos camarades  repérait aussi bien que certains parents ; soit encore, les soirs de pleine lune, nous lisions, à la lueur de la lune, un Tintin connu par cœur tandis que les parents commentaient « Le journal de l’île de La Réunion », « La selection hebdomadaire du Monde » étant écrite en trop petits caractères pour avoir eu l’honneur d’être lue sous les étoiles sans lumière artificielle. Certaines nuits le lagon s’embrasait : en marchant dans l’eau jaillissaient des gerbes étincelantes dont on disait que c’était du plancton.

Monde merveilleux de L’étang salé

A L’étang salé c’était tout aussi merveilleux mais différent :  la case que nous occupions –qui devait être une location– se trouvait au cœur du village, nous y étions seuls ; mes amis, les enfants du cru quand ils ne travaillaient pas, c’est-à-dire peu nombreux et peu disponibles : même –et surtout– pendant les vacances scolaires les enfants de mon âge travaillaient ; avec leurs parents aux champs, à la pêche, ou seuls à tenir boutique, à s’occuper des marmailles de la famille pendant que les parents faisaient autre chose.

 L’étang Salé était alors un village sans grand bâtiment créole, sauf la maison d’Oscar que je visualise sur un roc mais je ne crois pas qu’il y ait eu de roc à L’étang salé, elle devait être seulement grande et haute d’un étage !

Les rues de sable ne se terminaient pas, ou bien elles mouraient lentement sur la plage ou bien elles se diluaient dans les champs. De nombreux palmiers ou cocotiers, à la différence avec L’Hermitage, des haies d’hibiscus, des lianes Antigone et Aurore grimpant partout et des arbres à pain, avocatiers, bananiers…à profusion ; c’était un village très vert dans une zone sèche.

A L’étang salé notre case avait une varangue avec balustrade. Je me souviens  de devoirs faits sous la véranda avec une envie folle de m’envoler avec les tuit tuit ou les cardinaux qui faisant leur nid à l’envers, juste sous mes yeux. Le toit était en chaume, me semble-t-il car n’y habitaient pas les mêmes animaux qu’à L’Hermitage ;  les margouillats certes mais également des oiseaux y nichaient bruyamment ; nous avions une lampe à pétrole moderne -l’on pompait et un manchon s’allumait alors d’un blanc étincelant- et un frigidaire à pétrole qui faisait les narines noires au réveil.

Le lagon de L’étang salé était très riche en coraux aux couleurs vives et aux formes extraordinaires, en cordons mauresques -ces animaux mi- chenilles  mi-méduses qui se déplaçaient au gré du courant en déployant des volutes éclatantes-, des holothuries douces au pied, mais surtout beaucoup d’oursins délicieux et d’huitres sauvages. En fait je passais me matinées à manger dans l’eau ce que je cueillais avec difficulté car dépourvue d’une fouëne ou de tout autre outil de pêche.
 Le lagon était petit, bien fermé et, à la différence avec l’Hermitage, je n’ai aucun souvenir des vagues se brisant sur la barre au loin. L’étang salé plus qu’aire de jeu était un domaine d’exploration visuelle et d’admiration, un terrain de contemplation ; mes camarades du cru plus blasés que moi détestaient rester des heures penchés sur le même corail à regarder le monde qui y vivait.

 Les après-midi, à la différence  de L’Hermitage, il y avait sieste et ensuite balade  dans l’arrière-pays ou dans les Hauts  pour prendre le frais et visiter des coins encore peu dévoilés. Sur la route empierrée, dans la côte rocheuse l’ on s’arrêtait au souffleur dont la puissance paraissait titanesque. Et l’on ramassait des morceaux de corail aux nombreux fours à chaux récemment abandonnés.En ces temps nous parlions tous créole et certains l’écrivaient, oh ! pas en phonétique comme aujourd’hui.  

 Maurice, si proche si différente

Bois Cheri. Pour l’enfant arrivant de la luxuriance « Bourbonne », Maurice, au relief plus plat et au sol partout mis en valeur, paraissait sans attrait. Les plages étaient parsemées de «campements», maisons luxueuses avec eau et électricité, où les créoles venaient prendre le frais sans jamais s’étaler sur le sable ni même se baigner. Dans mon souvenir la plage était un domaine interdit, réservé aux pêcheurs locaux. Quand nous y passions une fin de semaine j’essayais d’en profiter au lever du jour tant que les adultes dormaient mais elle était pauvre en coquillages et le lagon en coraux au contraire de notre Etang salé, où l’on passait des journées vêtus d’un haut et d’un short à explorer le lagon ou de notre hermitage où tous les réveils apportaient leur lot de coquillages rendus la nuit par la mer.  Nos cases en latanier aux toits de palmier pleins de margouillats et autres animaux, avec lampe à pétrole et eau à la fontaine, me manquaient alors beaucoup. Je n’aimais pas Maurice.

Quand on allait chez tonton Louis, on voyait de loin la plantation, l’usine et la maison, perchée sur une collinette arrondie sans aucune végétation de hauteur notoire autour. On montait jusqu’à la bâtisse qui avait une belle varangue avec colonnade, varangue au toit abaissé dont les bienfaits se faisaient d’autant plus sentir que le soleil tapait dur et qu’aucun manguiers, letchis ou flamboyant ne venait en adoucir les traits; à perte de vue, proprement rangés, les bas buissons des théiers car même pour une enfant à qui tout parait démesuré ils avaient la taille d’arbrisseaux en comparaison avec les camélias et azalées hauts de six à huit mètres qui bordaient la route du Brûlé et celle de la Plaine des Palmistes.

On rentrait dans cette maison, sombre comme celle des méridionaux en France, et la femme de tonton Louis dont j’ai oublié le prénom mais que je vois opulente et douce, ouvrait des armoires alignées dans un couloir. Armoires pleines de confiseries, gâteaux, et friandises anglaises pour les visiteurs. Moi qui n’aimais pas le sucré, je me souviens avec délice de bonbons au goût chimique qui laissaient longtemps leur teinture dans la bouche et sur les lèvres. La salle à manger au parquet d’ébène comme nos cloisons de St Denis était du pur style anglais comme j’ai pu le comprendre plus tard, meubles vernis en bois précieux sombre, tapis. Le service, à la différence d’avec celui de la Réunion, était colonial british : argenterie, domestiques en gants blancs.

La sieste était sacrée chez Tonton Louis où au demeurant pour une enfant il n’y avait pas grand-chose à faire : jardin réduit pour laisser la place aux théiers et pas de bois comme à Franche Terre ni de jungle comme à Ste Clotilde, pas non plus de barreau ouvrant sur une ravine proche comme chez moi.

Tonton Louis n’a jamais eu propos racistes, ce qui n’était pas le cas chez tous les mauriciens. Les « lascars » et les « malabars » surtout faisaient l’objet de commentaires très violents pour de oreilles enfantines réunionnaises. A l’époque, La Réunion, sauf dans un tout petit milieu déjà hors jeu, ignorait le racisme. O tempore o mores.

 (à suivre)  Heureux les orphelins stériles © Mireille Durand

Filaos La Réunion                        Dam'zann siesteando à L'Hermitage

 

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