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16 août 2017 – 16 h 38 min |

Vite ! à Montolieu (Aude) ! « Manifestement singulier », Pierre Bettencourt ! Et « L’Internationale des Visionnaires », ou les sens cachés de la représentation humaine dans les collections Cérès Franco et Daniel Cordier.
Deux expositions que je recommande …

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J’aime le jambon et la saucisse – Caroline 1

Soumis par sur 17 décembre 2011 – 19 h 04 min
Caroline

                          Ici commencent les notes de Caroline dont la plupart non datées.
Caroline

   Espèce de Zouave, va!

Accroché à côté du garde-manger qui sentait bon le jambon et la saucisse sèche, le portrait du zouave, une photo rehaussée de fusain et d’aquarelle comme il s’en faisait beaucoup à la fin du 19ème siècle, m’a toujours beaucoup plu. Etait-ce l’odeur de ces charcuteries maison que j’adorais, ou ses culottes bouffantes et sa belle moustache ?

 Il portait beau son uniforme et surtout un drapeau planté sur fond de « turquerie », l’arrière grand-père qui avait « fait le zouave » et avait du quitter rapidement la boulangerie familiale de son Minervois natal. Il avait fait l’Algérie, le temps de se faire oublier ou pardonner, et était revenu épouser sa promise, institutrice riche de trois hectares de vigne. Entre la boulangerie et les vignes il n’avait plus bougé.

Avec Rose, ils avaient eu de beaux enfants, dont un avait survécu et engendré à son tour : mon grand-père. Celui-ci avait bien pensé reprendre la vigne, mais la terre est basse et, dit-on, « il était doué ».A cette époque, l’école -républicaine  –laïque ou confessionnelle– ne laissait pas à la traîne les enfants méritants. Mon grand-père eut des bourses et de certificat d’études en brevet il intégra l’Ecole Normale d’où il sortit pour la guerre. C’était en 1915.

 Lorsque je rentrais en France pour des vacances chez mes grands parents, à chaque petit déjeuner il me racontait les tranchées, les copains achevés à coup de baïonnette, la soif qui poussait à boire l’eau des flaques dans lesquelles se décomposaient les cadavres, les brimades et injustices ultérieures en raison de son engagement communiste actif dans les tranchées …  A l’époque, cela m’agaçait et assez irrespectueusement je coupais « grand-père, tu commences à radoter. » Il n’a pas voulu venir nous voir lorsque nous habitions l’Allemagne, mais il m’avait donné rendez-vous à Verdun. Entre temps, j’avais vécu dans un pays en guerre et nous commencions à nous comprendre. A vingt ans, il avait eu de la chance de ne perdre qu’un poumon et ses cheveux.

Et trente ans après sa mort, alors que la mienne était toute proche, j’ai lu les courriers qu’il m’avait laissés peu avant de lâcher prise.

Revolver au poing, grenade en main

 Le 10 sept 1916 sur une enveloppe militaire et deux cartes « der Kaiser an Wehrmacht und Heimat », mentionné de son  écriture : «  carte boche prise dans un abri de Vermandovillers le 8 septembre 1916 »  au crayon :

« Bien chers parents vous m’excuserez si je ne vous ai pas donné de mes nouvelles hier car la journée a été si mouvementée qu’aucune correspondance n’a été remise .je vous avais dit que j’étais monté aux tranchées le 8 au matin pour n’en redescendre que ce matin alors que ma section (Giselard et Faure compris) avait eu le veine d’être envoyée dans les boyaux pour assurer (mot manquant) de coureur et d’éviter l’assaut. J’arrivai juste en première ligne pour donner un coup de main aux autres sections dela Compagnieet prendre part à un assaut qui fut très intéressant, les boches (demi cernés dans Vermandovillers) qui avaient résisté désespérément dans les fortifications du village durant 3 jours, prirent la fuite dès que nous eûmes sauté le parapet et une guerre d’approche s’engagea dans les boyaux trous d’obus et abris boches. On allait revolver au poing, grenade en main, de boyau en boyau et d’abri en abri faisant une cueillette fructueuse de boches. Les kamerades ne manquaient pas et quand on avait tourné le dos on recevait de la part des boches des coups de fusils et de mitrailleuse par le derrière. Conclusion : on fut impitoyable et tout abri fut arrosé de grenades avant d’être visité : aussi la chair de boche n’est pas chère dans la région…

Carte deux : On progresse bien d’un kil et demi en profondeur dans le village avant de s’installer. Nos pertes furent minimes : il est vrai qu’elles avaient été trop abondantes les jours précédents. Quel étalage que le champ de bataille en de pareils moments. On perd toute sensibilité et toute tendresse où qu’on se trouve dans le fouillis. Je dois vous dire malgré tout que j’ai éprouvé un certain plaisir à dénicher les boches des abris. Détail intéressant je n’avais pas de balles dans le revolver que je présentais aux boches. En revanche j’avais pris quelque chose comme (illisible) de grenades. J’estime tout de même que l’on a du culot d’oser donner au monceau de ruines de l’endroit le nom de village car il ne reste pas un pan de mur debout. L’intéressant est que nous allons au repos pour quelque temps. En ce moment je sus à Cayeux et espère embarquer pour l’intérieur. Je vous embrasse bien fort. Votre fils dévoué qui vous aime de tout son cœur. Gaston.

Froid dans le dos ! Il avait ensuite fait apprendre l’allemand à ses enfants convaincu qu’il fallait « parler la langue de l’ennemi pour éviter une nouvelle guerre ».

l'arriere arrière grand père le zouave Durand Si par mon père nous sommes nous considérions  –à tort la suite le montrera- comme de purs languedociens, par ma mère nous nous pensions provençaux. Et je pense que c’est erroné. Il est curieux que les hommes se considèrent de l’endroit où ils sont nés et ont passé leur enfance en famille sans chercher à deux générations plus haut !  

 Quoi qu’il en soit, la langue parlée lorsque nous voulions une intimité, était le languedocien. Ma grand’mère paternelle disait « le patois », elle le parlait fort bien ; ce qui m’a étonné quand vers les 60 ans, près de 25 ans après sa mort, j’ai découvert qu’elle n’était pas pure languedocienne mais lando-tarnaise par son père et -normando-bretonne par sa mère! Il est vrai qu’elle disait toujours « je suis moitié normande, moitié bretonne ». On n’y prenait pas garde, sa branche pour nous se réduisait à sa mère et son frère, tous deux à Paris pour raisons professionnelles ; lors de nos retours en France nous rendions visite à l’arrière-grand-mère à Paris, c’était bien la preuve !

 Nous nous avions avec mes parents un langage particulier qui détournait le sens de mots et utilisait des expressions étrangères. Un peu par pudeur car je ne l’ai jamais entendu dire des mots d’amour ou tendres, mon père appelait ma mère : « abominable femme des neiges » ou Schatz (trésor), chéri en français étant réservé au chien ou au chat ; «arsouille » –bien qu’elle ne s’arsouillât jamais- quand il l’aimait bien mais qu’elle l’agaçait ; pour moi dans les bons jours c’était «crapaudine», «fruit sec» étant un agacement avec indulgence.

 Ma mère n’a jamais adopté ce vocabulaire, elle vivait dans son monde et je  crois  que ceci lui glissait dessus comme l’eau sur les plumes etc.

 Certains mots sonnaient bien : « Cong Hoa » qui veut dire République en vietnamien devenait plus résonnant encore avec deux « g » appuyés en finale du cong : « bougre de congggg o-a », un «espèce d’abruti ». Ceci sans aucun mépris pour la république du dit pays.

In Heureux les orphelins stériles © Mireille Durand

 

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